CHAPITRE QUATRIEME
nulle à la cour, de l'indifférence blessante de la du Barry pour sa personne, pour sa santé, la malheureuse vieille femme arrivera à cet abaissement d'écrire à la favorite lors du renversement de Choiseul : « Madame, je vous fais compliment sur votre triomphe qui est aussi brillant que votre conquête. » Lettre qui mettra, sous la plume indignée de la duchesse de Choiseul, ce terrible paragraphe à l'adresse de la complimenteuse : « Ne vous imaginez j;imais, je vous prie, ma chère petite, sous quelque prétexte que ce soit, quelque tournure que vous preniez, pour quoi que ce soit au monde, de nous rendre le plus léger service par la maréchale. Il n'y a point de maux que je ne préférasse à l'opprobre de devoir à quelqu'un que je méprise (1). »
Mais la fée Ui'yèle, ainsi qu'on appelait la vieille maréchale, n'était pas suffisante; il fallait un cortège entier pour accompagner la maîtresse. On avait facilement la duchesse de Yalentinois déjà un peu folle, déjà un peu mourante, mais qui avait encore par-ci par-là quelques bons jours, on conquérait la maîtresse de Soubise, la marquise de l'Hôpital, dont la
Oise lors du séquestre de 1793, remis aux héritiers Goinard en 1825, et perdus depuis, nous trouvons : neuvième liasse. — Pièces relatives aux locations de baraques, boutiques, appentis établis sur la contrescarpe à Nantes, concédés à madame du Barry pour l'usufruit seulement sa vie durant, par brevet du Roi du 23 décembre 1769. Compte du sieur Dardel. régisseur, et du sieur Couillaud de la Pironnière, receveur du produit desdites boutiques, etc.. Pièces et plans y relatifs. Baux desdits biens passés en 1771.
(Ij Correspondance complète de madame du Deffant, par M. de Sainte- Aulaire. Lévy, 186G, vol. I.
réputation, déchirée par tous les sottisiers du temps, n'avait rien à perdre. Enfin l'on gagnait la princesse de Montmorency en exploitant le désir de son mari de devenir le menin du Dauphin (1).
Madame duBarry, au fond, tenait très-décemment son rôle, et il était impossible, même à ses ennemis, de ne pas rendre justice à la convenance de sa tenue. Montée de si bas en si haut lieu, jetée tout à coup au sommet de tant de grandeur et dans l'éblouissement d'un monde inconnu, elle échappait à l'étourdissement, au vertige. Elle gardait, dans cette aventure superbe, le sang-froid et la facile aisance du naturel. Elle avait, en toutes choses et dans le spectacle qu'elle donnait d'elle, un équilibre que l'on n'eût pas attendu de sa vie et qui étonnait. Les étrangers de passage à Versailles vantaient ses manières, où il n'y avait ni hardiesse, ni arrogance, ni affectation (2). La modestie était son ton et son maintien. Elle fuyait les occasions de paraître, les éclats de la vanité; elle ménageait les jalousies de femmes, et elle mettait habilement comme une discrétion à être belle. Elle faisait à la cour sa place toute petite, arrangeant sa faveur pour ne gêner personne; et la folle dépensière des années qui vont suivre se contentait en ces premiers temps d'un intérêt que le Roi lui avait donné dans la place du
(1) Lettres de la marquise du Deffand à Horace Walpole, vol. I.
(2) Lettres de Horace Walpole. Didier, 1872.