‹ La Du BarryChapitre 27 sur 154 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

devant le parlement de Paris. Une curieuse figure du temps que ce Maupeou. Un visage vert,« la bigarade^ selon l'expression du duc de Brissac, un visage dont il cherchait à cacher le fiel extravasé sous une couche de blanc et de rouge (1), des yeux semblant à la fois en défiance d'embûches et en quête d'une proie (2), voilés de regards bénins, une physionomie sournoisement scélérate, dissimulée sous le masque enjoué d'un comique. Avec cela, la langue dorée, et insinuant, et caressant, et tutoyant volontiers, et fatiguant de ses politesses et de ses amabilités les moindres influences. Ne lisant jamais un livre de législation, de philosophie, de politique, Maupeou lisait dans les hommes, pénétrant en leurs replis cachés et en la secrète bassesse de leurs âmes mercenaires. Il avait mis bas l'accoutrement magistral, cette simarre sous laquelle la France était habituée à voir son chancelier, et on l'apercevait folâtrant en agréable dansUes cercles, les théâtres, les lieux de plaisir, les soupers, les bals. Entouré du luxe déli-

comiques : Les Etreiines de l'Amour, le Nouveau Marié, dont l'auteur, Cailhava, a écrit sur la première page ces vers :

Transporté par un sonsre au haut de l'Empyrée, J'ai cru voir cette nuit la belle Cythérée, L'aimable Hébë, le Dieu qu'icvoquent les amants La tendre volupté, les grâces, les talents. Qui d'un air satisfait parcouraient mon ouvrage. Un sourire flatteur m'annonçait leur suffrage.

(1) L'Espion anglais ou Correspondance secrète entre mylord AU'Eye et mylord All'Ear. John Adamson, 1774, t. I.

(2) Extrait des mémoires d'Horace Wnipole. Année 1771. Lettres d'Horace Walpole, par le comte Bâillon. Didier, 1872.

cat d'une courtisane, le magistrat vivait dans un hôtel qui était un boudoir, sobre par tempérament, chaste par la faiblesse d'une complexion valétudinaire. Sous ces apparences et ces mensonges de frivolité, Maupeou cachait les cheminements d'une ambition énorme, avec la perpétration de vengeances lentes et réfléchies. A un tel homme, la reconnaissance devait peser bien peu, il était de ceux qui appartiennent toujours au plus fort, ou plutôt il n'appartenait qu'à lui. Et à cette heure oii la lutte des deux partis était sérieusement entamée, — ce sont les papiers de d'Aiguillon qui le disent (1), — il rêvait de faire le coup de deux^ il rêvait de détruire à la fois Ghoiseul et d'Aiguillon, accordant seulement un répit d'un moment à ce dernier. D'ailleurs, ses idées politiques, disons-le pour sa justification, lui faisaient un devoir de l'ingratitude. Créature de Ghoiseul, il enfouissait en lui des sentiments et un plan politique tout opposés à Ghoiseiil. Il nourrissait secrètement une haine profonde contre le parlement, dont il avait reçu des marques de défiance injurieuses, — qui avait voulu le mercia-ialiser. Partisan de l'autorité comme d'Aiguillon, mais avec d'autres façons de développement, d'autres modes d'action, des moyens neufs, il avait l'ambition de faire contre le parlement une révolution qui, en mettant dans la main de la royauté un pouvoir entier et une initiative sans contrôle, eût permis au Roi de donner

(1) Mémoires du ministère du duc d'Aiguillon. Buisson, 1792.

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