‹ La Du BarryChapitre 28 sur 154 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

satisfacti n aux droits et aux intérêts que la révolution de 1789 devait armer contre la rojauté (1).

Dès la présentation de madame du Barry, le chancelier s'était réclamé auprès d'elle d'une parenté dont il avait gardé le secret jusque-là. Il ne l'appelait plus que ma cousine (2). Par ses assiduités, par ses complaisances infatigables, par un abaissement de caractère que rien ne fâche, par toutes ces courtisaneries de bouffon qui traînent dans la farce d'une mascarade la simarre du chancelier, Pantalon- Maupeou donnait à la favorite, ennuyée du sérieux de la cour, Thabitude et le besoin de sa personne comme d'un amusant plastron. Et il arrivait que l'homme qui avait promis à Choiseul la perte de d'Aiguillon, promettait à madame du Barry le renversement de Choiseul, en s'engageant à obtenir du Roi la ruine de cette grande force de M. de Choiseul : les parlements.

(1) Des Mémoires encore inédits de Maupeou indiquent cette porté jusqu'ici inconnue de ses plans et de ses idées.

(2) Vie privée de Louis XY. Londres, Peter Ljton, 1785, vol. IV.

î.a revue de Royal-Lieu à Compiégne. — Les honneurs de Chamillv faits à la comtesse du Barry par le prince de Condé. — Les deux portraits de Drouais au Salon de 1769. — Acte de soumission de Choiseul. — Lettre de Louis XV sur sa maîtresse. — La favorite ne porte ni rouge ni poudre. — Chignons à la du Barry. — Lancé d'un cerf au pavillon du Roi, chez Bouret.

Le 10 juillet, le Roi quittait Versailles pour se rendre au camp de Compiégne. Madame du Barry était du voyage. Sortant cette fois de la modestie de son train extérieur, de son incognito, la favorite faisait la route dans trois carrosses à six chevaux, avec des relais commandés aux postes comme pour le Roi. Dans l'arrangement du voyage, Louis XV, pour éviter les tracasseries et les dédains à sa maîtresse, avait rayé de la liste des femmes nommées l'année précédente, la duchesse de Gramont, la comtesse de Brionne, la comtesse d'Egmont, les trois femmes de la cour ayant des prétentions à la beauté et les plus dépitées du triomphe de la du Barry (1). Le

(1) Cette exclusion donnait lieu à une caricature polissonne citée par les Mémoires secrets et ayant pour titre : Le Combat des Anagrammes

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22 juillet, le Roi donnait à madame du Barry, dans la plaine de Royal-Lieu, le spectacle du défilé des régiments suisses de Boccard, Lochman, Sonneberg, de l'infanterie allemande de Royal-Bavière, Deux- Ponts, Nassau, des houssards Esterhazy, d'un détachement du corps royal d'artillerie escorté de quarante canons, etc. (1). La du Barry, en son brillant phaéton (2), était la reine du camp. Elle traitait magnifiquement les officiers du régiment de Beauce, où servait son beau-frère Élie du Barry, et le colonel, M. de la Tour du Pin, après que le roi était passé, faisait rendre au carrosse de madame du Barry les honneurs qu'on rendait aux carrosses de la famille royale. Choiseul, furieux de ces hautes marques de distinction accordées à la maîtresse, réprimandait M. de la Tour du Pin et lui défendait de prodiguer ainsi à l'avenir les honneurs militaires. Qu'arrivait-il? Louis XV écrivait assez vertement à son ministre de la guerre :

« L'on dit que vous avez grondé le chevalier de

Elle représentait les trois beautés de la cour sous les figures des trois Grâces, fuyant éplorées devant une beauté de la rue, à la figure effrontée, aux attitudes lascives que désignait Tanagrainme du mot grâce. Ici, disons la rareté, à l'heure actuelle, des caricatures du règne de Louis XV, et plaignons-nous de ne pas trouver une seule des caricatures concernant madame du Barry au cabinet des Estampes, ni dans aucune autre collection.

(1) La Bibliothèque nationale possède une petite plaquette imprimée, sans lieu ni date, intitulée : " Etat des troupes qui doivent passer en revue devant le Roi k Compiègne en l'année 1769 et qui formeront le camp dans la plaine de Verberie , lequel camp commencera à se former dès le 1" juillet et sera complet au 15 dudit mois. »

(2) La Vie et les mémoires du général Dumouriez, par Berville et Barrière. Baudouin frères, 1822, vol. I.

la Tour du Pin à l'occasion de madame du Barry sur ce qu'elle a dîné au camp et sur ce que la plus grande partie des officiers avaient dîné chez elle le ^our de la revue

« Vous m'aviez promis que je n'entendrais plus parler de vous sur elle (1). »

Le voyage de Gompiègne avait été précédé d'un séjour de Louis XV à Chantilly; mais la présence de Mesdames n'avait pas permis de donner un logement à madame du Barry, qui n'avait fait, dit-on, que d'y venir secrètement coucher une nuit. Au retour de Gompiègne, vers la fin d'août, la comtesse était invitée officiellement à accompagner le Roi à Chantilly. Et de cette demeure princière, dont un Gondé avait fait les honneurs à Louis XIV et à sa cour, un autre Gondé en faisait les honneurs à la petite Lange, la promenant en calèche dans ses chasses, la montrant à la place d'honneur dans ses soupers publics, semblant enfin lui dédier les fleurs, les feux, les fanfares de ses fêtes.

La présentation à la cour était pour une maîtresse comme la sortie du néant et le don d'une existence de gloire à Versailles : l'exposition de

(1) Lettre de Louis XV au duc de Choiseul, communiquée par son neveu M. le duc de Choiseul. Bévue de Paris, 1829, t. IV. Elle est autographiée. A cette lettre , le duc répondait au Roi par une longue explication où il disait avoir seulement fait prévenir M. la Tour du Pin que l'on ne devait pas rendre d'honneurs quand le Roi était au camp.

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peinture au Salon du Louvre était la présentation de la maîtresse à Paris. Tout d'un coup venait la célébrité à sa beauté, à sa grâce, à ce visage tout à l'heure inconnu, aujourd'hui mis en lumière, et dont l'aimable et brillante gravure du temps allait aussitôt faire une image populaire, une image qu'achetait toute l'Europe. Les amis de madame du Barry choisissaient donc pour la peindre cette année, où il y avait une exposition, le portraitiste des belles et des jolies de grand nom, le peintre du dernier portrait de madame de Pompadour : Drouais. Et l'artiste, séduit par le double caractère d'ingénuité et d'espièglerie qui faisait l'originalité de la beauté de madame du Barry, avait eu l'idée de représenter la favorite dans deux portraits où on la voyait ici sous des voiles de femme, là sous un travestissement d'homme (1). Dans le premier portrait (2), vêtue

(1) Diderot juge assez sévèrement ces denx portraits qui , il faut Tavouer, ainsi que tous les portraits de Drouais, sont d'assez médiocres peintures. Voici l'appréciation du critique : « Si je vous dis un mot de ces deux portraits, c'est que l'original était, il n'y a qu'un instant, la fable de Paris. L'on disait, et c'étaient les gens du monde, qu'ils ne ressemblaient pas, et que madame du Barry était mieux ; les artistes ajoutaient qu'il y avait de quoi faire une figure plus agréable; qu'il y avait, au portrait en homme, une gêne dans Vattitude qu'on peinait à voir, nul ensemble, une tète qui n'appartient pas au corps ; et sous ce vêtement un corps mince, effilé, évidé. L'artiste ne doutait pas que ces deux portraits ne fussent de tous les tableaux du Salon les plus regardés. Il y a donc mis tout son savoir-faire, et, s'ils sont mauvais, cela prouve qu'il n'est pas toujours au pouvoir de l'artiste de réussir ; les efforts qu'il fait alors, la tâche qu'il s'impose d'avance, sont très-capables d'embarrasser sa tête et de mettre de l'incertitude dans son pinceau : c'est ce qui est certainement arrivé à Drouais et ce qui aurait pu arriver à un plus grand maître que lui. »

(2) Voici la liste des portraits gravés de madame du Barry en Flore :

d'une robe, d'une tunique blanche toute bouillonnante sur laquelle court en écharpe une guirlande de roses, la du Barry apparaît, un fil de perles à l'épaule, fraîche et riante de l'innocence d'une jeune Flore, dans une toilette de mythologie qu'elle portait d'habitude dans les petits appartements et sous laquelle la courtisane savait plaire au Roi. Dans le second portrait, elle est en habit de cheval (1). La coquette estampe de Beauvarlet, qu'on

Madame la comtesse du Barry. Peint par Droiiais, gravé par Gaucher.

Le 1" état de ce très-petit portrait est chez l'auteur, avec privilège du Roi et daté de 1770; le 2'°" état est chez Bligny, lancier du Roi, cour du Manège des Tuileries.

Un portrait gravé, plus grand que celui de Gaucher, nous la montre sous le costume de Flore, dans un cadre de fleurs auquel est attaché un carquois, un arc, une torche enflammée. On lit dans la tablette : Madame la comtesse du Barry.

Un autre intermédiaire, comme grandeur, entre le portrait de Gaucher et celui que nous venons de décrire, et d'une exécution détestable, porte également dans la tablette : Madame la comtesse du Barry.

Enfin une copie, d'après ces différents portraits, a été faite à l'aquatinte en Angleterre, dans un format plus grand et a été publiée avec au bas : The comtess of Barré.

(1) Voici la liste des portraits gravés de madame du Barry en habit de cheval :

Madame la comtesse du Barry. Peint par Drouais , gravé par Bauvarlet.

Les épreuves avant la lettre valent de 200 à 300 francs.

Un autre : M. la comtesse du Barry. Marilly del., Lebeau sculp. Cadre orné avec au bas des colombes se becquetant et les vers :

Les Grâces et l'Amour sans cesse l'environuent. Et les Arts avec eux tour à tour la coursnnent.

Un autre : Madame la comtesse dd Barry : A Paris chez Duchaine rue Saint-Jacques et chez Bligny cour du Manège aux Thuileries. Il y a un état avant le n» 213.

Ud autre : Legrand sculp., et au bas le vers :

Plaire n'est point l'unique soin pour elle. Quatre autres détestables portraits : le premier, fabriqué pour un

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