CHAPITRE PREMIER
reproches de détail faits à son administration, sa réponse était celle (Ju'il avait faite en 1765 quand le parti groupé par Soubise derrière madame d'Esparbès, celui-là môme qu'il retrouvait derrière madame du Barry, avait cherché à le renvoyer. « Quoi qu'on ait dit, — disait M. de Choiseul dans une sorte de justification adressée au Roi, — que j'avais travaillé à renvoyer les Jésuites et que j'avais soutenu les demandes et les prétentions des parlements, de près ni de loin, je n'ai fait aucune démarche sur ces objets et n'ai eu d'autres idées que celles que Votre Majesté m'a vues dans son conseil lorsqu'il m'a demandé mon avis... Enfin, le grand reproche tombe sur ma religion. Il est difficile de m'attaquer positivement sur cette matière sérieuse. Je n'en parle jamais; mais, dans la forme, j'observe exactement la décence, et dans les affaires j'ai pour principe le maintien de la religion (1)... » Et le duc ne se trompait pas. A trois ans de là, dans une assemblée de famille chez Mesdames, en présence delà Dauphine, que les tantes du Roi savaient attachée secrètement à la personne et à la politique de Choiseul, le hasard ayant amené la conversation sur la chute de son ministère, madame Adélaïde s'écriait : « Que l'exil du duc avait sauvé la religion en France, vu qu'il était manifeste que le projet de ce ministre avait été de la détruire de fond en comble (2). »
(1) Mémoire du duc de Choiseul, remis au Roi en 1765, cité dans la Revue française, juillet 1828.
(2) Correspondance secrète de Mercy-Argenteau, Didot, 1875. Dépêche de Mercy à Marie-Thérèse du 18 mai 1773.
Quelle était pourtant cette femme à laquelle les ironies de l'histoire laissaient attfibuer et devaient permettre un tel rôle : la restauration de l'autorité monarchique et de l'autorité religieuse? C'était la femme dont nous allons essayer de dire la vie.
« Jeanne, fille naturelle d'Anne Béqus dite Quantiny, est née le dix-neuvième août de l'an mil sept cent quarante-trois, et a été baptisée le même jour; elle a eu pour parain Joseph Démange et pour maraine Jeanne Birabin, qui ont signé avec moi.
Jeanne Birabine. L. Galon,
vicaire de Vaucouleurs.
Joseph Démange (1). »
Tel est l'acte de naissance de madame du Barry, la vérité sur son origine, vérité jusqu'ici ignorée ou méconnue par l'histoire.
Au milieu de la contradiction des récits, devant l'hostilité évidente des anecdotes et des mémoires publiés au lendemain de la mort de Louis XV et de la disgrâce de sa dernière favorite, devant le parti pris de paradoxe des réhabilitations essayées depuis,
(1) Cet acte de naissance de madame du Barrj', extrait des registres de l'état civil de la ville de Vaucouleurs, et délivré à Saint-Mihiel, le 25 septembre 1827, nous est confirmé par une lettre de M. le maire de Vaucouleurs, en date du 30 novembre 1859.