‹ La Du BarryChapitre 39 sur 154 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

dominateur si l'on en recrée un dans un prince du sang. Et à quelque temps de là, mandé de Chantilly parMonteynard qui venait d'avoir l'affront de voir sa nomination de Maillebois brutalement cassée par Louis XV, le prince de Gondé tombait à l'audience du soir de madame du Barry. D'abord un silence embarrassant. Le Roi, assis devant le feu, les pieds sur le manteau de la cheminée, regardait madame du Barry se promener dans la diagonale, riant en lui-même de la gêne du prince, qui, n'obtenant rien etne se possédant plus, finissait par dire : «Enfin, cela est bien cruel! car vous m'aviez promis la place de grand maître de l'artillerie . — C'est vrai, je vous Pavais promise; eh bien; je vous la dépromets, » lui jette dans le dos l'évaporée maîtresse en lui tirant la langue dans la glace (1).

Jamais peut-être favorite ne travailla avec une animosité moins personnelle à la chute d'un ministre que madame du Barry à l'exil de Choiseul. Elle finit par montrer quelque conscience dans le rôle que lui soufflaient les ennemis de Choiseul : elle n'y montra jamais de zèle. Sans ses entours qui la poussaient, l'enflammaient, la retiraient à tout moment des chiffonnages de la toilette et des petites pensées delà jolie femme, sans « les donneurs d'avis » qui la forçaient à avoir des idées sur des choses qui

(1) Mémoires du ministère du duc d'Aiguillon. Buisson, 1792.

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l'ennuyaient, des passions sur les affaires du ministère et des sentiments politiques, sans les leçons et les obsessions qui voulaient absolument former sa légèreté et son étourderie à une volonté forte et constante, sans d'Aiguillon qui la tracassait, la maniait, l'occupait jour et nuit de son ambition et de ses baines, et tâchait de lui mettre au cœur un peu de son ressentiment, sans ce directeur auquel madame du Barry donnait, donnera, avec ses changements et ses caprices, « plus de mal à conduire que toutes les négociations étrangères», nul doute que la favorite, abandonnée à ses instincts de douceur, à son caractère de conciliation, ne se fût bien vite prêtée à un raccommodement qui eût épargné à sa faible tête le souci d'une lutte à outrance (1). Dès le commencement, elle avait recherché ses bonnes grâces ; et quelques-unes de ses lettres nous montrent le ton aimable et presque humble de ses remercîments au ministre (2). Vainement, un peu plus tard, elle lui proposait la paix, en se disant p7^êle à faire la moitié du chemin, à le laisser maître de toutes les grâces, s'il voulait la laisser libre de toutes ses fantaisies. Sans garder rancune du mépris de ses avances, elle faisait ou laissait obtenir au frère de Ghoiseul, au comte de Stainville, la survivance du gouvernement de Strasbourg. Alors même

(1) Cest elle, la du Barry, qui disait à la maréchale de Mirepoix : « Concevez-vou^ qu'on puisse haïr M. de Choiseul sans le connaître.' i>

(2) Lettres de madame du Barry adressées au duc de Choiseul, communiquées par son neveu, ifei'îfe rfePar/.s, 1829, t. IV. Voir à l'appendice.

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