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quer d'une façon presque colère avec M. d'Aiguillon, le quitter en s'écriant : « Il faut bien que cela
mt comme cela! » puis se rapprocher du Roi
iccoudé à la cheminée, lui parler, faire signe à M. d'Aiguillon de venir appuyer ce qu'elle disait, el ne lâcher le Roi que lorsqu'il se mettait au jeu en laissant échapper : « Soixante mille livres de pensioti et cent mille écus d'argent comptant {ï)... »
Ghoiseul exilé, le chancelier et d'Aiguillon, réunis cette fois dans un ressentiment commun, avaient travaillé ensemble à porter les derniers coups au Parlement (2), qui, quelques jours avant la chute du ministre, avait suspendu l'examen des affaires des particuliers, donnant comme prétexte à cette mesure insurrectionnelle «que ses membres, dans leur douleur profonde, n'ont point l'esprit assez libre pour décider des biens, de la vie et de l'honneur des sujets du Roi (3) ».
(1) Mémoires de M. le duc de Choiseul, éa'its par lui-même. F Sivis, 1790. — Mémoires de Besenval, par Berville et Barrière. Baudouin, 1821.
(2) La chute de Choiseul et le renvoi futur du parlement faisait Daltre une caricature, introuvable comme toutes les caricatures du dix-huitième siècle antérieures à la révolution. Les Mémoires secrets la décrivent dans ces termes : >i On y voit le Roi entouré du chancelier, du contrôleur général et de madame la comtesse Dubarry. Le premier président arrive chargé d'un petit panier chargé des tètes, des bourses, des phallus des membres de sa compagnie. Le chancelier se jette sur les têtes, le contrôleur général sur les bourses et la comtesse sur les phallus. »
(3) Histoire de France pendant le dix-huitième siècle, par Lacretelle. Delaunay, 1812, t. IV,
Dans la nuit du 19 au 20 février 1771, chaque membre du Parlement était réveillé par deux mousquetaires, qui lui présentaient un ordre du Roi de reprendre ses fonctions, sur lequel il devait apposer un oui ou un non, sans phrases. Quelques-uns, devant l'effroi de leurs femmes et de leurs enfants, avaient la faiblesse de se rétracter.
Mais le lendemain, réunis en corps, les timides revenaient sur leur peureux acquiescement de la nuit. La nuit suivante, ils étaient réveillés une seconde fois par un huissier de la chaîne qui leur notifiait un arrêt du Conseil, qui déclarait leurs charges confisquées, leur défendait de remplir désormais leurs fonctions, de prendre même la qualité de membre du Parlement. Et à Thuissier de la chaîne succédaient deux mousquetaires leur apportant des lettres de cachet qui les exilaient dans des provinces lointaines (1).
Ces mesures violentes étaient arrachées à la volonté du Roi par le caquetage de madame du Barry, qui, soufflée par ses conseillers, répétait à chaque remontrance des Parlements de province : Swe, en- :o7-e une représentation pour vous ôter peu à peu l'autorité royale et à venir de loin à vous détrôner! Au mois de mars, pendant que Maupeou cherchait les éléments et les hommes de son nouveau parlement. Intriguant, tripotant, corrompant, on faisait acheter 24,000 livres, à la favorite, le portrait en pied de
(1) Vie privée de Louis XV. Londres, Peter Lytou, 1785, t. IV,
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Charles I", roi d'Angleterre, par Van Dyck, de la collection du baron de Thiers (1). Ce tableau, placé en vue dans l'appartement de madame du Barry, âevenait un moyen dramatique pour frapper l'imagination du Roi, entendant sa maîtresse lui dire tous les jours : La France, tu vois ce tableau? Si tu laisses faire ton parlement, il te fera couper la tête, comme le pa7'lement d'Angleteri-e l'a fait couper à Charles [1)... Par ces menaces de dépossession d'autorité, par ces menaces de mort violente devant le portrait du royal décapité, revenant à tout bout de champ dans la bouche aimée, madame du Barry amenait ce fameux lit de justice du 15 avril 4771, où étaient lus les trois édits : le premier, cassant le Parlement de Paris; le deuxième, cassant la Cour des Aides ; le troisième, transformant le Grand Conseil en nouveau Parlement. Le Roi terminait la séance sur ces mots impérieux : « Je défends toute délibération contraire à mes volontés et toutes représentations en faveur de mon ancien Parlement, car je ne changerai jamais. » Et la phrase : Je ne changerai jamais était dite par le Roi, affirme madame Necker, en se tournant vers madame du Barry, dissimulée derrière un rideau de gaze (3).
(\) Mémoires secrets de la république des lettres. Londres, John Adamson, t. V.
(2) Fastes de Louis XV. A Villefranche, chez la veuve Liberté, 1782. — Vie privée de Louis XV. Londres, 1785, t. IV.
(31 Mélanges extraits des manuscrits de madame Necker. Pougens, an VI, vol. III.
La complète victoire remportée à la fois par le duc d'Aiguillon sur Choiseul et sur le Parlement ne permettait pas toutefois à madame du Barry de faire entrer l'ancien gouverneur de Bretagne au ministère dans le premier moment. Un instant, le duc d'Aiguillon avait été désigné pour la Marine, mais on avait persuadé à la favorite que l'heure n'était point venue de placer son protégé , que cette hâtive nomination pourrait accroître la fermentation des esprits, qu'il valait mieux attendre qu'on se fût « habitué à envisager le duc dans un état d'innocence (1) ».
Au fond, il faut le dire, les haines particulières qui divisaient les coalisés n'aboutissaient qu'à donner l'exclusion aux uns et aux autres, et empêchaient toute sérieuse et définitive nomination (2).
Le prince de Gondé, qui, dans les premiers mois de l'année 1771, avait une sérieuse influence, était hostile au duc d'Aiguillon, et Monteynard, le ministre de la guerre fabriqué par l'altesse, était le serviteur de son antipathie.
Maupeou, l'afTaire du Parlement terminée, redevenait un allié dont le duc avait tout à craindre. D'Aiguillon ne pouvait, ne pourra, lorsqu'il sera enfin ministre, se faire remettre les pièces de la procédure de son procès : « Les pièces sont là, disait le chancelier à tout le monde ; elles me suivent par-
(1) Vie privée de LouU XV. Peter Lyton, 1785, t. IV.
(2) Lettres de la marquise du Deffand à Horace Walpoîe. Treuttel, 1812, t. II.
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tout comme les sceaux, à Compiègne, à Versailles, à Paris, à Fontainebleau ; je puis recommencer la procédure quand je voudrai (1). »
Terray, qui avait obtenu l'intérim de la Marine et tenait à le garder, appartenait encore entièrement au chancelier.
Le comte de Broglie, le petit intrigant éternellement aveuglé par l'ambition, l'intérêt, la colère, a trois passions, dit Dumouriez, qui l'ont toujours dominé, » le comte de Broglie, le protégé de la duchesse de Mirepoix, le favori chéri des deux bellessœurs de la du Barry, la Chon et la Bistchi, dans le dessein de supplanter d'Aiguillon, travaillait à donner pour amant à la favorite un de ses amis intimes, le chevalier de Jaucourt (2), celui qu'on appelait Clair-de-lune pour son talent à raconter des histoires de revenants.
Maillebois enfin, le troisième membre du triumvirat d'Aiguillon, de Broglie, Maillebois, qui avait eu la promesse du commandement de l'armée sous les ordres de Condé, si la France faisait campagne, et dont la nomination à la place d'un des quatre directeurs de la guerre venait d'être si brutalement cassée par le Roi, n'apportait plus un concours bien chaud à d'Aiguillon.
Mais la place de d'Aiguillon était trop bien prise auprès de madame du Barry, pour que tous ces ressentiments sourds et toutes ces intrigues secrètes
(1) Mémoires du ministère du duc d'Aiguillon. Paris, Buisson, 1792.
(2) Ibid.
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eussent d'autre résultat que de retarder de quelques mois l'avènement du duc au ministère. Dès le mois d'avril, il obtenait que de Boynes, poussé par lui, prît possession du ministère de la marine, enlevé à l'abbé Terray. De Boynes était reconnu pour le premier homme du contentieux, et Maupeou le sentait mis là par d'Aiguillon pour le remplacer s'il mollissait dans la destruction de la magistrature (1). Dans la coulisse, le duc d'Aiguillon était déjà le maître; c'était lui qui avait fait les grands changements administratifs et diplomatiques du mois de mars, et cela pendant un séjour d'une semaine à son château de Véret, voulant que les grands coups fussent frappés pendant son absence (2). Fort de l'amoureuse protection de la favorite, il avait eu encore l'appui, pendant son voyage à Paris, du prince royal de Suède (3), auquel la première maison qui s'était ouverte était la maison de la duchesse d'Aiguillon mère qu'avait beaucoup fréquentée, lors de son ambassade, le comte Schefier. Le duc d'Aiguillon était
(1) Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, par Soulavie. Treuttel, ISOl, 1. 1.
(2) Lettres de la marquise du Deffand à Horace Walpole. Treuttel, 1812, t. II.
(3) Le prince de Suède, tout en faisant la cour au parti Choiseul, offrait un collier d'or au chien de madame du Barry. Lors de son avènement au trône, Gustave III lui écrivait : « La part que vous prenez à mes succès me les rend encore plus agréables. Le baron de Lieveii m'a fait un rapport fidèle des bontés que vous lui avez témoignées, et je vous en remercie sincèrement. Je compte avec confiance sur les sentiments que vous avez toujours manifestés pour moi et je ne doute pas que je n'aie souvent occasion de vous parler de la reconnaissance avec laquelle je suis très-véritablement, madame la comte&se du Barry... » {Gustave III et la cour de France, par Geflfroy, t. II.)
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nommé au ministère des Affaires étrangères au mois de juin 1771 (1).
La nomination de d'Aiguillon était fêtée par madame du Barr}^ au mois de septembre, par un grand dîner, à Luciennes, où s'asseyait à la table de la favorite, avec la femme du ministre, sa mère, cette protectrice des encyclopédistes, cette receleuse de l'abbé de Prades pendant sa persécution, cette grosse athée, au nez de travers, au regard fol, à l'esprit désordonné (2) , que la société de Ghanteloup n'avait jamais pu supposer devenir la commensale de la favorite. A ce dîner assistaient tous les ministres d'Etat, tout le corps diplomatique (3), excepté les ambassadeurs d'Espagne et de Naples, les seuls ambassadeurs qui n'allaient pas chez la favorite.
(1) La Copie d'une lettre écrite de Paris le 10 juin 1771 raconte en ces termes la notification de la nomination du duc d'Aiguillon :
« Jpudi dernier, tous les ministres étrangers, ayant été priés à souper chez le duc de la Vrillière,s'y rendirent sans être instruits des raisons <le ce souper qu'ils n'ignorèrent pas longtemps. Le Roi, averti que tout le monde était assemblé, parut avec un visage riant, accompagné de M. le duc d'Aiguillon, qu'il leur annonça lui-même en leur apprenant qu'il ravait nommé ministre des affaires étrangères, et qu'ils traiteraient à ravenir directement avec lui pour tout ce gui serait de ce département. L'assemblée fut si interdite du plaisir que lui donna cette nouvelle, qus le duc ne reçut aucun compliment et que tout le souper se passa dans le silence le plus majestueux. »
(2) Correspondance inédite de madame du Deffand. Colin, 1809, t. H.
(3) L'ambassadeur d'Angleterre était très-favorable à l'adversaire du duc de Choiseul, et Paris commenta beaucoup un dîner donné par lui exclusivement à la faction d'Aiguillon, qui eut lieu au mois de février 1772. 1/arabassadeur d'Espagne, cette puissance toute dévouée à Choiseul, se refusait, lui, au contraire, d'aller aux dîners de d'Aiguillon, de madame de 'Valentinois, où se trouvait la sultane.
La nature bilieuse de l'homme , les rancunes amassées pendant tant d'années, le long dévorement de lui-même dans la disgrâce et l'éloignement de la cour, qui déjà avaient déposé au fond de Yentaché les germes irritants d'une maladie dont il mourra, les os liquéfiés, les os comme de la cire pendant la canicule (1), poussaient le duc d'Aiguillon, en sa victoire, aux vengeances personnelles. Jarente, l'évêque d'Orléans, était exilé (2). M. d'Usson était remplacé , en Suède , 'par M. de Vergennes. Breteuil, qui avait déjà commandé ses équipages, se voyait refuser, par madame du Barry, l'audience dont il avait la promesse et était révoqué de l'ambassade de Vienne. Rulhière perdait la place et la pension qu'il avait aux Affaires étrangères (3). D'Aiguillon frappait en haut, en bas, à droite, à gauche. Des lettres de cachet étaient suspendues sur les têtes de l'archevêque de Toulouse, du maréchal de Duras, gouverneur de Bretagne, du duc de Gontaut, de M. de Malesherbes, président des aides, de M. de Trudaine, du lieutenant même de police, M. deSartine. Madame du Barry, dont son amant avait un moment excité la colère par le rapport de traits piquants, de vers satiriques, de chansons, disait tout haut qu'on allait éloigner tous les amis de Choiseul, ôter à ses créatures places et emplois. Ce furent quelques mois
(1) Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, par Soulavie. Treuttel, 1801, vol. I.
(2) L'évêque d'Orléans avait décidé madame Adélaïde à aller se jeter aux pieds du Roi pour demander le rappel de Choiseul.
(3) Mémoires secrets de la république des lettres, t. VI.