‹ La Du BarryChapitre 42 sur 154 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

de terreur; tout le monde était dans des transes mortelles (1), et aussi bien les femmes que les hommes. Toutes ces femmes de la cour qui avaient mené la guerre des salons et fait à d'Aiguillon et à la favorite de si cruelles blessures avec leurs bons mots et leurs jolies méchancetés, ces madame de Brionne dont les mépris pour la clique avaient été si éclatants, ces madame d'Egmont qui ne veulent pas se trouver même en peinture dans la même chambre que madame du Barry (2), ces madame de Noailles qu'un croquis littéraire de Gustave III nous montre pestant contre le chancelier, contre d'Aiguillon, contre la du Barry, enfin, toutes ces grandes dames patriotes et philosophes qui s'étaient à la fois soulevées, presque révolutionnairement, dans un sentiment d'indépendance contre le bon plaisir royal et d'exécration contre la maîtresse : ces femmes se

(1) Lettres de la marquise du Dcffand à Horace Walpole. Treuttel. 1812, t. II. — Dans une lettre du 11 septembre 1771, publiée par le comte de Sainte-Aulaire, la peur de la duchesse de Choiseul pour les siens et les amis de M. de Choiseul revêt une jolie comparaison : « J'ai une peur affreuse de M. d'Aiguillon. Il prend toutes sortes de formes. Il ressemble aux méchants génies des Mille et une Nuits. »

(2) Madame d'Egmont avait promis son portrait à Gustave III. Elle lui écrit : « Meltez-moi donc à portée de vous envoyer mon portrait. Je ne le puis sans la parole positive que vous n'avez ni n'aurez celui de madame Dubarry. » Elle revient k la charge dans une autre lettre : « Sire, on dit que vous avez demandé le portrait de madame Dubarry: on va même jusqu'à dire que vous lui avez écrit. Je l'ai nié à tout hasard, mais on me l'a soutenu d'une manière si positive que je vous supplie de m'autoriser k le nier de même. Non, cela ne peut être. » Enfin, dans une dernière lettre, elle dit : « Je demande encore la réponse sur le portrait de madame Dubarry. Daignez donc me donner votre parole d'honneur que vous ne l'avez ni ne l'aurez jamais. » (Gustave III et la cour de France, par Geffroy. Didier, 1867, t. I).

sentaient menacées par d'Aiguillon dans leurs maris, dans leurs amants, dans leurs alliés. C'est ainsi que celle dont l'action eut sur l'attitude du duc de Choiseul vis-à-vis de madame du Barry une influence peut-être aussi grande que la duchesse de Gramont, celle qui voulut que le ministre fût « h couteaux tirés » avec sa propre bellesœur, la maréchale de Mirepoix, celle dont l'insolence de la parole n'eut jamais aucun ménagement, oelle qui arracha presque violemment au Roi la permission d'aller à Ghanteloup (1), voyait son mari, le maréchal de Beauvau, perdre son commandement du Languedoc. Destitution, persécution, exil, la glorieuse personne soutenait dans le commencement que ce n'était qu'une misère auprès de l'honneur d'assurer la liberté et de se garder du pouvoir arbitraire. Malheureusement pour le soutien de si belles doctrines, les gens de cour étaient alors tous criblés de dettes et ne se soutenaient que par les bienfaits du Roi. Le maréchal de Beauvau avait 700,000 francs de dettes portant intérêt, plus -450,000 francs de dettes criardes. Il était obligé de solliciter près du

(1) A propos de Chanteloup, donnons cette lettre adressée par la Vrillière à Maynon d'Invau, demandant la permission de se rendre chez le duc de Choiseul ; elle renseigne sur le déplaisir que le Roi éprouvait de ces visites, sans toutefois qu'il voulût les interdire : « J'ai mis sous les yeux du Roi la lettre par laquelle vous demandez à aller à Chanteloup, et Sa Majesté m'a fait l'honneur de me répondre qu'elle n'avoit jamais accordé à personne la permission d'y aller, mais qu'elle ne l'avoit pas refusée, et qu'elle avoit laissé à ceux qui lui avoient fait demander la liberté de se décider eux-mêmes sur le parti qu'ils avoient à prendre. » (Archives nationales, O' 414.)

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