CHAPITRE PREMIER
Les filles de Sainte-Aure étaient une communauté dont la spécialité et le but étaient tout particuliers, Sainte-Aure ne servait point d'asile aux faiblesses, de retraite aux fautes : ce couvent était destiné à
duchesse de Villeroy, par le chevalier Fr. N... Londres, imprimé aux dépens des éditeurs, 1772 (1 vol. in-12). C'est un petit roman qui n'a pas le moindre rapport avec l'histoire de madame du Barry.
Précis historique de la vie de madame la comtesse Bu Barry, avec son portrait. Paris, 177-t (1 petit vol. in-12 ou in-8).
Gazette de Cythère, ou Histoire secrète de madame Dubarry. Londres, 1775 (1 plaquette in-12).
Histoire et vie de la comtesse du Barry. Au Pont-aux-Dames. 1775 1 plaquette in-12).
Remarques sur les Anecdotes de madame la comtesse du Barri, par madame S. G'oudar). Londres, 1777 (1 plaquette in-12).
Les Plaisirs de la ville et de la cour, ou Réfutation des Anecdotes et Précis de la vie de madame la comtesse Dubarry, écrits par elle-même. Londres, 1778 (1 vol. m-12). Petit roman rare qui paraphrase les Anecdotes.
Lettres de madame la comtesse du Barry avec celles des princes, seigneurs, ministres et autres qui lui ont écrit et qu'on a pu recueillir. Londres, 1779. Correspondance apocryphe.
Vie de madame la comtesse du Barry, suivie de ses correspondances épistolaires et de ses intrirjues galantes et politiques, in-8. Cette biog-raphie, où on annonce qu'elle est morte, contient un portrait avec au bas : « La Messaline que tu vois... »
Les Illustres Victimes vengées, par Montigny, 1802 (in-8), contenant une longue notice sur madame du Barry.
Mémoires historiques de Jeanne Gomart de Vaubernicr, comtesse Bu- Barry... rédigés sur des pièces authentiques... par M. de Favrolle (madame Guenard). Paris, Lerouge, 1803 (4 vol. in-12). Ce livre, écrit sans critique, renferme, dans ses 3' et 4' volumes, la plus grande partie des pièces saisies à Luciennes et qui sont aujourd'hui aux Archives nationales.
Mémoires de la comtesse du Barri, par Lamothe-Langon. Abel Ledoux, 1843 (5 vol. in-8). Roman sans la moindre valeur historique.
Madame la comtesse du Barry, par Capefigue. Amyot, 1358.
Madame du Barry, 1768-1793, par J.-R. Le Roy. Versailles, 1858. Brochure pleine de documents originaux du plus haut intérêt.
Deux pièces se rattachent encore à l'histoire de la favorite. Celleci, PÉgalité controuvée, ou Petite Histoire de la Protection, est le réci
prévenir les chutes. C'était, dans la pensée des réformateurs de cet institut, un asile ouvert, moyennant une pension modique de deux cents livres, à toutes les jeunes personnes qui, nées d'une famille honnête, « se trouvaient dans des circonstances oii elles couraient risque de se perdre (1). » Les dix livres pour le lit furent payées ; la petite fut fournie de deux paires de draps et de six serviettes (2), et les portes du couvent de la rue Neuve-Sainte-Geneviève se fermèrent sur elle.
Pour une jeune fille ainsi élevée, ne connaissant de la vie que ce qu'elle en avait vu chez mademoiselle Frédérique, bercée dans ce luxe d'une existence de fille, la tête et les yeux éblouis de rubans et de belles robes, pour une enfant gâtée de chatteries et de caresses comme une jolie enfant qu'elle était, coquette déjà, et déjà montrant cette humeur espiègle que Versailles même ne pourra contenir, la chute était grande et le changement rude.
Adieu la charmante petite toilette taillée dans les mise-bas de la Frédérique! Sur cette tête éveillée, voici deux voiles noirs d'étamine , accompagnés d'une guimpe commune sans empois. Yoici, sur ces blonds cheveux, une bande de mauvaise toile qui les
le plus complet de la persécution qu'elle a subie en 1793 à Luciennes. L'autre n'a d'intérêt que son titre : Descente de la Dubarry aux enfers, sa réception à la cour de Pluton par la femme Capet, devenue la furie favorite de Proserpine.
(1) Tableau de l'humanité' et de la bienfaisance, ou Précis historique des charités qui se font daits Paris. 1769.
(2) État ou Tableau de la ville de Paris. 1760.
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cache et descend couvrir plus des trois quarts du front. Sa robe est de serge d'Aumale blanche et commune, sans aucun arrangement ni ornement superflu; et ses petits pieds sont chaussés de souliers de veau jaune sans façon, attachés avec deux cordons pareils. Et nul moyen de tromper cette discipline impitoyable de l'habit : les archives de la communauté ne conservent-elles pas comme modèle et comme règle une statue hiératique ainsi habillée?
Et tout, autour de la petite Jeanne, est grossier, sévère et triste comme son nouveau costume, dans cette communauté si retranchée, qu'elle n'a d'argent que l'argenterie de l'infirmerie, d'or que la dorure de l'autel. C'est le vœu de pauvreté dans sa rigueur, défendant à chacune la possession personnelle, supprimant le tien et le mien; c'est le travail des mains, le travail de l'instruction, dans l'observation du grand silence. Là sont défendus et punis les badineries, les petits airs délicats, les ris outrés ou d'éclat, toute phrase plaisante, tout ton railleur (1). Vaines défenses! par-dessus lesquelles sautait bientôt la petite Jeanne, mettant dans l'austère maison la gaieté de son âge et de son humeur, et y faisant la révolution de Vert- Vert. Le tapage, le mauvais exemple d'une telle jeunesse, vainement grondée et refrénée, et dont la contagion était à craindre, fai-
(1) Constitution des religieuses de Sainte-Aure, suivant la règle de saint Augustin. X Paris, de rimprimerie de Simon, imprimeur de monseigneur l'archevêque de Paris, 1786.
saient renvoyer le charmant petit diable chez sa mère, c'est-à-dire chez laFrédérique.LaFrédérique, trouvant grandies et formées, plus dangereuses que jamais, les grâces de sa protégée, lasse de la mère, qu'elle soupçonnait d'espionnage dans son intérieur, imaginait de jeter les hauts cris sur les relations singulièrement familières de la mère de Jeanne avec un moine Picpus nommé Gomard. Sur ce scandale, et sur l'indignation fort bien jouée de laFrédérique, M. Dumonceau laissait jeter à la porte la mère et la fille.
C'est vers ce temps que la petite fille d'une quinzaine d'années, sans ressource et livrée au hasard, se montre dans les rues de Paris, ainsi que la Mignone de Rétif de la Bretonne, portant dans une petite boîte ouverte des objets de « quinquaillerie » , allant de porte en porte, et offrant à qui passe ses cordons de montre, ses tabatières, ses fausses perles, ses épingles à brillants, ses étuis, et toute la menue mercerie qu'on achète pour les beaux yeux de la marchande, et qu'on paye le prix de son sourire; boutique en plein air, métier scabreux, négoce si petit qu'il semble un prétexte, courses douteuses sur le pavé glissant, exposées aux propos, aux ofTres, à la nuit, à la misère qui racole, aux domestiques qui ramassent du plaisir pour leur maître... A des années de là, le comte de Genlis, l'un des plus charmants libertins du siècle, racontait au comte d'Allonville son étonnement, en reconnaissant à Versailles dans la femme à laquelle il était présenté une petite