‹ La Du BarryChapitre 6 sur 154 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lille des rues que son valet de chambre lui avait une fois amenée (1).

Pendant ce temps, il se faisait un changement dans la famille qui allait retirer la petite de cette vie suspecte. Son oncle ou son prétendu oncle, le frère Picpus, qui avait obtenu la prêtrise, devenait, par un cumul digne du temps et fait pour l'homme, l'aumônier de la chapelle en même temps que le souffleur de la comédie du château de Cour-Neuve, où la vieille femme du fermier général Lagarde amusait sa vieillesse avec un théâtre de société. Le Picpus intéressait à Jeanne la curiosité de la vieille madame Lagarde, qui faisait venir la jolie fille à Cour-Neuve (2), se laissait charmer par son visage, son caquetage, et lu retenait auprès d'elle comme demoiselle de compagnie, femme de chambre au besoin. Malheureusement, il se trouvait que madame Lagarde avait des fils qui étaient des jeunes gens ; il y eut bientôt au château le roman quon devait attendre, le commencement d'une intrigue avec la séduisante petite personne ; et de Cour-Neuve, la mère et la fille retombaient encore une fois sur le pavé de Paris.

Là il fallut manger et vivre. La petite colporteuse de mercerie prit un état où la vertu était encore un

(1) Mémoires secrets de 1770 à 1830, par M. le comte d'Allonville. 1838, vol. I".

(2) Une vieille habitation des environs de Paris entièrement restaurée à la moderne et ne conservant de son passé qu'une double enceinte de fossés toujours remplis d'une eau courante. — Les divertissements de la Cour-Neuve ont été publiés dans un volume rare : Étrennes de la Cour-Neuve pour l'année 1774, dédiées à M. de la Garde, maître des requêtes. A la Cour -Neuve, 1774.

héroïsme assez difficile, mais où les tentations n'avaient plus la même brutalité; elle entra sous le nom de mademoiselle Lançon, ou peut-être Rançon, (lu nom du mari que sa mère venait de prendre, chez M. Labille, marchand de modes, rue Saint-Honoré, le frère delà femme-peintre.

L'histoire des demoiselles de modes au dix-huitième siècle n'est ni très-longue à faire ni très-variée à dire. Imaginez des magasins tout en vitres où de charmants désœuvrés, de jolis seigneurs lorgnent du matin au soir; des fermetures qui servent à la correspondance et qui laissent passer, par le trou des chevilles, les billets plies en éventail ; des courses au dehors, où la pimpante demoiselle de modes, telle que nous l'a dessinée Leclerc dans la suite des Costumes d'Esnault et Rapilly, trottine d'un air vainqueur, la tête couverte d'une grande calèche noire qui laisse échapper les boucles de ses cheveux blonds, la taille ronde et fine serrée dans une polonaise de toile peinte garnie de mousseline, les petits souliers à talons et à boucles, et dans la main un léger éventail • qu'elle agite en marchant; imaginez au bout de cela des conversations, des propositions ; puis au bout des propositions, et des réponses aux propositions, c'est pour presque toutes, comme pour la petite Lançon, quelque monsieur Lavauvenardière (1), ou quelque monsieur Duval, ou quelque autre.

Quelques-uns ont voulu que madame du Barry fût

(1) Lavauvenardière fut, d'après Soulavie, le premier amant en titre et connu de la du Barry.,

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