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CHAPITRE HUITIÈME

doublée, on se doute bien que les petits mémoires et les mandats particuliers continuaient comme par le passé.

Au jour de l'an de 1770, il contribuait à lui faire donner pour ses étrennes les Loges de Nantes, d'un revenu de 40,000 livres.

En 1771, à la mort du comte de Clermont, il insinuait au Roi que c'était le cas de penser à madame du Barry, qui, jusqu'ici uniquement occupée du soin de plaire à S. M., n'avait point songé à sa fortune et se trouvait dans un état précaire. Et il proposait, sans rien déranger au plan d'économie que Louis XY s'était imposé, de donner 100,000 livres de rente viagère à la favorite, sur les 300,000 dont le décès du comte de Clermont amenait l'extinction (1). A quelque temps de là, il faisait encore obtenir à la favorite, sur le renouvellement du bail des poudres, un pot-de-vin de 100,000 livres, pot-de-vin que les mauvaises langues accusaient l'abbé d'avoir, en principe, stipulé pour son compte.

Mais ces dons, ces pots-de-vin, quelque énormes qu'ils fussent, avaient leurs limites, et ils ne furent que peu de chose auprès de l'argent immense et non connu que livra à la favorite la honteuse acceptation par l'abbé Terray des bons de madame du Barry comme bons du Roi, en sorte que madame du Barry lirait, sans compter, de Choisy, de Trianon, sur Baujon, le banquier de la cour, auquel elle ordon-

(1) Mémoires concernant l'administration des finances sons le 7ninistère de M. l'abbé Terray, contrôleur-général. Londres, John Adamson, 1776.

liait de payer telle somme, dont il lui serait tenu compte par le contrôleur général. Et sait-on que les bons de madame du Barry sur Baujon, depuis 1769, la première année de sa faveur, à 1774, l'année de la mort du Roi Louis XV, montèrent à la somme de 6,427,803 livres (1)? Toute la politique, toute la science, tout le travail de l'abbé Terray pour se maintenir consistait à ne jamais laisser madame du Barry manquer d'argent.

(1) M. Le Roi, dans son étude pleine de renseignements curieux, a fait le compte des sommes dépensées par madame du Barry. Le voici tel qu'il le donne :

1° Mobilier donné par le Roi à madame du Barry lors de son mariage 30,000 1. "S. " d.

2° Sommes payées pour madame du Barry par Baujon, banquier de la cour, depuis l'année 1769 jusqu'à l'année 1774 6,427,803 " 11

3° Pour achat de son hôtel de Versailles par Mojixiew, frère du Roi, le 24 octobre 1775 224,000 » »

4° Pour réchange de 50,000 livres de rentes viagères contre 1,250,000 livres délivrées par le trésor royal, par arrêt du Roi, d'avril 1784 1,250,000 » »

5° Madame du Barry jouit de 150,000 livres de rentes viagères sur la ville de Paris, les États de Bourgogne et les Loges de Nantes, depuis l'année 1769 jusqu'en 1784, ce qui donne un total de 2,400,000 »

6° Depuis l'année 1784 jusqu'en 1773, elle n'a plus que 100,000 livres de rentes viagères, ce qui donne un total de 900,000 »

7° La jouissance du cliàteau de Louvei^iennes et de ses nombreuses dépendances ; les diverses dépenses faites à l'ancien château et la construction du pavillon peuvent s'évaluer à un revenu de 50,000 livres de rentes, ce qui fait depuis 1767 jusqu'en 1793. 1,250,000 » «

Le total général de toutes ces sommes est —

àe 12,481,803 1. « s. 11 d.

Efforts de la favorite pour obtenir une parole de Marie-Antoinette. — Entrevue de Mercy-Argenteau avec la comtesse du Barry. — Madame Adélaïde empêchant Marie-Antoinette de parler à la favorite. — Les exigences du Roué. — La chanson de Drôlesse. — Les nouvelles soupeuses. — Les bas divertissements de Luciennes. — La diminution de la royauté au contact de la fille.

Au milieu de la complète satisfaction de ses haines, de ses passions, de ses goûts, de ses caprices, de ses fantaisies, la sultane favorite avait l'existence et les nerfs taquinés par les dédains insultants de la Dauphine. Dans ces salons de Marly, de Ghoisy, de Versailles, de Fontainebleau, dans ces salons maintenant courbés et révérencieux, madame du Barry avait à subir le silence et tout ce que mettait dans ce silence la haiutame petite rousse (1). En dépit des ordres maternels deMarie-Thérèse, se mettant en mesure d'avance de se faire pardonner par Louis XV le partage de la Pologne (2), en dépit des lettres du prince

(1) Madame du Barry appelait Marie-Antoinette la petite rousse et le futur Louis XVI le grand garçon mal élevé'.

(2) Marie-Thérèse écrit à Marie-Antoinette : « Il suffit que le Roi

distingue une telle ou un tel pour que vous lui deviez des égards

sans éplucher leurs mérites. »

Kaunitz, en dépit des objurgations de Mercj'-Argenteau, l'ambassadeur de l'Impératrice-Reine, Marie- Antoinette ne pouvait vaincre la répugnance insurmontable qu'elle éprouvait pour la plus sotte et impei^tinente créature qui soit imaginable (1). Personne n'avait le pouvoir de décider la jeune princesse à adresser la parole à la favorite, à lui faire dire au cercle un de ces lieux communs qui fussent le gage et la marque de l'acceptation de sa personne parmi les femmes de la cour. Madame du Barry, ainsi journellement blessée en public, fatiguait le Roi de ses plaintes, de ses désespoirs, de ses larmes, demandant son intervention de beau-père pour faire cesser ce cruel état de choses, si bien qu'au mois de juillet 1771, à Compiègne, Louis XV avait fait témoigner à Mercy-Argenteau le désir d'avoir une entrevue avec l'homme de confiance de Marie-Thérèse. Le duc d'Aiguillon, porteur du message, lui donnait rendezvous pour le surlendemain, au retour de la chasse, chez la comtesse du Barry, lui disant, de la part de Louis XY, quïl n'était pas logé à Compiègne de manière à le voir en bonne fortune et qu'il le priait de venir le trouver chez la favorite. La démarche était délicate, le plus grand nombre des ambassadeurs étrangers s'étant refusés jusqu'à ce jour de rendre visite à madame du Barry. Toutefois, Mercy-Argenteau obéissait aux ordres du Roi.

Mercy-Argenteau se rendait chez la favorite à

(1) L.ettre de Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, publiée dans Maria- Theresia und Marie-Antoinette, par d'Arneth. Vienne, 1865.

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