‹ La Du BarryChapitre 52 sur 154 · CHAPITRE NEUVIEMK. 13'J · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEMK. 13'J

sept heures. Le duc d'Aiguillon lui annonçait que le Roi achevait de s'habiller, et, sous le prétexte d'examiner un tableau, emmenant les personnes qui <>taient dans le salon, il laissait l'ambassadeur de rimpératrice-Reine en tète j\ tête avec madame du Barry, qui le faisait asseoir à ses côtés. La favorite prenait ce moment pour dire à Mercy-Argenteau qu'elle était aise que l'idée du Roi de lui parler chez elle la mît à portée de faire sa connaissance et qu'elle voulait s'en prévaloir pour lui confier un sujet de peine qui l'affectait beaucoup. Elle n'ignorait pas que, depuis longtemps, on s'était occupé à la détruire dans l'esprit delà Dauphine, et que, pour y parvenir, on avait eu recours aux caloynnies les plus atroces, en osant lui attribuer des propos peu respectueux sur le compte de S. A. R. Madame du Barry protestait qu'il n'en était rien, que même, bien loin d'avoir à se reprocher une faute aussi énorme, elle s'était toujours jointe à ceux qui faisaient de justes éloges des charmes de V archiduchesse. Elle affirmait que, quoique cette princesse l'eût constamment traitée avec rigueur et une sorte de mépris, elle ne s'était jamais permis de plaintes contre S. A. R., mais uniquement contre ceux qui lui inspiraient ces mouvements d'aversion. Madame du Barry ajoutait que, lorsqu'il s'était agi de quelque objet que la Dauphine paraissait désirer, comme, en dernier lieu, une demande pour le payement de sa maison, elle s'était empressée de représenter au Roi qu'il ne pouvait pas se dispenser de se prêter aux désirs

de la Dauphine Là-dessus, le Roi arrivait par un

petit escalier, et la comtesse se retirait.

« Jusqu'à présent vous avez été l'ambassadeur do l'Impératrice; maintenant je vous prie d'être mon ambassadeur, au moins pour quelque temps, » disait à Mercy-Argenteau le Roi en entrant. Puis, avec un certain embarras, il l'entretenait de Marie-Antoinette, lui disant qu'il aimait la princesse de tout son cœur, qu'il la trouvait charmante, mais qu'elle était jeune et vive, « et qu'ayant un mari qui n'était pas en état de la conduire », il était impossible qu'elle évitât les pièges qui lui étaient tendus par

l'intrigue Il remarquait avec déplaisir qu'elle se

livrait à des préventions, à des haines qui ne venaient point d'elle et qui lui étaient suggérées, qu'elle traitait mal, et même avec affectation, les personnes

que le Roi admettait dans sa société particulière

Louis XV terminait en répétant plusieurs fois à Mercy-Argenteau : « Voyez souvent madame la Dauphine, je vous autorise à lui dire tout ce que vous voudrez de ma part : on lui donne de mauvais conseils, il ne faut pas qu'elle les suive. »

A la suite de cette entrevue, Mercy-Argenteau posait ce dilemme à Marie-Antoinette : ou elle voulait annoncer par sa conduite qu'elle avait connaissance du rôle de madame du Barry près du Roi, alors il était de sa dignité qu'elle demandât qu'il fût interdit à la comtesse de paraître au cercle ; ou bien elle voulait paraître ignorer l'état de la favorite, alors elle devait la traiter comme toute femme présentée.

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