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CHAPITRE NEUVIEME

Le lendemain, la Dauphins annonçait à Mercy- Argenteau qu'elle parlerait une fois à la comtesse du Barry à la première occasion.

Quelques jours après, Mercy-Argenteau prévenait la Dauphine que madame du Barry devait se rendre le lendemain au cercle, accompagnée de la duchesse de Valentinois. Marie-Antoinette promettait de parler. On convenait qu'à la fin du jeu Mercy-Argenteau s'approcherait de la favorite et entamerait la conversation avec elle, pendant que l'archiduchesse, en train de faire sa tournée, s'arrêterait près de lui, et, comme par occasion, adresserait la parole à madame du Barry. Mercy-Argenteau, heureux de sa victoire,, quittait la Dauphine en lui faisant donner sa parole de ne pas confier ce petit arrangement à Mesdames Tantes. Donc, le lendemain, la comtesse du Barry, accompagnée de la duchesse de Valentinois, était au cercle. Le jeu touchait à sa fin ; Mercy- Argenteau avait été envoyé par la Dauphine se placer près de madame du Barry, toute heureuse, et voyant s'avancer vers elle prête à lui parler Marie-Antoinette, quand madame Adélaïde, qui était du secret, éleva tout à coup la voix en disant: «Il est temps de s'en aller, partons ; allons attendre le Roi chez ma sœur Victoire. » Et la Dauphine suivait madame Adélaïde, sans avoir eu le temps d'adresser la parole à la malheureuse et dépitée favorite (1),

(1) Correspondance secrète entre Marie-Tliérèse et Mercy-Argenteau publiée par le chevalier d'Arneth. Didot, 18T5, t. I.

Madame du Barry avait dans la vie un autre ennui : son beau-frère. C'étaient, depuis le commencement de sa faveur, tous les jours, des demandes d'argent et d'effets pour faire patienter des créanciers, pour le sortir du fond de la tombe, écrivait tragiquement le Roué (1). Pour sortir du fond de la tombe, un moment avant l'avènement de Terray, le comte Jean avait eu la brillante idée de renverser du contrôle général Maynon d'Invau et de le remplacer par un ami à lui, par un compère, par Guenée de Brochau, procureur général des requêtes de l'Hôtel. Guenée de Brochau contrôleur général, c'était la main du comte Jean dans le Trésor public. Malheureusement la mine était éventée, Brochau ^tait mis à la Bastille et le comte Jean recevait l'ordre de voyager pour sa santé, — toujours aux frais de la comtesse du Barry. Encore si la favorite n'avait été tourmentée que par les besoins d'argent insatiables de Jean du Barry; mais continuellement il la harcelait, la persécutait de ses conseils, de ses plans de conduite, de ses monitoires, voulant la faire profiter, selon son expression, des étincelles de son génie (2).

(1) Lettre de Jean du Barry, sans date, publiée par la Revue de Paris, année 1836, t. XXXV. — Hardy, dans son Journal manuscrit, raconte que, dès le mois de décembre 1769, Jean du Barry avait été écarté de la cour avec défense d'y reparaître. A ce propos on racontait que, la comtesse ayant demandé 600,000 livres pour payer ses dettes et le Roi s'étant adressé au contrôleur général pour avoir cette somme, le duc de Choiseul s'était procuré des preuves incontestables que cet argent étail destiné au beau-frère et les avait mises sous les yeux du Roi.

(2) Lettre du comte du Barry, publiée dans la Revue rétrospective, 3« série, vol. I. La lettre mérite d'être citée comme la lettre d'un proxénète mâtiné d'un intrigant politique:

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