CHAPITRE DIXIK.MK
de cachet, elle n'envoie pas les épigrammes à la Bastille. Le mystificateur qui la parodie toute vive, en habillant sa maîtresse en comtesse du Tonneau, sait d'avance qu'il ne risque point le martyre. C'est elle-même qui demande la grâce de Sophie Arnould, dont elle a reçu un coup de langue (i). Son règne n'a qu'un Latude, un Latude en liberté : Théveneau de Morande, qu'elle n'exige pas qu'on noie ou qu'on étouffe, mais qu'elle achète avec une grosse somme d'argent (2). Ses ressentiments et ses co-
(1) Mémoires secrets de la république des lettres, t. V.
(2) Théveneau de Morande, l'auteur du Gasetier cuirassé, avait fait parvenir en 1774 à madame du Barry, de Londres où il était réfugié, le prospectus d'un livre tiré à 6,000 exemplaires et intitulé : Mémoires secrets d'une femme publique, ou Essai sur les aventures de madame la comtesse Dub*", depuis son berceau jusqu'au lit d'honneur. In-8, Londres, 4 vol. Deux négociations menées par Bellanger et Preaudeau de Chenilly échouaient. Le duc se décidait à envoyer Beaumarchais pour traiter avec le pamphlétaire. Beaumarchais s'abouchait avec Théveneau de Morande, qui convenait de supprimer toute l'édition à la condition qu'il recevrait 32,000 livres comptant, et qu'on lui assurerait une pension de 4,000 livres dont la moitié serait réversible sur la tête de sa femme après sa mort. Tous les exemplaires étaient consumés dans un four à briques aux environs de Londres. Un seul exemplaire fut épargné dont on coupa les feuilles en deux moitiés, et chacune devait rester cachetée entre les mains de Beaumarchais et de Théveneau de Morande, afin de s'assurer contre une nouvelle publication de cet ouvrage, auquel cas les conditions de l'accord devaient être nulles. C'est là le récit fait à Dutens par Beaumarchais, qui afiirraait que le Précis, les Anecdotes, enfin tous les autres livres parus sur madame du Barr^-, n'avaient aucun rapport avec l'ouvrage de Théveneau de Morande. Le livre a-t-il été vraiment complètement détruit? [Mémoires dun voyageur gui se refiose, par Dutens. Bossange, 1806, t. II.) Les Mémoires secrets parlent on mai 1773 d'un autre livre imprimé à Strasbourg avec des estampes obscènes et devant faire la suite du Portier des Chartreux. Ce livre, qui entrait dans le détail des amours du Roi et de la du Barry, aurait été saisi, feuilles imprimées, gravures, manuscrit, et personne n'en aurait eu un exemplaire entre les mains.
lères (1) ne sont que des enfantillages qui tombent, comme ses volontés , comme ses entêtements , comme ses refus de permission pour aller à Chanteloup, sous la moquerie, le rire et les gentillesses de la maréchale de Mirepoix. Elle est généreuse aussi grandement, aussi follement qu'une courtisane qui n'est pas avare. Elle donne et laisse prendre tout autour d'elle, travaillant de sa bourse à la fortune de tous ceux qui l'ont connue, servie, ou qui lui plaisent. Elle a dans le cœur les dévouements du peuple, ses attachements naturels, le sentiment de la famille. Elle va passer, tous les quinze jours, une journée avec sa mère, qu'elle a habillée en marquise de Montrable (2), à qui elle a donné un logement au couvent de Sainte-Elisabeth , carrosse , maison de plaisance, et une petite ferme appelée la Maison- Rouge (3), près de Lonjumeau. A la mort de sa mère, le 20 octobre 1788, elle constitue, au profit du sieur Rançon de Montrable, le mari de sa mère,
(1) Le fouet donné par les femmes de chambre de madame du Barrj' à la marquise de Rosen, son ancienne mignonne qui l'avait abandonnée, si Fanecdote est vi-aie, n'est qu'une plaisanterie de mauvais goût.
(2) La marquise de Montrable avait appris fort peu d'orthographe dans sa nouvelle position. Voici un reçu vraiment curieux d'un quartier delà pension que lui faisait sa fille : « J'ay reçu de ma dame la contasse du bary par les mens et de denier de monsieur buffauts la somme de trois cent livres pour un quartier de la pension quelle a bien voulu ma cor det. Le dit quartier échu du 1" juillet 1777. » {Catalogue de lettres autographes du 21 janvier 1856.)
(3) Nous trouvons dans les comptes de madame du Barry, rentrée en possession de ce petit immeuble après la mort de sa mère, un bail de cette propriété passé avec M. et madame Morgan commençant le !"■ avril 1792. C'est le Morgan dénoncé par Greive pour ses menées contre-révolutionnaires.