CHAPITRE DIXIEME
une rente viagère de 2,000 livres, pour reconnaître les bons procédés de Rançon envers son épouse. Elle a fait une pension à madame Quantiny, la sœur de sa mère; elle a placé et poussé quatre de ses enfants. Elle a pris avec elle la dernière venue, une petite fille qu'elle élève comme sa fille et dont le public veut faire sa fille : c'est l'enfant baptisé le Petit Pierrot, ou encore Betsi, dont Drouais peint l'espiègle visage dans un dessus de porte de Luciennes. Tant que sa vie dure, on trouve madame du Barry en rapports familiers et protecteurs avec sa famille. Une lettre tout affectueuse du 24 août 1788, datée de Metz et écrite par une nièce mariée au marquis de Boissaison (1), invite madame du Barry, pendant que son mari sera sous la toile du camp, à venir passer quelques jours avec elle. Elle lui promet du beurre frais, les œufs de ses poules, lui envoie des mirabelles confites, et termine sa lettre en disant que son petit Hercule, — un nom qui rappelle Brissac, — ne passe pas de jour sans lui demander : « Quand est-ce que nous retournerons àLuciennes? w Mais cette nièce ne serait-elle point une fille de madame du Barry? Aucun livre du temps, je le sais, n'affirme d'une manière positive que madame du Barry ait jamais été mère ; et cependant M. d'Allonville déclare que madame du Barry avait eu une fille sans en connaître le père, qu'elle l'avait mariée avec une dot de 100,000 francs à un gentilhomme
(1) Tribunaux révolutionnaires, aossier de la du Barry, Archives Dationales, W 16.
sans fortune; il affirme qu'en 1838 cette fille et une petite-fille de madame du Barry résidaient à Munich, pendant que le petit-fils (sans doute Hercule) était général-major en Russie. M. d'Allonville nomme même le nom du gentilhomme mari de la fille de madame du Barry, qui se trouve être le marquis de Boissaison, émigré pendant la Révolution (1).
Les torts du Roué envers sa belle-sœur, le juste ressentiment de madame du Barry, l'éloignement dans lequel elle le tenait de sa personne, n'empêchaient pas le comte Jean dG se recommander, dans des lettres suppliantes, auprès de la favorite au nom du passé, de solliciter son bon cœur et son crédit pour marier son fils, le vicomte Adolphe, d'abord page du Roi, puis officier dans le régiment d'infanterie de S. M., puis cornette des chevau-légers de la garde, avec rang de mestre de camp de cavalerie, et se vantant d'avoir dans sa poche le brevet de premier écuyer du Roi qu'il avait emporté d'assaut sur MM. de Coigny et de Polignac (2).
Plusieurs tentatives pour caser le vicomte Adolphe dans une grande famille avaient été déjà faites par madame du Barry. Une fois, elle s'était mise en tête de le marier à M'^Me Béthune, elle avait été arrêtée par la froideur de Louis XV à cette proposition ,
(1) Mémoires secrets, par le comte d'Allonville. VVerdet, 1838, t. I.
(2) Le vicomte Adolphe n'eut que la promesse de la place. La nomination fut empêchée par ce propos tenu en public par le Daviphin . « S'il a cette charge, je lui donnerai de ma botte par la figure au premier débotté. » {Mémoires historiques de Stéphanie-Louise de Bourbon- Conti. Paris, floréal an VI, t. I.)