‹ La Du BarryChapitre 60 sur 154 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

peut-être devant l'insolente prétention des du Barry de vouloir s'allier avec la famille Sully. La favorite s'était alors rejetée sur une fille naturelle du Roi, connue sous le nom de M''^ de Saint-André ; mais, dans cette alliance, la fermeté et le franc parler du tuteur de la demoiselle avaient fait rompre les négociations déjà très-avancées.

C'est à la suite de cette rupture que le comte Jean, dans une lettre qu'il demande à la favorite de lire dans son pavillon de Luciennes, comme « dans un entretien de sentiment » en se dépouillant pour un instant de toutes préventions à son égard, traite l'importante question du mariage de son fils: « J'ai cherché, écrit-il, de bonne foi et avec le plus grand désir de réussir, dans les filles de qualité de la cour. Vous avez vu en partie les mortifications que j'ai éprouvées... » Il avoue ensuite « que, malgré son éloignement pour les filles de la finance, il a fait pressentir aussi inutilement quelques familles opulentes ». Puis il revient sur les deux mariages manques, il reproche à sa belle-sœur, après les marques de satisfaction données par le Roi à l'abbé Terray et à Bertin, lorsqu'ils lui avaient parlé de l'alliance avec M"^ de Béthune, de n'avoir pas donné de suites immédiates à ces ouvertures et d'avoir par là provoqué elle-même la froideur survenue chez Louis XV. Il l'entretient ensuite de M"^ de Saint-André, la fille du Roi et de la Morfil, le modèle de Boucher, « qui, en perdant l'espérance de devenir la nièce de madame du Barry, a renoncé jusqu'au désir de plaire,

en se refusant presque toute espèce de parure dans l'intérieur du couvent ». Il regrette vivement ce parti qui apportait 24,000 livres de rente et une terre de même valeur; il le regrette d'autant plus que, « quoiqu'il soit pour la fortune au-dessus de ce qu'elle l'a vu rue de la Jussienne et au-dessous de ce qu'il aurait pu devenir dans la rue Neuve-des- Petits-Ghamps, son état ne lui permet pas un démembrement pour faire un brillant sort à son fils en le mariant». Enfin, le mariage avec M"^ de Saint- André avait encore cet avantage qu'elle était la seule personne, écrit l'homme inquiet de l'avenir, « qui pût nous ménager un coin de pudeur dans le Dauphin et empêcher ce prince de céder un jour aux impulsions de la haine » {!).

Madame du Barry , qui au fond avait un intérêt à marier son neveu, à s'appuyer de l'alliance d'une grande famille, à sentir à ses côtés, dans ce monde de la cour, une jeune femme sur laquelle elle pût compter, se remettait en quête, passait en revue les partis de Paris et de Versailles, annonçant son intention de faire quelque chose pour la mariée. Elle ne trouvait rien, quand les belles-sœurs Chon et Bitschi découvraient une demoiselle de Tournon. C'était une très-pauvre famille du Vivarais, chargée d'enfants, mais la famille était bien apparentée et alliée aux Soubise, et la fille était de la plus grande beauté. Le mariage était agréé par le père et le fils, et les

(1) Lettre du comte Jeaa du Barry publiée par la Revue de Paris, anuée 1836, t. XXXV.

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