‹ La Du BarryChapitre 7 sur 154 · CHAPITRE PREMIER. ir · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. ir

allée dans ce désordre jusqu'au servage de la débauche. Ils font intervenir à ce moment, dans sa vie, une des plus fameuses entremetteuses du siècle. C'est un point de controverse qu'il faut laisser au scandale. Toutefois, il y a dans ces premiers entraînements de madame du Barry assez de liberté dans le choix, assez d'inconstance, un goût et un dégoût assez vifs et assez personnels pour supposer que son cœur est resté à ses pièces.

Bientôt arrive sa liaison avec le coiffeur Lamet. sitôt nouée, sitôt- dénouée, quand la demoiselle de modes, mordant au luxe et prenant goût aux dépenses, a mangé le dernier argent du coiffeur dans les meubles qu'elle lui doit. Le coiffeur s'était sauvé en Angleterre et la jeune personne ne savait que faire, lorsque sa mère, devenue madame Rançon, la mettait en rapport avec une voisine, madame Duquesnoy, qui tenait une maison de jeu, rue de Bourbon. Une maison de jeu! ce fut toujours pour les filles galantes le rendez-vous de l'occasion, le meilleur endroit pour attraper la fortune; et chez la Duquesnoy, au milieu du cercle attiré par sa beauté nouvelle et inconnue, la charmante Jeanne ne tardait pas à s'emparer du comte du Barry, qui lui assurait, dans l'espèce de sérail qu'il avait à Paris, la place de sultane favorite (1).

Ce comte du Barry était un gentilhomme des en-

(1) Anecdotes sur AI"' la comtesse Du Barri.

virons de Toulouse, faisant grand bruit de sa descendance des Barymore d'Angleterre, mais dont toute la noblesse venait vraisemblablement du capitoulat. Il était resté jusqu'à vingt-huit ans à Toulouse, occupé à dissiper sa jeunesse et à écorner une assez belle fortune. Puis, la vie de province épuisée (1), il était venu à Paris avec des passions mûries, un appétit vague de changement et de fortune, une ambition sans but et prête à tout. Par madame de Malause, il entrait et s'établissait dans la bonne compagnie, et se poussait à des relations qui devaient plus tard valoir à son fils une place de page du Roi. D'abord les affaires étrangères l'avaient tenté; mais le ministre Rouillé, lui trouvant la tête un peu jeune, lui avait conseillé un voyage en Allemagne et le faisait quelque temps patienter avec la promesse de l'employer dans le cercle deFranconie. A Rouillé succédait Bernis, qui le faisait encore attendre avec des paroles; puis arrivait Ghoiseul, qui tuait brutalement toutes les espérances du comte.

Alors du Barry, dont la fortune commençait à s'embarrasser, laissait là ses rêves de diplomatie et se tournait vers le solide ; il obtenait de Berryer un intérêt dans les fournitures de la marine, de Belle- Isle un intérêt dans les fournitures de la guerre, puis encore un intérêt dans les vivres de la Corse (2). Sa

(1) Jean du Barry laissait à Toulouse sa femme, une femme d'une tionorable famille, qui, au dire des Anecdotes, ne voulut jamais riec l'ievoir à la faveur des du Barry.

(2) Correspondance du comte du Barry, Revue de Paris, novembre 1836.

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