‹ La Du BarryChapitre 66 sur 154 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

ce mariage, cette dure réponse : « Mais je pourrais plus mal faire. »

Les mariages ne se faisaient pas, mais l'action de la carmélite sur le Roi restait puissante et devenait plus grande à mesure que les années s'accumulaient sur Louis XV. Il y avait surtout, tous les ans, une époque qui était toujours un temps de crise, la semaine de Pâques, où tous les efforts étaient faits pour que, selon l'expression de Madame Louise, le bon Dieu prît possession du cœur de son père (1), pour amener le Roi à communier. La favorite avait beau dire gaiement : « Eh bien, si Sa Majesté fait ses Pâques, je ferai les miennes (2), » elle n'en passait pas moins une quinzaine de jours dans des transes mortelles.

Le Roi vieillissait; et l'âge, les années, la fatigue de la vie, l'ennui de l'âme, au lieu d'apporter l'apaisement à ses passions, ne faisaient qu'irriter l'imagination de ses désirs. L'obsession physique, qui s'empare de certains vieillards , faisait sa proie de Louis XV vieillissant. L'amour qui avait rempli sa tête et son corps n'était plus qu'un appétit et une brutalité de son cœur; et il ne semblait plus y avoir de vivant en lui que des sens furieux et

à demi morts Un instant, cependant, après la

mort de madame de Pompadour, le roi était entré

(1) Expression de la lettre de Madame Louise lorsqu'eUe apprend le renvoi de la du Barry du chevet de son père.

(2) Anecdotes sur M. la comtesse du Barri. Londres, 1775.

176 LA DU BARRV.

dans une sorte de liaison platonique avec une charmante femme, la comtesse de Seran, dont il courtisait galamment les goûts en faisant mettre, à son intention, les petits appartements en bleu (1). Pendant des mois, ça avait été un commerce discret et respectueux, un échange d'aimables paroles, une familiarité de douces causeries, une cour faite avec ces grâces et ces courtoisies si naturelles à Louis XY quand il voulait plaire. On aurait dit un rajeunissement des pensées du Roi, un revenez-y à ses premières amours avec la comtesse de Toulouse ; et la cour croyait voir commencer une de ces liaisons qui touchent à l'amour sans quitter l'amitié, un de ces tendres et doux commerces qui font seulement d'un vieillard l'âme amoureuse. Mais ce platonisme de Louis XV avait été vite tué par les caresses de la du Barry, ces caresses de lupanar ne s'attaquant qu'au physique de Tamour et l'amenant au rut de l'animalité. Inassouvi, le Roi allait de madame du Barry à d'autres, et de caprices en caprices, épuisant l'amour sans épuiser la tentation, tourmenté, inquiet, brûlant, tremblant, et s'interrompant dans le plaisir pour se jeter à des actes religieux qu'il faisait partager aux complaisantes de ses caprices. Dans cette fièvre, le vin, le punch, transporté par madame du Barry des salons de Londres aux soupers des petits appartements (2), tous les excitants servaient le Roi,

(1) Mémoires d'un père, par Marmontel. Paris, 1804, t. HI.

(2) Le Gazetier cuirassé, ou Anecdotes scandaleuses de la cour de France, Imprimé à cent lieues de la Bastille, à l'enseigne de la Liberté, 1781.—

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