‹ La Du BarryChapitre 69 sur 154 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

grande dame jouant un rôle dans une cour étrangère cesserait de le faire ».

Le Roi parlait maintenant de son état maladif, de la possibilité de sa mort, et parfois, au bout de cela, « du compte effrayant qu'il s'agirait de rendre à l'Être suprême de l'emploi de la vie qu'il nous a

accordée dans ce monde (1) » Les politiques,

pressentant la prochaine entrée en scène du confesseur, sous le prétexte que l'abbé Maudoux avait la vue très-affaiblie, travaillaient à remplacer cet ecclésiastique, ennemi de l'intrigue et dévoué à Marie- Antoinette, par un confesseur plus maniable.

La favorite, dont, au mois de janvier, d'Aiguillon lui-même avait fait annoncer à Mesdames le renvoi avant six mois (2), la favorite, qui se rendait compte de l'instabilité de sa position et qui savait pouvoir se maintenir seulement en arrachant l'esprit du Roi au noir de ses idées, s'ingéniait à lui trouver des distractions voluptueuses. Elle avait triomphé du carême de 1773 par la commande et la représentation d'un opéra erotique, elle tentait de tuer l'action sur les remords du Roi du carême de 1774 par l'organisation d'un petit voyage de plaisir à ïrianon dans les derniers jours du mois d'avril.

Le 27 avril, le Roi, arrivé la veille à Trianon, se

(1) Correspondance secrète entre Marie - Thérèse et le comte Mercy- Argenteau. Didot, 1875, t. II.

(2) Correspondance complète de madame du Deffand, par Sainte- Aulaire. Lévy, 1866, t. III.

trouvait indiposé (1) ; il ne pouvait suivre la chasse à cheval et se plaignait, en descendant de carrosse à son retour, d'un violent mal de tête.

Il se retirait dans les appartements de madame du Barry, croyant à une indigestion; mais son malaise augmentait, et dans la nuit il faisait appeler Lemonnier, son premier médecin. Lemonnier trouvait de la fièvre au Roi, mais aucun symptôme de nature à donner de l'inquiétude. Madame du Barry, redoutant la faiblesse d'esprit du Roi, cette to^reur du diable qui s'éveillait maintenant au moindre accroc de sa santé, cherchait à le déterminer à se faire soigner à Trianon sans faire prévenir la famille royale, aidée et soutenue en son désir par le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre. L'indisposition du roi était connue dans la journée

(1) La passade k laquelle on attribue la mort du Roi est racontée en ces termes par l'abbé Beaudeau : « Les derniers jours d'avril , le Roi était à Trianon avec la du Barry. En se promenant, ils virent une petite vachère qui cueillait de l'herbe pour sa vache. On lui trouve de trèsbeaux yeux ; on approche, on lui relève la coiffe et les cheveux ; on la débarbouille, et on décide qu'elle serait sarmante si elle était habillée en belle dame. — Eh bien ! habillons-la. — Voilà leur petite paysanne habillée en demoiselle avec du rouge et des mouches. Elle est vraiment sarmante! — Faisons-la souper avec nous. — Son embarras nous amusera. — On soupe, on rit, on s'enivre. La petite est mise dans un bain, puis dans un lit, et... Cependant son frère se mourait de la petite vérole; elle l'eut le lendemain et en mourut, dit-on, le samedi. Et voilà le conte ou l'histoire.» — Disons que rien n'est moins prouvé que cette passade du Roi avec la petite vachère , comme le prétend Beaudeau ; avec la fille du jardinier de Trianon, comme le prétendent les Anecdotes; avec la fille de Montvallier, comme le prétend Métra. Voltaire nous apprend qu'il y avait, dans ce moment, une épidémie de petite vérole dans les environs, et le Roi a pu, très-simplement et très-naturellement, en devenir la victime.

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