‹ La Du BarryChapitre 70 sur 154 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

à Versailles ; la famille royale n'osait se présenter, mais le Dauphin expédiait à son grand-père le chirurgien La Martinière, un ennemi de la du Barry, et qui avait pris une certaine influence sur l'esprit du Roi depuis ces couchées dans la chambre de Louis XV de l'année précédente.

La Martinière, arrivé à Trianon le jeudi 28 avril, n'avait pas de peine , avec sa parole impérative et brusque, à triompher de la vacillante résolution d'un malade. Il décidait le Roi à partir dès que les carrosses seraient arrivés. Lui-même veillait à ce qu'on les apprêtât, et le Roi, emmailloté dans sa robe de chambre, était mis en carrosse (1) et ramené au pas à Versailles, au milieu de la Cour, à portée de l'Église.

Le Roi se mettait au lit en arrivant, recevait la famille royale, mais seulement un instant, et la congédiait en disant au Dauphin de ne revenir que quand il le ferait appeler. Puis il passait avec madame du Barry le reste de la soirée.

La nuit du 28 était mauvaise ; le Roi avait la fièvre et quelques hallucinations; il commençait à être frappé de son état. Les médecins Lemonnier et La Martinière décidaient, le 29 au matin, qu'il fallait saigner le Roi et demandaient au malade de leur adjoindre d'autres médecins pour ouvrir une consultation permanente. Le Roi, soufflé par madame du

(1) Relation du due de La Roche foucauld-Liancourt, 1846. — Maladie et mort de Louis XV, par Georges d'Heilly. Rouquette , 1866.

Barry, nommait Bordeu, médecin de la favorite, Lorry, le médecin du duc d'Aiguillon.

La nouvelle de la saignée produisait une grande impression à la cour; l'antichambre s'emplissait do courtisans qui entraient à midi dans la chambre dj malade avec les médecins appelés pour la consultation.

Les médecins, encore ignorants de la maladie du Roi, annonçaient une deuxième saignée dans l'aprèsmidi, une troisième saignée pendant la nuit ou dans la journée du lendemain, si la seconde ne débarrassait pas le Roi de son mal de tête.

« Une troisième saignée? disait le Roi ; mais c'est donc une maladie?... Je voudrais bien qu'on pût se dispenser de me la faire (1). »

Une troisième saignée, ce n'était pas seulement pour le Roi le présage d'une maladie grave: c'était une promesse de victoire pour le parti Choiseul, une promesse de défaite pour le parti du Barry. Les anti-aiguillonnistes, les anti-barriens se mettaient à espérer, pour leurs vues politiques, de l'effroi inspiré par cette saignée un retour à Dieu , les aiguillonm'stes et les bm^ynens se mettaient à craindre une expulsion de la maîtresse. Si bien que d'Aiguillon, Richelieu et le duc d'Aumont circonvenaient Lorry et Bordeu, et obtenaient d'eux qu'il ne serait plus question de la troisième saignée.

La seconde saignée, où l'on tirait au Roi quatre

(1) Relation du duc de La Roche foucauld-Liancourt, 1846. — Maladie et mort de Louis XV, par Georges d'Heilly. Rouquette, 1866.

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