‹ La Du BarryChapitre 8 sur 154 · CHAPITRE PREMIEK · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEK

fortune remise à flol par ces trois sources le rendait, plus prodigue que jamais, à ses goûts, à ses débauches, au jeu et aux femmes, à cette vie étourdie, cynique et sans frein qui lui valut le nom de Roué. Entre cet homme etla Rançon, ou plutôt la Lange, — c'était le nom de guerre que la courtisane avait pris, — il ne pouvait guère y avoir autre chose que ce qu'il y eut : un appareillage oii chacun trouvait ses convenances. La Lange, qui paraît s'être donnée sans grand goût, demeurait attachée à cette liaison pour l'argent que semait si facilement du Barry, pour celte vie large, désordonnée, brillante, qui devient le besoin de la femme de plaisir, et peut-être encore pour l'éducation qu'elle retirait de cette école et de ce frottement qui la formait aux grandes façons de la galanterie, et décrassait en elle la grisette et la petite fille de modes. Elle se liait, dans ce monde, avec quelques courtisanes à la mode, et entrait dans le salon de cette espèce de Ninon, mademoiselle Legrand, qui réunissait autour d'elle les Collé et les Crébillon (1). Pour du Barry, habitué à surmener ses caprices et à user ses passions, la liaison finie, et tombée bientôt àl'indifTérence, était devenue un projet de fortune (2),

(1) Mémoires du général Dumnuriez. Paris, Baudouin, 1822, vol I.

(2) L'idée n'était pas nouvelle chez le comte, car jusqu'alors, indépendamment du jeu, Jean du Barry semble avoir vécu principalement de la découverte de jolies femmes, d'abord chambrées, puis décrassées, et enfin mises en lumière près de ses illustres connaissances. Un document de police ne laisse aucun doute sur ce genre d'industrie où le Roué n'apporte aucune vergogne. Le Journal des Inspecteurs de police de M. de Sartines dit à la date du 2 octobre 1762, à propos d'une demoiselle Tricot que le comte formait secrètement chez une marchande à la

et le Roué, échauffé par les idées et les exemples du siècle, calculait les probabilités de l'impossible et mesurait le scandale sans en être découragé, voyant tout ce règne et tout ce royaume tourner sur les femmes, voyant tant de courtisans, tant de ministres, gouverner, avancer, et ne monter et ne grandir que par la maîtresse.

Du reste, le comte du Barry n'en était pas à sa première tentative. Du temps de madame de Pompadour, il avait cherché à faire de mademoiselle Dorothée la maîtresse de Louis XV. La fille du porteur d'eau de Strasbourg avait été même invitée à un bouperdu Roi, et son amant « demandait pour début d'être fait ministre à Cologne » . C'est madame de Pompadour qui donne ces détails à madame du Hausset, et elle ajoute : « Je crois que le Roi n'oserait donner un tel scandale, et heureusement que Lebel, pour l'acquit de sa conscience, a dit au Roi que l'amant de la belle Dorothée était rongé d'un vilain mal, et il a ajouté : Votre Majesté ne guérit pas de cela comme des écrouelles. Il n'a pas fallu davantage pour écarter la demoiselle. »

Dressant ses batteries, du Barry cherchait unPlutus

toilette de la rue Montmartre : « C'est une jolie maîtresse de plus qu'il produira sans doute par la suite à quelques seigneurs, comme il a fait des précédentes. » Le même journal disait déjà, à la date du 25 septembre 1761, au sujet d'une demoiselle Beauvoisin également formée par le comte, et qui venait de prendre un riche intéressé dans les fourrages de l'année : -i Le sieur Collet n'a qu'à bien se tenir, car, comme elle voit toujours secrètement Dubarri, les conseils ne lui manqueront pas pour le faire aller grand train du côté de la monnaie. »

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