‹ La Du BarryChapitre 73 sur 154 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

montrant sa croix pectorale au cardinal de la Roche- Aymon, le sommait, au nom de cette croix, de ne pas laisser mourir son Roi, le Roi très-chrétien, sans les huiles saintes, lui demandait de faire en sorte que le Roi donnât un exemple de repentir à la France, à rEurope chrétienne qu'il avait scandalisée. Aux intimidations de Richelieu et de Fronsac, le menaçant de le jeter par la fenêtre s'il parlait au Roi de confession, le curé de Versailles répondait : « Si vous ne me tuez pas, je rentrerai par la porte, car c'est mon droit (1). »

Pendant ce tumulte, ces divisions, ces allées, ces venues, tandis que l'Eucharistie errait dans les corridors, le mal du Roi croissait en dégoûts et son corps se couvrait de cette lèpre qui tourmentera son agonie de la crainte que le pus de ses boutons ne se mêle à l'hostie (2).

Le 3 mai, le bulletin des médecins annonçant que dans la nuit le Roi avait eu le délire, le duc d'Aiguillon faisait aux médecins, à la porte du Roi, une scène dont le bruit arrivait jusqu'à Louis XV, qui demandait de quoi il s'agissait. Et le ministre entrait chez le Roi, qui lui parlait de sa maîtresse dans les termes les plus tendres, même avec des paroles amoureuses, demandant que le soir elle lui fût amenée par La Borde.

(1) Mémoires du maréchal de Richelieu. Buisson, 1793, t. IX.

(2) La décomposition du corps de Louis XV lut telle qu'on fut obligé de s'adresser aux vidangeurs de Versailles pour le mettre dans la bière.

Dans la journée, un entretien avait lieu entre le Roi et l'archevêque, qui s'était établi à Versailles

dans la maison des Lazaristes Le soir, quand

madame du Barry entrait, encore rayonnante de.'^ paroles du matin, le Roi la faisait approcher tout près de son lit et lui disait à voix basse : «Madame, je suis mal, je sais ce que j'ai à faire. Je ne veux pas recommencer la scène de Metz; il faut nous séparer. Allez-vous-en à Ruel, chez M. d'Aiguillon; soyez sûre que j'aurai toujours pour vous l'amitié la plus tendre. » Et la repoussant, en ce renvoi suprême, la main purulente de Louis XV tâtonnait encore la gorge delà courtisane adorée.

A peine madame du Barry était-elle partie, que Louis XV la demandait de nouveau, balbutiant d'une voix qui commençait à délirer : « Ah 1 elle est partie... il faut donc que nous partions... qu'on prie au moins à Sainte-Geneviève (1). »

(1) Ce récit de la mort de Louis XV est fait, en grande partie, avec les deux relations que Soulavie donne de cette mort dans les Mémoires du maréchal duc de Richelieu et dans les Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI. Les renseignements que l'historien nous fournit sur la fin du Roi, il les tenait de M. de La Borde, premier valet de chambre du Roi. qui lui avait communiqué ses Mémoires sur la cour de Louis A'V jusqu'ici inédits; de l'abbé Dupinet, chanoine de Notre- Dame, qui lui répéta les conversations qu'il avait eues à ce sujet avec l'archevêque de Paris ; enfin, du cardinal de Lujnes, de madame d'Aiguillon, du duc de Brissac, du maréchal de Richelieu. Il est temps de tirer Soulavie du mépris où on le tient et de lui rendre l'auto.'ité documentaire qu'il mérite. Il a eu la bonne fortune de voir passer entre ses mains les pièces les plus curieuses et les plus authentiques du dixhuitième siècle. Je ne citerai, pour exemple, que la Correspondance autographe de madame de Chàteauroux , publiée par nous, d'après les originaux de Rouen, dans la Duchesse de Chàteauroux, correspondance qu'il

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