‹ La Du BarryChapitre 82 sur 154 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

l'argent gagné. Un jour, elle joue une pièce de douze sous et s'engage à ne pas perdre plus d'un écu d€ six livres ; avant le dîner elle avait perdu vingt mille livres, et, de revanche en revanche, s'obstinant avec des impatiences de petite fille, prétendant à chaque partie mieux jouer que son adversaire, elle arrivait à perdre dans la soirée quatre-vingt-dix mille livres (1). Le lendemain de cette perte folle (6 novembre 1775), madame du Barry parlait pour Luciennes, où grâce à Maurepas elle avait obtenu de revenir. Cette première permission ne lui avait été accordée que provisoirement et pendant l'éloignement de la cour de Versailles ; mais, à peu de temps de là, il lui était accordé de reprendre une possession définitive de son cher Luciennes (2),

Dans ce doux exil, dans cette retraite enchantée de sa disgrâce, madame du Barry n'est plus l'enfant de tout à l'heure, la joueuse de Saint- Vrain, c'est la femme, la femme amoureuse que nous allons trouver, et, fortune heureuse, il ne nous faudra pas recourir pour la peindre à des témoignages, à des récits souvent mensongers : une liasse de petits billets nous ouvrira le plus secret de son cœur, et il nous suffira de lire par-dessus son épaule pour pénétrer jusqu'au fond d'elle.

(1) Mémoires du chevalier de Langlès pour se justifier d'avoir gagné au jeu 90,000 livres à madame du Barry et d'avoir cherché à la raccommoder avec le duc de Choiseul. Archives nationales.

(2) Mémoires secrets de la république des lettres, t. VIII.

Ce roman de madame du Barry a les commencements les plus longs et les plus bourgeois du monde. Un ami de madame du Barry, lord Seymour (1), amhassadeur d'Angleterre en France, a sa fille malade; madame du Barry s'intéresse à la malade et écrit au père :

« Je suis bien touchée, monsieur, de la cause qui me prive du plaisir de vous voir chés moi, et je plains bien sincèrement mademoiselle votive fille du mal quelle souffre; je juge que votre cœur est tout aussi malade quelle même, et je partage vot?'e sensibilité; je ne puis que vous exorter a prendj^e courage puisque le médecin vous rassure sur le danger, si la part que ji prans pouvait être de quelque adousicement pour vous, vous se?'iez moins agité.

« 3f^^ du Barry est aussi sensible que moi pour tout ce qui vous touche, et me charge de vous en assurer de sa part.

« Notre voyage a été très heureux. Cornichon ne vous oublie pas et parle sans cesse de vous. Je suis chaj'mée que le petit chien puisse distraii^e un instant mademoiselle votre fille.

« Recevez, monsieur, l'assurance des sentiments que je vous et voue. ,

« De Louvecienne, samedi a 6 heure. »

(1) Le seul témoignage historique de cette liaison de madame du Barry avec lord Seymour est cette phrase de Tabbé Georgel : « La comtesse du Barry disgraciée, dans le moment de sa disgrâce, parut se consoler de sa grandeur passée avec le comte de Seymour, Anglais. » [Mémoires pour servir à l'histoire des événements de la fin du dix-huitième siècle, t. L)

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