CHAPITRE DOUZIEME
Madame du Barry, en effet, était toujoi^rs belle, et d'une façon plus charmante que jamais. Un portrait que Cosway (1) fit d'elle, lors de son voyage en Angleterre, et qui fut gravé à Londres après sa mort, nous a gardé l'image la plus adorable qui soit restée d'elle. La tête mollement renversée, les épaules abattues, les bras abandonnés, les cheveux libres et courant en boucles folles sur ses épaules, elle laisse tomber de ses yeux mourants et riants, voiles de langueur, pétillant de désir, un de ces regards doucement rayonnants qui semblent une lumière dans une vapeur. Son petit nez frémit, un demi-sourire lutine et chatouille sa bouche qui se retrousse. Et à regarder ce visage enchanteur, cet ovale amoureusement arrondi par les années, il semble voir dans ce portrait la Volupté du dix-huitième siècle : une bacchante de Greuze.
Madame Lebrun confirme la vérité de ce portrait par ses souvenirs de 1785 et 1789, disant que le visage de madame du Barry était encore charmant, tout en accusant son teint de commencer à s.e gâter (2).
(1) Peint par Cosway, gravé par Condé.
(2) Souvenirs de madame Yigée-Lebrun. Fournier, 1835, t. I.
Ij' année 1789. — Les attaques et le chantage. — Nature inconsistante et pot cassé de la favorite. — Noble lettre de la maîtresse de Luciennes à Marie- Antoinette. — Liaison tendrement maritale de Brissac avec madame du Barry. — Testament du duc. — Il est massacré le 8 septembre 1792, — Deux lettres de madame du Barry sur sa mort.
Arrivait l'année 1789, arrivait la prise de la Bastille, où, pendant la canonnade que le vent portait jusqu'à Luciennes, madame du Barry, posant devant madame Lebrun, répétait tristement plusieurs fois: (.< Si Louis XV vivait, sia^ement tout cela n'aurait pas été ainsi. »
Puis, aussitôt, naissaient les inquiétudes causées par les articles des journaux révolutionnaires, l'impression du Livre rouge, la publication des Vies privées, les tentatives de chantage pareilles à celle contenue dans cette lettre d'Avignon, datée du 12 novembre 1789 : « Madame il y a quelques jours
que j'appris qu'on imprimoit ici une pièce qui vous intéressoit personnellement. Je me donnai tous les mouvemens nécessaires pour certifier le fait ; et au moyen de quelque argent, que je distribuai au fre-