‹ La Du BarryChapitre 87 sur 154 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

mier garçon des presses, on me remit les premières pages de cet écrit que j'ai l'honneur de vous envoyer. C'est un tissu de mensonges qui sont dénués de tout fondement, mais que la méchanceté humaine pourroit interpréter différemment... On voit, par le plan de ce libelle , que l'auteur voudroit engager l'Assemblée nationale à anéantir vos revenus au profit de l'État, alléguant pour raison que Louis XV ne pouvoit pas vous donner un bien qui ne lui appartenoit point. Pour assurer son mauvais dessein, il doit en envoyer ou en apporter lui-même un exemplaire, gratuitement, à chaque député de l'Assemblée nationale, et ensuite en vendre cinq ou sis mille copies à Paris et dans le reste du royaume, car toutes ces méchancetés ont pour objet de gagner de l'argent

Il est essentiel qu'il ne paroisse pas dans le public, surtout dans ce moment de fureur et de rage, où le moindre prétexte suffit à la populace pour se porter

à des excès qui font horreur (1) »

A partir de ce jour, ce furent des alarmes continuelles à propos de sa fortune, jusqu'au moment où

(1) Tribunaux révolutionnaires, dossier de la Dubarry, Archives nationales, W 16. — Le correspondant signe sa lettre : M. Dui)in, hôtel de Lainoureux, rue Verte, faubourg Saint-Honoré, à Paris. On lit sur la lettre : « Lettre qui menace la du Barry d'un pamphlet qui se trouve entre les mains du citoyen Vouland. » Ce pamphlet, serait-ce la Vie Je Madame la comtesse du Barry, publiée en 1790, et suivie de ses correspondances épistolaires et de ses intrigues galantes et politiques, de l'/mprimerie de la cour, coatenant un portrait avec des vers qui commencent ainsi :

La Messaline que tu vois...

allaient commencer les craintes pour la vie des êtres les plus chers à son cœur. Du reste, il faut le reconnaître, madame du Barry ne chercha pas à acheter le pardon par une lâche désertion des gens de la cour, même par une certaine habileté de conduite. Madame du Barry n'avait rien en elle des vertus de prudence ou d'audace qui sont les moyens de salut en temps de révolution. Elle était incapable de masquer ses richesses, de dissimuler ses dépenses, de jouer la privation et la gêne, de se faire misérable pour échapper aux jalousies et aux dénonciations. Elle manquait en outre de cette force de la volonté, de cette énergie de la peur qui vous arrache à la patrie, aux habitudes familières, et vous jette à l'étranger; pour fuir, il eût fallu quitter cette vie française, qui était la vie de madame du Barry, il eût fallu se détacher de Luciennes, qu'elle n'aurait point su oublier.

Elle était enfin, au suprême degré, imprévoyante, inconséquente, bavarde, pot cassé, incapable de se retenir de parler, ainsi que le témoignent ces curieuses recommandations, qui semblent venir de quelqu'un de la haute domesticité du château, auquel la maîtresse permettait un franc parler tout à fait familier :

« Madame la comtesse n'oublie-t-elle point aucuns papiers nécessaires?

« Je lui recommande beaucoup de prévoyance. . . . En tout, il faut qu'elle ne parle pas, si elle peut.

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