CHAPITRE TREIZIÈME
Dans tous les instants de la vie, le silence est bon, et il est de nécessité absolue dans les circonstances présentes. Tout ce qui nous entoure a des oreilles intéressées à tout entendre.
« Madame la comtesse n'a pas assez de soin de ce qui lui appartient. Il faut garder son argent et ses bijoux soi-même... Je prie madame la comtesse, enfin, d'être non-seulement belle et aimable, mais de caractère, et qui soit la maîtresse chez elle (1). »
Et, en ce temps, un grand danger de cette nature était d'éclater, de répandre tout haut ses indignations, de livrer à des oreilles ennemies et ses horreurs et ses soulèvements devant ces têtes coupées et promenées, devant les crimes de cette révolution née dans le sang. La lâcheté faisait même défaut à ses peurs. Elle ne cachait pas les portraits de Louis XV et de Marie-Antoinette (2). Elle s'abonnait aux écrits et aux journaux aristocrates (3). Enfin,
(1) Tribunaux révolutionnaires, dossier de la du Barry, Archives nationales, W 16. Je crois les recommandations de Morin, l'homme de confiance de madame du Barry, qui parle à la fin comme un philosophe de la culture de son jardin, ce jardin où il doit enterrer une partie des bijoux et de l'argenterie de sa maîtresse.
(2) Morin, dans sa déposition du 24 frimaire an II (14 décembre 1793), déclare que ce n'est qu'après plusieurs avis à lui donnés de ne pas laisser en évidence aucuns tableaux qui pouvaient fatiguer lu vue des fédérés qu'il avait, avec l'aide de Dehaut le frotteur, caché entre la croisée et la persienne de la salle à manger, un portrait de Louis XV et un portrait du Régent; il parle aussi d'un tableau de Marie-Antoinette que madame du Barry ne semble avoir relégué dans son cabinet de toilette que fort tard.
(3) On trouve dans le dossier de madame du Barry un relevé de ses abonnements aux journaux :
Abonnement de la Gazette de Paris, du 1"' janvier 1790 au 1" mai, 43 livres.
imprudence mortelle! madame du Barry ne saura pas repousser la pitié; elle offrira l'humble hommage de ses services à cette Marie-Antoinette qu'elle avait, pendant sa faveur, quelquefois maltraitée comme une rivale ; elle s'enhardira dans le dévouement à mesure que croîtra l'infortune de cette reine douloureuse. Elle confiera à ses familiers tout son zèle à servir Marie-Antoinette, et lorsque, après octobre, dans ces jours funèbres qui rapprochent une dernière fois la femme de Louis XVI de la maîtresse de Louis XV, la Reine fera remercier madame du Barry des soins donnés par elle aux gardes du corps recueillis tout sanglants à Luciennes, madame du Barry lui répondra par cette lettre qui vaut bien des indulgences à sa mémoire :
« Ces jeunes blessés n'ont d'autres regi^ets que de n'être point morts pour une princesse aussi digtie de tous les hommages que l'est Votre Majesté. Ce que je fais pour ces braves est bien au-dessous de ce qu'ils méintent. Je les console, et je 7'especte leurs blessures quand je songe ^ madame, que, sans leur dévouement, Votre Majesté n existerait peut-être plus.
ce Lucienne est à vous, madame; n'est-ce pas votre
Abonnement aux Actes des Apôtres, 36 livres.
Abonnement au Logographe, 21 livres 12 sols.
Abonnement à la Gazette universelle, du 1" juin 1792 au 1" septembre, 12 livres.
Abonnement à la Correspondance politique, 12 livres.
On lit sur ce relevé : « Preuve qu'elle s'abonnait pour toutes gazettes aristocratiques. Aussitôt que la Gazette de Paris et les Actes des Apôtres ont cessé, elle se jette sur la Gazette universelle et la Correspondance de l'ami Dupan. » Archives nationales, W 16.