‹ La Du BarryChapitre 90 sur 154 · CHAPITRE TREIZIÈMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈMK

fixer par cet amour, cette oblation, ces tendresses de toutes les heures. Dans les lettres qui nous restent du duc à madame du Barry , ce ne sont qu'expressions de la plus caressante adoration : « Adieu, mon cœur. » — « Arrivés , mon très-cher cœur. » — « Mille amours et mille remerciements, mon cher cœur. » — « Oui, c'est mon bonheur d'être aimé de vous. » — « Il n'y a que vous qui puissiez toucher mon cœur. » — « Mon seul bonheur est de penser à vous, aux sentiments éternels que je vous ai voués. » — « Votre cœur et le mien ne sont pour jamais qu'un. » — Il n'est question dans ces lettres passionnées que de la beauté, de la bonté, de la magnanimité de madame du Barry, surtout de cette "parfaite égalité d'humeur qui fait le charme d'une société habituelle. Et le joli billet d'un vieillard amoureux que ce bout de lettre : «... Je suis sans lunettes, je vous écris donc un seul mot qui les renferme tous : je vous aime et pour la vie (1). »

Le sentiment du vieux duc était si vrai, si entier, si ancien (2), qu'il désarmait les malignités du pu-

(1) Tribunaux révolutionnaires, dossier de madame du Barry, Archives nationales, W 16.

(2) Ce sentiment amoureux du duc remontait loin. En 1772, madame de Cossé,dame d'atours de Marie-Antoinette, invitée à souper par M. de la Vrillière avec madame du Barry, refusait. M. de Cossé, selon l'expression de Mercy-Argenteau, entièrement livré à la comtesse du Barry, en recevait des reproches amers. On lui demandait d'user d'autorité vis-à-vis de sa femme. Ne sachant comment se tirer d'affaire, le duc inventait de dire à la favorite que sa femme avait agi d'après les ordres de Marie-Antoinette. Et là-dessus le duc écrivait une lettre à sa femme, une lettre très-forte dans laquelle il exigeait d'elle qu'elle témoignât à

blic. Le monde n'ignorait point la passion du duc de Brissac et était indulgent à cette passion. Il est même un témoignage curieux de la connaissance qu'en avait la cour. Lors du projet de la fuite à Varennes, le duc de Choiseul, le neveu du ministre, voulant mettre M. de Brissac dans la confidence, Louis XVI s'y refusait en disant qu'il ne pourrait pas s'empêcher d'en parler à madame du Barry (1). Le duc de Choiseul donne un autre témoignage du profond et inexplicable attachement du duc de Brissac pour madame du Barry. Le décret sur le licenciement de la Garde du Roi, ainsi que celui qui mettait en accusation son commandant en chef, avait été rendu à une heure du matin. Choiseul court aux Tuileries en avertir le Roi et la Reine qui étaient couchés. Ils l'envoient aussitôt dans l'appartement de Brissac pour l'engager à fuir. Sur l'avertissement qui lui est donné que le décret va sans doute lui être signifié avant deux heures, le duc, refusant de se sauver, se lève de son lit pour seulement écrire une lettre, une longue lettre à sa maîtresse, qu'il fait aussitôt porter à Louveciennes par son aide de camp Maussabré (2).

la comtesse du Barry toutes sortes d'attentions et ne se refusât à rien de ce qui pouvait lui plaire. La duchesse de Cessé, qui avait été nommée, il est vrai, à la demande de la favorite, répondait qu'en prenant possession de sa charge elle avait été rendre visite à la comtesse du Barry, mais qu'après cette démarche elle était décidée à n'en faire aucune qui pût la faire regarder comme étant de la société de la favorite, qu'elle préférait remettre sa démission.

(1) Revue de Paris, 1829, t. IV,

(2) Ibid.

Page 1