CHAPITRE TREIZIÈME
Le duc de Brissac est arrêté, est conduit à Orléans. Et madame du Barry, dont l'inquiétude est au comble, reçoit, le 2 juin, de Maussabré, une lettre du duc de Brissac qui la rassure, « et lui apprend qu'il est arrivé au lieu de sa destination sans qu'il lui soit arrivé le plus petit événement ». Déjà suspecte par sa liaison avec le serviteur de la royauté, déjà dénoncée, madame du Barry apporte de la bravoure dans son dévouement pour son amant. Tous les jours son postillon Augustin est sur le chemin d'Orléans portant les lettres de l'ancienne favorite, rapportant les lettres du prisonnier. De cette correspondance d'amour, échangée ainsi que dans l'antichambre de la mort, deux lettres, l'une de la maîtresse, l'autre de l'amant, nous ont été gardées et se trouvent au dossier de la guillotinée. Voici la lettre de madame du Barry :
« J'ai été saisie d'une crainte mortel, monsieur le duc, quand on m'a annoncé M. de Maussabré. Il m'a assure que vous vous parties bien, que vous aviés le calme d'une conscience pure. Mais cela ne suffît pas à mon intérêt pour vous, Je suis loin de vous, fignoi^e ce que vous allés faire, vous me di?'és que vous V ignorés vous-même... f envoyé l'abbé savoir ce qui se passe, ce que vous faites. Pourquoi ne suis-pas près de vous? vous j'ecevriés de moi les consolations de la tendre et fidèle amitié. Je sais que vous n'avés rien à C7'aindre si la raison et la bonne foix régnait dans cette assemblée. Adieu, je nai pas le tems de vous en dire davantage. L'abbé entre dans ma chambre. Je veux vite le faire partir. Je ne serés tran-
quille que quand je sawés ce que vous devenés. Je suis bien siïre que vous êtes en règle sur la formation de la Garde du Roy. Ainsi, je n' ai rien à redouter pour vous de ce côté. Votre conduite a été si pure depuis que vous êtes aux Tuileries, qu'on ne pourra vous rien imputer. Vous avés fait tant d'actes de pat7'iotisme, je ne sai^ pas ce quon peut trouver à j^edire. Adieu. Donnés moi de vos nouvelles et ne douttés jamais de tout ce que j'éprouve. »
« Ce mercredi/ a onze heures (1). »
Voilà la lettre du duc de Brissac écrite dans le mois d'août :
« Orléans, 6 heures du soir.
« J'ay reçu ce matin la plus aimable des
lettres et celle qui a plu davantage à mon cœur. Je vous baise mille et mille fois. Oui, vous serés ma dernière pensée (2). »
Et ce n'était pas une phrase banale, le duc disait vrai, car, presque en même temps qu'il écrivait cette lettre, il faisait, daté du lendemain de la mort de la royauté, son testament où se trouve cette recommandation à la duchesse de Mortemart, sa fille :
« Je lui recommande ardemment une personne
(1) Au bas de la lettre on lit : « Ne varietur, ce 9' jour de brumaire, l'an H de la Rép., » avec les signatures de Voulland, G. Jagot, du Barry. Tribunaux révolutionnaires, dossier de madame du Barry, Archives nationales, W* 16.
(2) On lit sur la lettre : « Un mois avant sa mort. » Tribunaux révolutionnaires, dossier de madame du Barry. Archives nationales, W* 16.