‹ La Du BarryChapitre 94 sur 154 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

dénonciation de sa fortune ; il enflamma le ressentiment des Révolutions de Paj'is contre le faste de l'ancienne courtisane et son mépris des droits de l'homme (1). Il déchaîna l'attention sur tant de

avait dispensé le jardinier d'y coucher, en lui disant : « Il faut espérer qu'il n'arrivera rien cette nuit. » Et, avec l'aide du portier Girardin, il enlevait une échelle servant aux maçons, laissée contre la fenêtre du cabinet de madame du Barry, et la transportait près de la pièce d'eau. Des volets intérieurs fermant avec des loquets de cuivre , mis en état tout nouvellement par le tapissier, et que le frotteur avait la charge de fermer, étaient intacts ; il n'y avait de fractures qu'aux, jalousies extérieures, avec un carreau de cassé.

(1) Il Depuis la Révolution, la dame du Barry n'a cessé d'employer tout l'ascendant que lui donnent de grandes richesses, acquises, on sait comme, à faire régner la mésintelligence entre les habitants des environs de Lucienne et les Suisses de Courbevoie. Ses menées sourdes, concertées avec les principaux officiers, n'ont pas eu tout le succès désiré ; tout au contraire , on est prévenu si peu favorablement sur le compte de la maîtresse du château de Lucienne, qu'on ne craint pas d'élever des doutes sur la réalité du vol de ses diamants. La réduction considérable dont les revenus de ladite dame sont menacés lui a fait naître l'idée, dit-on, de se rendre intéressante en se donnant pour victime d'un événement fâcheux, et en se procurant un titre à l'indulgence de l'inexorable Assemblée nationale.

a Quoi qu'il en soit, sa conduite, dans la position où elle s'annonce, n'est guère propre à la faire plaindre. Ladite dame donnait des appointements fort honnêtes à un soldat suisse, pour lui servir comme de concierge à Lucienne. Le gardien actuel est un jeune homme de dix-huit ans, d'une figure aimable et très-honnête. A la nouvelle de Tenlèvement de ses pierreries, la première démarche de la maîtresse du château est de se transporter dans une voiture à quatre chevaux chez le commandant des Suisses, à Courbevoie ; elle en obtient sans peine cinquante grenadiers qui viennent aussitôt, mais à regret, s'emparer de lapersonne du jeune Suisse, estimé généralement et chéri de tous ses camarades. Il est conduit dans les prisons de Ruel, où les ordres sont en même temps donnés de le mettre aux fers dans le plus noir des cachots.

« Nous tenons tous ces faits de la bouche d'un Suisse de Courbevoie, jeune homme candide, qui nous apprend en même temps que toute la compagnie du détenu, quitte des devoirs de la discipline militaire, se propose de prendre à partie la dame Dubarry, et de lui demander raison en justice de la violence exercée à sa sollicitation sur la personne d'un soldat tout au plus soupçonné. Le vol des diamans de Golconde ne jus-

richesses inconnues. Il mit sur les murs cette affiche : Deux mille louis à cjagnei'; diamants peo'dus, cette affiche détaillée de tous les objets volés, qui étalait imprudemment devant la misère, devant l'envie, devant la révolution, la liste et la fascination de tous ces diamants, de tous ces saphirs, de toutes ces émeraudes, de toutes ces sardoines, de toutes ces pierres gravées, de ces fils de deux cents perles, de ces brillants de dix grains, de vingt-cinq grains, de cinquante grains, inventaire de Golconde qu'épelait aux coins des rues la cupidité des passants (1).

Et voilà bientôt déchaînées les exagérations de la bêtise populaire Des ambitions rapaces, des convoitises furieuses et sourdes se lèvent de partout autour de cette maison, autour de cette terre qui sonne creux sous le sabot du patriote et laisse deviner la fortune qu'elle porte dans ses entrailles, cette mine de cafetières d'or, de sacs de doubles louis d'or, de porcelaines montées en or, de bracelets d'or antiques, de cuvettes et dépôts à l'eau en cristal de roche, de tasses d'or aux anses de corail, de couteaux d'or ornés de diamants, et de statues, et de miniatures... La proie était trop belle pour ne

tifierait pas cette atteinte portée aux droits de l'homme et du citoyen ; et d'ailleurs est-il délit assez grave pour être mis aux fers sur le simple soupçon dune femme iière encore d'avoir été un moment la première courtisane de Tenipire? » Ce Suisse avouait quelques jours après, dit la Feuille du Jour, que des particuliers qu'il ne connaissait pas l'avaient enivré dans un cabaret.

(1) Voir, à l'appendice, l'afflclie des diamants et bijoux perdus de madame du Barry.

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