‹ La Du BarryChapitre 95 sur 154 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

pas tenter une république qui s'habituait à battre monnaie sur la place de la Révolution.

Enfin ce malheureux vol amenait les quatre voyages de madame du Barry en Angleterre, voyages qui devaient la faire accuser d'émigration, de mission secrète, d'intelligences avec les ennemis de la République.

Trente-cinq jours après son vol, le 15 févrierl791, madame du Barry recevait un courrier de Londres qui lui apprenait que ses voleurs étaient arrêtés (1). Madame du Barry, dont la faible tête était à l'envers et qui, depuis son malheur, passait sa vie avec des tireuses de cartes, dans sa joie folle partait le lendemain (2) de la bienheureuse nouvelle. Elle partait

(1) Favrolle (madame Guénard) raconte ainsi leur arrestation d'après un journal anglais du 20 février 1791 : « Arrivés à Londres au nombre de cinq, dans une auberge de la cité, ces messieurs demandèrent une seule chambre, ce qui parut étonnant. Ils commandèrent un bon diner. et comme leur équipage n'en imposoit pas ils dirent à l'hôte que leur argent n'étoit pas encore converti, mais que le lendemain ils en auroient en abondance. Cette confidence faite, ils allèrent chez le sieur Simon, riche lapidaire, en lui demandant k peu près le sixième de leur valeur. Le lapidaire acheta d'abord cette partie qu'il eut pour 1,500 livres sterling. Il s'informa de ces particuliers s'ils n'en avaient pas davantage, et, sur leur réponse affirmative, il alla prévenir le lord maire. Ce magistrat fit enlever toute la bande ; ils furent fouillés, et, quoiqu'ils se fussent hâtés de jeter au feu de gros diamants, la partie la plus importante de leur vol est en siireté. Celui qui faisait le rôle d'interprète est un Anglais déjà très-connu par un grand nombre de brigandages. »

(2) Note de madame du Barry, conservée dans son dossier. Archives nationales, "SV 16 : « Je suis partie le lendemain 16 (février), je me suis embarquée à Boulogne le dimanche 20, et swis restée à Londres jusqu'au 1" mars, que je suis partie pour me rendre à Luciennes où je suis arrivée le vendredi 4. »

avec Maussabré, avec d'Escourt, qui l'accompagnera dans ses trois premiers voyages. Elle emmenait son valet de chambre Prétry, un domestique nommé Maréchal, sa femme de chambre Roussel. Elle faisait écrire à Morin, son homme de confiance : « Les diamants, mon cher Morin, sont retrouvés, et madame la comtesse part demain pour Boulogne pour les aller reconnaître. Forth a arrêté les voleurs et vient au-devant de madame du Barry. Elle vous prie, mon cher Morin, de redoubler et de bien faire veiller la nuit autour du château. » Les diamants étaient en effet retrouvés. Ils lui étaient présentés. Elle les reconnaissait affirmant par serment qu'ils étaient sa propriété.

Mais la procédure était loin d'être terminée, et, au lieu de les remporter, ses diamants restaient en dépôt chez MM. Hamerleys et Morland, banquiers, scellés du cachet de madame du Barry et des cachets des banquiers. Et la volée rentrait en France après ce premier voyage faita vec trop de précipitation et, un peu à l'aventure.

Elle repartait le 4 avril (1), emmenant à sa suite le joaillier Rouen (2), pour revenir chez elle le 21 mai.

(1) Note de madame du Barry : « Je partis de Paris le 4 avril et arrivai à Londres le 9, j'y suis restée trente-huit jours, c'est-à-dire jusqu'au 18 mai que je suis repartie. Je suis arrivée chez moi le samed'i 21. »

(2) Madame du Barry dit, dans son interrogatoire secret, que pour ses trois premiers voyages elle avait des passe-ports du ministre Montmorin. Voici le passeport du second voyage :

« De par i,e Roy, « A tous officiers civils et militaires chargés de surveiller et de mainte-

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