IIS
— Eh Lien.? dit Lautrec, avec une nuance d'orgueil singulièrement dissimulée.
— Oh ! il n'y a plus de mystère, on sait tout.
— Bah!
— Ces petites histoires s'apprennent si facilement a la cour!
— Vous m'étonnez... de quelle histoire voulez-vous donc parler?
— Heu!...
— Vous ne pouvez vous figurer à quel point vous excitez ma curiosité.
— Oui, oui, jouez l'innocent !
— Vous me la baillez belle, je vous jure : j'ignore le premier mot de ce que, selon vous, tout le monde sait à la cour.
— Et l'aventure de la tonnelle? demanda Montmorency à voix basse, en rapprochant son cheval.
— Ah ! fit Lautrec, il y a une histoire sous la tonnelle?
— Oui, vraiment.
Mais cela doit être fort champêtre.
— un —
— Mais non ! Vous savez bien que cela a été plutôt tragique, puisque cela vous a fliènê droit à Vincennes.
— Ah! pardonnez, j'ai d'abord passé quelques excellentes journées dans mon château de Meudon en société de mon bon ami Bonnivet, ensuite j'ai été invité au grand bal du Louvre, et puis j'ai fait la campagne de Navarre.
— Vous voyez donc bien que vous savez parfaitement de quoi il s'agit !
— Non pas, je vous prie; je sais ce qui s'est passé, mais je ne me doute pas le moins du monde de ce que dit le monde, et c'est pourquoi je vous le demande.
— 11 dit...
— Après?
— 11 dit que vous marchez directement sur les traces de votre ami, le connétable de Bourbon.
— Voyez-vous cela!... Ainsi, le monde se figure que j'arriverai tôt ou tard a voir mes biens confisqués et ma personne condamnée à
ivxii?
— Oh! non, on ne va pas encore jusque-là.
— On est trop bon!... Mais continuez, s'il vous plaît : jusqu'où va-t-on?
— On en est toujours au point de départ.
— Bon ! J'ai encore du temps devant moi, en ce cas... Mais quel est ce point de départ où l'on suppose que je suis toujours?
— A la tonnelle du petit parc.
— Bah! j'aurais juré, moi, que je venais de sortir de Vincennes, et que je me promenais maintenant côte à côte avec vous sur le chemin de Paris.
— Oui, mais je me comprends.
— Vous êtes bien heureux : moi je ne vous comprends pas du tout.
— Ah! maréchal...
— C'est comme j'ai l'honneur de vous l'assurer, mon cher duc.
— Cependant, vous n'ignorez pas que le connétable a refusé les avances de madame la reine mère?
— Non.
— Eh bien?
— Voilà tout, répondit Lautrec qui s'était juré de ne faire aucune avance.
— Mais c'est là le point où l'on prétend que vous en êtes...
— Bon! sarpejeu, dit Lautrec.
— Il paraît que vous lui avez fait subir le même affront.
— Moi ?. . . Ah ! par exemple ! . . .
— Qu'elle vous a fait aussi des avances et que vous n'y avez pas voulu répondre.
— C'est une indignité, répondit-il, sur le ton qu'un autre aurait pu dire : Certainement.
— Voilà, ajouta Montmorency, une des causes que l'on donne à votre disgrâce.
— Vous dites une des causes... il y en a donc encore d'autres?
— On parle aussi de madame la duchesse d'Etampes que vous auriez voulu soustraire aux assiduités du roi.
— Hein? fit Lautrec avec un violent haut-lecorps, se rappelant, à l'audition de ce nom, la