‹ La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits;Chapitre 12 sur 88 · Enfants de Adrien de Montmorency, duc de Laval · texte numérisé non relu

Enfants de Adrien de Montmorency, duc de Laval

1* Guy-Anne-Marie-Louis-Henri-Adalric, 13 janvier 1796 — 7 août 1819 ;

2* Charlotte-Adélaïde, morte 13 juin 1872 ; mariée 6 mai 1817 à Athanase- Gustave-Charles-Marie, marquis de Lévis-Mirepoix.

3» Margucrite-Pauline-Emmanuelle, mariée 21 avril 1828 à Aimé-Gharlcs- RaouU marquis de Couronnel, morte 17 décembre 1861.

métaphysiques de mon voisin, mais on n'en a pas besoin pour admettre ce joli système.

Que faites-vous? A quoi vous occupez-vous? Où en est votre bel herbier ? Etes-vous toujours près de Monsieur votre frère ? La douce chose que de se retrouver après une longue absence ! Jouironsnous jamais de ce bonheur? Parlez-moi aussi de votre santé. La mienne est bonne ; — je suis devenue grasse, rtia chère Rosalie, vous ne me reconnaîtriez seulement pas ! Mais écrivez-moi, écrivez-moi. Il y a quelque chose de nous qui se connaît, je crois que c*est le cœur.

Mes filles sont grandes et belles. La seconde, Clara est grande comme moi, — et Faînée a la physionomie d'un ange.

Quand on est à deux cents lieues, comme nous, il faut bien dire ce qu'on pense. Les longues retraites à la campagne sont plus favorables à l'instruction qu'aux talents. Félicie cependant est en bon chemin pour la musique et le dessin ; nous faisons d'immenses lectures en français et en anglais. Je leur montre l'italien depuis trois mois. — Ma chère, vous ai-je dit que j'apprenais le latin ? Cela m'amuse beaucoup. Il y a deux ans que j'ai commencé, et j'entends assez couramment pour être frappée des beautés. Je lis Horace en ce moment, et je retrouve là tout ce que j'ai admiré en vers et en prose. Nous ne faisons que piller ces pauvres anciens : ils ont pensé pour nous qui ne pensons plus. Quand on aime la lecture, on a bientôt épuisé ce qui est beau. Mon cher latin me prépare une foule de plaisirs nouveaux, celui qu'on ne connaît guère, de lire un chef-d'œuvre pour la première fois, avec son jugement bien formé. On nous jette, dans l'enfance, tout ce qu'il y a de beau dans notre langue. Nous sommes blasés, sans avoir joui. Parlez-moi de vos lectures, de toutes vos occupations.

Savez-vous que M. de Chateaubriand fait une tragédie ? Le sujet en est tiré de la Bible.

On vient de faire d'indignes critiques de l Itinéraire^. Heureusement qu'elles sont si ennuyeuses que personne n'a pu aller jusqu'au bout.

Chère Rosalie, adieu. Répbndez-moi ici. Je ne crois pas quitter Ussé avant le mois d'août. A Ussé, par Azay-le-Rideau, Indre-et- Loire. V^oyez (comme je suis humble. Je crains que vous n'ayez oublié mon adresse... mais non ! vous n'êtes point fâchée ; vous me pardonnerez et vous m'aimerez encore.

1. Ghateauterne (M. de), î. e. René Perin. Itinéraire de Pantin au mont Calvaire en passant par la rue Mouffetard^ le faubourg Saint-Marceau^ etc., ou lettres inédites de Chactas à Atala, ouvrage écrit en style brillant y et traduit pour la première fois du bas breton sur la neuvième édition, par M. de Ghateauterne. Paris, 1811, 8«.

Madame de la Tour du Pin à Madame de Duras.

Bruxelles, le iS janvier [181i].

Eh t vraiment oui, chère amie, Pauline est grosse : elle m'avait bien recommandé de ne pas vous le dire avant qu'elle vous récrivît officiellement. Je lui avais arraché son secret, il y a un mois, parce que son père l'avait à peu près écrit à quelqu'un ici et qu'elle n'a pas pu mentir hardiment lorsque je lui ai écrit si positivement pour le lui demander. Je vous conjure néanmoins de ne jamais lui dire que c'est moi qui vous l'ai écrit, si elle ne vous l'a pas encore appris elle-même. J'avais gardé son secret avec une exactitude e.xtrème, même envers mon mari, parce que je sais qu'il dit toujours les petits secrets. J'ai menti vingt fois et encore ce matin même à déjeuner envers un homme de ma connaissance intime qui m'assurait qu'on avait proclamé cette grande nouvelle hier au soir chez la douairière d'Arenberg. Mais M""* de Trazégnies sort de chez moi, elle me dit que M"»* de Bérenger a écrit elle-même son état à M"* de Lannoy d'Ursel sans lui demander le secret, et que celle-ci Ta dit à tout le monde; je me crois par là dégagée de mon serment et je me dépêche de vous en parler parce que j'ai eu ce secret au bout de ma plume dans mes deux lettres précédentes et qu'il me pesait horriblement. Je suis sûre que, de même que moi, vous regretterez de n'être pas à Paris pour voir le ventre de Pauline ; c'est la chose du monde qui me plairait et m'amuserait le plus j mais, ma chère, que pensezvous de cette grossesse à 36 ans? Croyez-vous qu'elle accouchera heureusement ? Kt si elle avait le malheur de ne pas conserver cet enfant ? Quels cruels regrets ! Elle ne connaissait pas le bonheur d'être mère ; elle avait pris son parti ; maintenant qu'elle en a l'espérance, que serait-ce si elle allait la voir détruite * ? Je suis fort tourmentée pour elle, et elle-même me dit que son cœur n'a pas encore ressenti la joie et qu'elle a de tristes pressentiments. Je désire vivement qu'ils ne se réalisent pas : je ne croyais pas m'intéresser autant à elle, mais cette circonstance me prouve que je l'aime. J'en suis bien aise, car je suis comme M™* du Deffand : j'ai peur de ne rien aimer.

Ce que vous m'avez écrit sur cela, ma très chère, est exactement, et mot pour mot, ce que mon pauvre cher et moi en pen-

i. M»» de Bérenger accoucha d'une fille, Elisabeth, qui fut la comtesse Charles de VogQé, et mourut le 2 septembre 1877 ; née le 29 juin 4812. M. le comte Arthur de Vogué est le petit-fils de la comtesse Pauline de Bérenger.

9i LA DUCHESSE DE DURAS ET CHATEAUBRIAND

sons*. J'ai été si frappée de la justesse de tout ce que vous dites là-dessus que je l'ai copié dans une lettre que j'écrivais à Humbert où je lui parlais de cet ouvrage : il ne veut pas me faire la grâce de le lire ; il est si plongé dans la littérature italienne qu'il ne veut lire autre chose qu'elle et du latin : il me disait dans sa dernière lettre qu'il avait été à Luques pour souhaiter la bonne année à la grande Duchesse, que c'était les Géorgiques à la main qu'il fallait faire ce voyage. Il aime tout ce qui est beau, il jouit de tout ce qu'il voit, et il est tout entier à ce qu'il fait. La grande duchesse a promis à son préfet qu'elle parlerait de lui dans le prochain rapport qu'elle fait tous les trois mois à l'Empereur luimême. Sa correspondance est une véritable conversation, et ses lettres ne sont jamais plus éloignées que huit jours. Vous voyez que, lorsqu'on m'écrit, je suis très exacte à répondre tout de suite.

Pauline me dit aussi que votre Walpole [Chateaubriand] ira vous voir au printemps. Pourquoi pas» chère amie ? II me semble qu'il y aurait de l'affectation à le refuser; et je ne sais pas ce qu'il pourrait penser lui-même du danger que vous craignez. Néanmoins, s'il doit y en avoir, si votre tête vous fait redouter de vous retrouver avec lui dans la solitude de la campagne, ne vous y exposez pas, ma chère, ne me parlez plus de votre vieillesse. M"** du Deffand avait certainement de l'amour pour M. Walpole» et elle avait 70 ans ; et moi, qui en aurai 42 dans huit jours, j'ai de l'amour dans ce moment même pour un jeune homme de 22. — Oui, ma chère, je suis folle d'un jeune homme de 22 ans, vous en rirez tout comme vous voudrez, mais je l'aime à la folie et je voudrais en faire mon. . . gendre ! N'en parlez à personne au monde, je vous en conjure, et croyez que, si je vous en parle, c'est le nec plus ultra de ma confiance en vous. On a beaucoup dit qu'il allait épouser Charlotte parce qu'il est attaché comme auditeur à la préfecture : ce bruit qui m'a causé du chagrin a même été jusqu'à Paris : je ne conçois pas comment il est né, parce qu'il n'y a encore rien eu de dit entre la famille et nous. Il n'y a que lui de garçon ; et il ne serait pas impossible qu'ils ne regardassent pas beaucoup à la fortune, mais que l'éducation, le nom, les entours et le cœur du jeune homme ne les décidassent. Je vous impose le secret le plus absolu avec tout le monde sans exception, et si vous en entendiez parler, n'en convenez pas, je vous en prie. Charlotte ne se doute pas qu'il a du goût pour elle ; mais je l'ai vu depuis longtemps, et vous ne pouvez comprendre encore, chère amie, l'espèce d'intérêt que l'on sent pour un jeune homme

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