‹ La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits;Chapitre 22 sur 88 · Oa « suivrai · texte numérisé non relu

Oa « suivrai

UktoAMK DÉ OtltAS PROTèce GtÏATÈAUBRlAND I8(

Lundi 21 août, Dieppe.

Vous êtes bien injuste. Depuis votre départ, je n'ai reçu aucune lettre de vous, excepté un mot où vous m'annonciez votre arrivée à Luxeuil. Je pouvais donc croire que vous vous trouveriez bien des eaux, i^orant qu'elles vous avaient fait mal. Je n'ose vous dire que le fond do votre santé est excellent. Vous ne voulez pas qu'on vous dise la vérité. Je ne suis « léger » en rien, et encore moins dans la vive et profonde amitié que j'aurai toujours pour vous, quoi que vous puissiez en penser. Je vous ai écrit régulièrement une fois par semaine, comme je vous l'avais promis. En arrivant ici, je me hâtai de vous le dire, et il y a pour vous à Luxeuil une lettre de Dieppe. Je vous adresse celle-ci à Spa. Vous trouvera-t-elle ? Je quitte Dieppe ce matin. Je vais à Fervacques, de là à Montgraham rejoindre M"* de Chateaubriand, qui vient un moment chez M™* de Pisieux. Avant quinze jours, je serai rentré dans Paris. Puisque vous me donnez si rarement de vos nouvelles, je vais en faire demander chez vous. Si cela ne vous fatiguait pas, vons m'ôteriez une cruelle inquiétude en m'écrivant un mot, poste restante, à Lisieux.

Paris, 30 août 1820.

L'ordonnance du Roi pour la convocation de la Cour des pairs m'a rappelé à Paris. Je vous ai écrit de Dieppe à Spa. Je voudrais que vous ayiez au moins assez d'humanité pour me faire savoir de vos nouvelles, ne fût-ce que par M"® Paumier. Je n'ai rien à vous dire stir vos injustices. Si j'osais hasarder quelques consolations sur l'état de votre santé, vous les prendriez pour de l'indifférence et de la légèreté. Vos souffrances vous rendent cruelle, et vous vous plaisez à blesser alors ce qui vous aime le plus. Me voici revenu, j'étais mieux de santé. Cet air de la mer m'avait fortifié. Je vais retomber dans mes langueurs. Au reste, nous nous en allons tous. La monarchie touche à sa fin. Au moins, ce ne sera pas ma faute. J'ai assez averti, crié; j'ai sacrifié mon repos et mon existence pour des gens qui ne veulent ni voir, ni entendre. Maintenant, comme il plaira à Dieu !

Au nom du ciel, faites-moi donner de vos nouvelles, si vous ne pouvez pas m'écrire vous-même.

Rue Saint-Dominique n° 27.

Paris, !•' septembre 1820.

Je ne me suis pas lassé, mais j'ai eu à démêler ici l'affaire des dames de Bordeaux, que je devais présenter à M"** la duchesse de Berry. La vanité et la sottise des royalistes ont fait manquer une chose agréable pour moi, qui m'était tombée des nues, et qui pouvait avoir pour notre cause un résultat heureux. De Sèze a voulu présenter la députation malgré Topposition des braves femmes qui criaient qu'elles m'avaient choisi pour leur interprète, et que c'était à celui qui avait pleuré sur la tombe à présenter le berceau. Je me suis, comme de coutume, retiré dans mon coin, et j'ai laissé les honneurs à ceux qui les désiraient. Sic vos non vobis. Les dames avaient déposé le berceau chez moi, et, du moins, j'ai gardé vingt-quatre heures la couche de l'héritier de la monarchie.

Ma santé ne vaut pas grand' chose, mais je voudrais vous donner ce qui m'en reste. Je persiste à croire que vous me survivrez de vingt-cinq à trente ans. Le fond est excellent chez vous, et vos amis vous aimeront tant qu'il vous faudra vivre malgré vous et vos injustices.

J'ai vu votre excellent gendre et j'ai été chercher hier M. de Duras pour savoir de vos nouvelles, mais il était aux Tremblayes.

Paris, 3 septembre 1820.

Votre lettre m'a désolé. J'étranglerais volontiers votre imbécile de médecin, qui vous aura dit ce que vous aurez voulu pour faire valoir ensuite sa science. Il vous guérira ! Je le crois bien... et moi aussi, je vous guérirai; tous vos amis vous guériront, si vous voulez les écouter. Je sais bien que je vous impatiente en vous disant cela, mais je ne puis abonder dans vos injustes frayeurs. Vous croirez, sî vous le voulez, que je ne vous aime pas, que c'est par indifférence que je ne vous vois pas aussi mal que vous le croyez. Mais je ne puis mentir à la vérité. Sans doute, vous souffrez et beaucoup, mais vous êtes au fond pleine de vie, je vous l'ai dit cent fois : vous me survivrez de vingt ou trente ans. Que ne donnerais-je pas pour vous persuader de cette grande vérité !

Que faites-vous, que devenez-vous après les eaux? Faites-moi écrire un mot par Clara, si cela vous fatigue de m'écrire vousmême. Vous avez deviné que je serais rappelé par l'ordonnance, et c'est précisément ce que je vous ai écrit en arrivant à Paris. Je

suis ici, attendant mon sort et celui de la France. J'écris un peu, sans dessein bien arrêté de publier : les événements en décideront. Ma santé s'était trouvée très bien de l'air de la mer; je suis retombé dans mes langueurs. Je vous en supplie, calmez-vous. Ne soyez plus injuste envers vos amis. Cela vous fait trop de mal, et à moi aussi. Je vous écrirai.

Paris, 10 septembre 1820.

Votre lettre, quoique bien triste encore, m'a cependant un peu consolé. Vous y êtes un peu moins injuste que dans les autres, et c'est toujours quelque chose de gagné. La saison s'avance et il faudra bientôt que vous quittiez les eaux. Vous me direz ce que vous devenez; mais si vous vous déterminez à aller dans le midi, vous passerez nécessairement par Paris; ainsi nous causerons de l'avenir. Que la monarchie s'en aille avant nous ou qu'elle nous survive, peu importe désormais ! Comme je ne suis pas Roi, l'affaire ne me touche pas de si près. Je ne m'y suis que trop intéressé et il est temps de garder pour moi quelques misérables jours qui me restent. Ce qu'il y a de sûr, c'est que rien n'éclairera ni la France ni l'Europe. C'est la vieille société en enfance qui radote et qui se dissout.

Les nouvelles sont tristes ici; on est fort découragé. Les Royalistes, qu'on a encore une fois trompés, n'iront point aux élections, ou se diviseront dans les choix. Ainsi le triomphe sera pour la gauche. Si les ministres avaient voulu embrasser franchement des mesures monarchiques et dissoudre la Chambre, nous leur aurions assuré les élections. Au lieu de cela, ils ont voulu suivre encore le misérable système du milieu : ils vont avoir une minorité de 470 à 180 libéraux qui les culbutera, car une majorité d'une vingtaine de voix (si elle existe), composée de droite et de centre, est incapable de lutter comme une minorité homogène, ardente, animée par l'esprit de vengeance et par l'espoir d'un prochain succès. Dieu sait ce que nous deviendrons. Voilà bien de la politique; elle vous ennuie. Je crains de vous parler de vos maux, de peur de vous fâcher. Je me jette sur les maux publics. Ecrivez-moi, si vous pouvez, cela me fait tant de plaisir !

Dimanche soir (novembre 1820).

On m'a enfermé. — Les associés veulent que je fasse un article

complet sur les élections ' pour jeudi, et ils ont raison : je ne puis donc vous voir que mardi. Nous allons aux nues ! C'est donmiage : nous aurions pu sauver la France si nous avions commencé six mois plus tôt. Maintenant, il est trop tard, parce qu'il est clair que la vanité ne voudra pas se sacrifier à la monarchie. Si par hasard j'avais fini demain, j'irais vous chercher. Je viens de voir Humboldt.

Les élections m'arrêtent; on me fait écrire à toute la terre. Je ne pourrai vous voir que mardi. Rien de nouveau, d'ailleurs. L'Europe est à la guerre.

Quand enfin, après des négociations laborieuses, il est question de l'ambassade de Berlin pour Chateaubriand, le ministère, débarrassé de Decazes, est unanime à reconnaître l'influence et — nouveau style — les bons offices du brillant publiciste. Quelques difficultés subsistent qui entravent la conclusion. Il faut que Laîné accepte le ministère de la Justice, et il refuse obstinément. Pour vaincre ses résistances, qui tiennent tout en suspens, c'est à M"® de Duras que Chateaubriand fait appel comme toujours : « Laîné acceptera et il ne faut plus qu'un mot de Madame. Faites que Madame l'envoie chercher demain matin, et ttii dise ce mot. Son nom est absolument nécessaire au ministère pour la popularité. »

Dernière difficulté, et c'est la plus grave. M"*** de Duras écrit à Chateaubriand : « Les ministres disent quils n'ont point promis, parce que le Roi est toujours pour vous dans les dispositions qu'on a mises si longtemps en avant. » Elle conseille donc au disgracié de voir Louis XVIII, et de s'appliquer à désarmer son mauvais vouloir. Chateaubriand annonce bientôt l'audience, et puis, dans un autre billet, il en rend compte à celle qu'il sait anxieuse du résultat. Un billet! Il avait promis « d'aller lui raconter l'entrevue ». Elle avait donc espéré le voir et l'entendre à loisir, recueillir de ses lèvres les moindres détails. Elle comprend que cette entrevue aura sur l'avenir de son ami une influence décisive.

Qu'est-ce que Richelieu pourrait encore objecter ? Gagné par

1. Les candidats de la droite et du centre droit enlevèrent les deux tiers des élections dans les collèges d'arrondissements (4 novembre), et, dans ceux des départements, les neuf dixièmes. La droite et Textrémc droite furent largement représentées : soixante^iuinze députés de la Chambre introuvable reparurent.

de bonnes paroles, et d'ailleurs plié par la nécessité, il se montre disposé à tenir les promesses faites par lui et par ses collègues à Chateaubriand.

Les lettres qui suivent prouvent quHl y eut encore bien des difficultés avant que la nomination parût au Moniteur, et aussi qu'il y eut des engagements contractés envers lui, pour le décider à partir. Mais ce qui ressort surtout de ces lettres, c^est que la joie d'avoir réussi à mettre le cher frère à la tête d'une grande ambassade ne balançait pas, dans le cœur aimant de la duchesse de Duras, la tristesse de la prochaine séparation. A travers les paroles de Chateaubriand, si curieusement personnelles comme d'habitude, se lisent les inquiétudes et les regrets qu'il essaie d'endormir par ses réponses ; car ce sont là des réponses : « Elle est triste à mourir. » — « Elle souffre, et beaucoup. » — Elle n'a plus longtemps à souffrir. » — « Quand il reviendra de Berlin, elle ne sera plus de ce monde. » — ft L'adieu est prochain, qui sera le dernier. » — <c Elle reste à pleurer toute la journée. » — « Une autre prendra sa place et Ta déjà prise, dont il préfère les lettres ». — « La chère sœur, déjà sacrifiée à la maîtresse de l'Abbaye, sera vite oubliée. »

Chateaubriand, tout entier à ses ambitions, — que ses amitiés ont l'obligation de servir — désire avec âpreté et violence. On dirait qu'il n'aime qu'à la réflexion, et, pour ainsi dire, rétrospectivement, dans le souvenir. M"* de Duras, ambitieuse pour lui seul, ne sait qu'aimer et se dévouer ! Voilà l'impression et le vif intérêt qui se dégagent des lettres qui suivent.

Chateaubriand à Madame de Duras.

Lundi matin 9 octobre 1820.

Je n'ai pas fini mon travail comme je l'espérais. 11 me faut encore deux ou trois jours. Je veux avoir la tôte dégagée de toute politique, et sans avoir dans la cervelle une phrase à moitié achevée qui me rend distrait. Je remets donc ma visite à jeudi. J'irai vous demander à dîner. J'espère que cet air de Saint-Cloud, qui vous avait déjà fait tant de bien, continue à vous en faire. Que vous êtes heureuse d'ôtre dans la solitude, et que je voudrais y être avec vous, même avec vos injustices accoutumées!

Vendredi soir, 27 octobre [1820].

Je ne voulais aller vous voir que quand mon sort serait fixé. Je reste ; soyez donc tranquille. Demain et dimanche, j'ai encore quelque chose à répfler, mais lundi j*irai à Saint-Cloud. Vous n*6tes ni abandonnée ni négligée, et je ne me suis pas fâché parce que vous ne m'avez pas dit la vérité. A lundi donc, je vous conterai tout, et j'espère, malgré cet horrible temps, vous trouver mieux que vous ne le dites.

Je vous ai écrit, ce matin. Je suis enchanté de voir la pauvre petite sauvée. Je ne puis pas dimanche, et je ne puis absolument être à jour fixe. Je suis accablé.

Mercredi, midi.

11 n'y a point d'ahibition dans mon affaire. La vérité est que je voulais tous les jours aller vous voir, et que tous les jours des obstacles sont survenus. Je ne puis vous dire encore le moment, mais je vous surprendrai. On parle toujours de faire quelque chose pour moi, mais je suis devenu incrédule. Quelle Chambre ! et comme on peut marcher, si Ton veut !

Jeudi [30 octobre 4820].

On m'avait hier appris cette triste nouvelle à votre porte. Je suis bien inquiet, et j'irais à Saint-Gloud sans l'audience du Roi dont je suis menacé à tout moment et qui m'empêche de quitter Paris. Hélas ! oui, ce qui fait le bonheur fait aussi le tourment de la vie. Faites-moi en grâce savoir des nouvelles. Je crains presque de vous écrire après ce malheur. La vie va si vite !

A . de Humboldt à Madame de Duras.

Vendredi.

Je n'ai pu persuader votre ambassadeur de me conduire. Il croit ne pas être sûr de pouvoir être libre dimanche. Malgré ce temps du pôle nord, je profiterai toujours de votre aimable invitation.

Rien ne peut m'empécher de vous exprimer mon dévouement et ma reconnaissance, Madame. Que j'ai partagé votre inquiétude pour cette pauvre petite. M. Pasquier m'a dit qu'il me ferait dîner jeudi avec notre illustre ami*. Agréez mes tendres hommages. Si vous me préférez un autre jour, daignez disposer de moi. Envoyezmoi de grâce M. Durckhart de Nubie, M. de Rauzan va-t-il peutêtre rentrer dimanche soir? Alors je laisserais aller mon cabriolet. Voilà un détail romantique.

Chaleaubriand à Madame de Duras,

Jeudi 23 [novembre 1820J.

Eh bien ! on m'envoie à Berlin, dans le centre de la grande diplomatie. On assure qu'on va rendre aussi le ministère d'État. Tout cela, dans les circonstances difficiles où je me trouve, ne me déplairait pas trop si je n'étais obligé de vous quitter. Mais j'ai déclaré que je n'acceptais que pour revenir vite, et pour toujours, après la session. 11 est certain que je ne pourrais jamais rentrer aux affaires sans passer par un point intermédiaire.

Je n'ai pas encore vu le Roi, j'irai vous raconter Yentrevue.

Pourtant les Rois ne voulaient pas de nous dans leurs antichambres I

Ne dites rien encore jusqu'au Moniteur, J'espère vous voir demain.

11 est nommé « envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire » dans le jtfom/ewr du 30 novembre 1820.

Fin novembre 1820.

Ce n'est pas moi qui l'ai dit à La Borîe, c'est tout le monde. J'ai une lettre confidentielle de Pasquier. J'ai vu hier M. de Richelieu et Pasquier chez eux.

Pozzo m'a presque embrassé. C'est fait, mais l'ordonnance ne paraîtra que dans deux ou trois jours, temps nécessaire pour arranger l'affaire de M. de Bonnay.

On parle presque de m'envoyer à Troppau; je n'y crois pas. Enfin, si quelque chose est fini, c'est cela. M°** de Chateaubriand

ne viendra pas d*abord, j'espère. Je reviendrai la chercher au mois d avril, si alors je n*ai pas quelque chose en France. Je ne pourrai vous voir que lundi. Le Roi est très joyeux et me recevrait, dit M. de Richelieu, à merveille. Ne vous tourmentez pas. C'est une absence d'un moment et qui arrange tout.

Jeudi, 7 décembre 4820.

Heureusement la grosse injure est effacée. J'irai vous voir demain vendredi à deux heures. Que vous êtes injuste! C'est votre habitude.

Mercredi matin.

Très certainement, nous voilà très mal, et, d'après tout ce que je vois, on a eu tort de refuser*. Mais la chose est faite, comment la raccommodera-t-on ? 11 ne faut que songer à cela. Je voulais donner ma démission; tout le monde crie contre celte idée. Je partirai donc, mais je prendrai quelques jours ; j'irai vous conter tout au premier moment.

Mercredi matin.

J'ai pensé comme vous, et je n'ai point écrit. Nous allons, je crois, avoir Villèle et Corbière au ministère. Il paraît que je partirai. Mais tout fait croire que je ne serai là-bas qu'un moment. J'irai vous voir.

Samedi soir.

C'est malheureusement impossible. Demain, je suis présenté au Roi, et le soir je suis obligé d'aller chez Pasquier; lundi, c'est chez M. de Richelieu. Je vous verrai dans la semaine. Pauvre petite ! la voilà donc sauvée.

L'audience, très bien. Le maître, plus embarrasse que moi. Pas un mot de reproche. Il m'a dit, à ce que je lui disais sur ma politique qui peut-être avait pu être en contradiction avec la sienne : Nous commençons une nouvelle ère.

1. Le 14 décembre 1820, Richelieu proposa aux deux chefs de la droite modérée deux positions de ministres sans portefeuille. Les royalistes intransigeants retardèrent leur acceptation (décembre 1820).

Ne me grondez pas. Ayez plutôt pitié de moi. Je ne sais à qui entendre. J'irai vous voir au premier moment. ChezPiet? Le dîner a été bien. Villèle va, je crois, entrer au ministère ^

Vendredi, 6 heures soir (décembre 1820).

Je reviendrai, soyez-en sûre, et bientôt. Je vous retrouverai pleine de vie. Il n'y a rien de nouveau. On a écrit à Troppau pour annoncer la nomination. Dans quelques jours, nous pourrons tout dire. Le ministère d'État est promis et assuré. J'irai vous voir dimanche.

Chateaubriand avait mené la difficile négociation du nouveau ministère avec habileté, vigueur, célérité ; il en fut félicité par Richelieu, Polignac, Montmorency et Pasquier, dont on peut lire les lettres dans les Mémoires loutre-tombe.

Voici une de ses dernières lettres à M"* de Duras, avant son départ pour Berlin :

Je ne reçois de personne au monde de lettres que j'aime plus à recevoir que les vôtres. Vous vous plaisez à tort à m'affliger. Si je ne puis rien pour vous rendre un peu heureuse, chère sœur, il vaut mieux renoncer à une correspondance qui vous fatigue et qui me désolerait. Vous ne me croyez pas, vous ne m'écoutez pas. Je souffrirais tout, s'il ne s'agissait que de moi ; mais vous vous faites mal, et je ne me pardonne pas d'être la cause involontaire de ce mal.

Jeudi matin.

Je ne partirai pas, très certainement, sans aller vous voir. Oui, on raconte de moi des merveilles, et on me met à la porte. Je vous dirai bien des choses. Voilà un temps bien rude pour vous.

1. Villèle et Corbière entrèrent dans le cabinet le 22 décembre 1820, ainsi que Lalné, avec le Utre de ministres d'btat et sans portefeuilles.

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