TOUS
Jeudi, 7 août i823.
Je ne sais rien. Henri en sait tout autant que moi. Nous en sommes toujours auTrocadéro et aux âneries. Voilà un beau temps qui me réjouit pour vous. Soignez votre santé sans penser à autre chose, et marchez sur cette herbe, qui vous fera parcourir des routes inconnues. Il y a trop de sots et de fripons sur les chemins battus.
Oui, je vous écrirai. Rien de nouveau ce matin. La maudiet Ordonnance * fait toujours bien du mal, mais pourtant il n'y a encore rien qui ne soit réparable. J'accepte vos espérances. A bientôt.
Mardi matin, 2 septembre 1823.
Les journaux vous diront toutes les bonnes nouvelles de La Corogne. Tout va bien. Ah ! si nous avions Cadix ! Comme j'irais vous voir !
Vendredi matin, [42 septembre 1823];
Certainement, « ma sœur et mon amie », et pour toujours, malgré Cadix et le vent d'est. Cadix, j'espère beaucoup: la chose doit être assurée à présent, puisqu'on a dû attaquer l'île de Léon du 8 au 10 [septembre]. Attendons donc quelque jours. Nous saturons cela
1. Peutrètre discours sur l'intervention, prononcé dans la Chambre des Pairs, mai 1823.
2. Ordonnance de Mc^ le duc d'Angoulême» datée du 8 août, à Andujar. V, Congrès de Vérone, p. 328:
du 15 au 17. Mais cette fortune, cette changeante fortune ! Vous ne sauriez croire combien je m'en défie. Je voudrais bien n'avoir rien à faire avec elle *.
Mardi matin, [16 septembre 1823].
Je voudrais avoir quelque chose de bon à vous annoncer pour vous guérir, mais je ne sais rien, et il ne peut y avoir rien eu de nouveau jusqu'au [lundi] 8 septembre, puisque nous aurions eu hier une dépêche télégraphique. Patience donc, mais guérissez-vous surtout et ne croyez pas légèrement aux fluxions de poitrine. Ce temps changeant est bien propre aux rhumes.
Remerciez Clara et dites-lui que j'accorderai à M. Villemain tout ce que je pourrai.
Vendredi, [19 septembre 1823].
La nouvelle n*est pas confirmée, mais il paraît certain qu*il y a des troubles à Cadix^ où la nouvelle de la capitulation de Ballestros * ne peut manquer d'augmenter la confusion. L'estafette n'est pas encore arrivée ce matin. A demain.
J'ai, ce soir, demandez-le à Henri, une commission qui me fait un rapport sur une affaire particulière. Vous grondez toujours et bien injustement.
Rotschild a l'emprunt à 89 fr. 55. C'est magnifique.
Dimanche.
En vérité, je ne sais, mais si je puis aller chez vous, ce ne sera pas avant quatre heures.
Dimanche matin [septembre].
Nous sommes toujours à l'arrivée d'Alava au port Sainte-Marie, pour traiter de la liberté du Roi : deux jours se sont écoulés
1. Le 11 septembre, il écrivait à Talara : » Je me réjouis de voir rborizon s'éclaircir en Espagne. Ne chantons pas victoire pourtant. Cette caUn de fortune me fait une peur effroyable ».
â. BaUu et réduit à 7.000 hommes, il traita lé 4 août avec Holitoi*.
GHATEALBRIAND MINISTRE 245
et point de dépêche télégraphique *. Jugez de notre perplexité. Peut-être aujourd'hui saurons-nous quelque chose. Quel beau temps ! Et combien je m'en réjouis pour vous !
Lundi [septembre].
Mon Dieu! Pardon, mille pardons. Ma semaine a été un enfer, et vous, vous auriez pu penser un peu qu'une susceptibilité exagérée ne pouvait qu'ajouter beaucoup à ma peine. Rien de nouveau; point de dépêche télégraphique. Nous croyons que les meneurs de Cadix ne répondront pas du tout, et qu'il faudra attaquer.
Lundi [20-28 septembre 18â3].
Vous aurez vu dans votre journal ce matin toutes les bonnes nouvelles. Mais enfin, nous n'avons pas encore le Roi [d'Espagne] et jusque-là, rien n'est fait. Je vous assure que, depuis huit jours, j'ai bien peu dormi. Je suis heureux que vous soyez à la campagne pendant tout ce temps d'agitation.
Mercredi. [20-28 septembre].
Je voudrais vous écrire de longues lettres, et j'en suis malgré moi aux petits mots. Nos succès sont sans fin partout. Mais nous attendons toujours Tattaque de l'île de Léon. Moi, je ne compte sur la nouvelle que pour dimanche ou lundi, mais aussi, lundi sera le dernier terme, et, si rien n'arrive, je ne saurai comment expliquer cette inaction. Soignez- vous et prenez garde à la pluie.
Mercredi, 24 septembre 4823.
Je ne suis rien dans tout cela, je ne savais rien que les transmissions et j'y avais vu M. de Rauzan ; j'étais tranquille au Conseil ; quand tout a été apporté, signé, il n'y était plus. J'en
4. Dans la nuit du 4 au 5 septembre, le général Alava se présenta au camp français et demanda une suspension d'armes. Le duc d'AngouIême exigea qu'une de ses divisions entrât à Cadix et que le roi libre vint en personne traiter sons la protection des troupes françaises. Les Cortës refusèrent ces conditions.
l46 LA DUCËESSE DE DHUS KT CtiATCAiniRUXD
ai demandé la raison, et Villèle a dit que le Roi ne voulait pad nommer les deux frères, que M. de Duras ne Tavait pas demandé, et que de plus Clara n'était pas l'aînée. Vous voyez que j ai été au fond de la chose et que je ne puis inventer ces raisons. Le Roi a ajouté que la pairie pour Henri allait sans dire et qnil ne voulait pas perdre le nom de Duras. Ce sont ses propres mois. Vous n'aurez rien à présent, par la raison qu^fl y a mille réclamations et mille demandes, et que le Roi ne veut pas céder à une pour n'être pas obligé de céder à toutes.
Vous m'avez blessé ce soir au point que je ne vous le pardonnerai jamais. U y a un terme à tout, et quand l'injustice va si loin, elle affranchit.
Ni hier ni avant-hier, je ne suis sorti qu'un moment pour respirer à 5 heures sur le Boulevard. Me voilà délivré. Je serai chez vous à quatre heures aujourd'hui.
Dimanche matin, [28, septembre].
Nous avons la réponse de Ferdinand ; je ne la connais pas encore, mais je sais qu'elle est complètement négative : il feut donc attaquer, et Tattaque est déjà commencée. Voilà où nous en sommes.
J'envie le grand Valéry qui va vous voir et vous porte ce billet.
Lundi matin, [Vè septembre 18i3].
Rien de nouveau ce matin, et nous ne pensons pas avoir rien d'important avant 8 ou 10 jours. Je suis bien souffrant. J'ai reçu votre petit billet, où vous me dites que je ne vous ai pas vue.
Lundi, 31.
Ce n'est point un courrier arrivé à l'ambassade d'Angleterre, mais à nous-mêmes, un courrier de Guilleminot se plaignant de l'arrestation de son aide de camp. Tout va bien du reste à l'armée, et Guilleminot même était au grand espoir, lorsque cette maudite histoire est arrivée. Ne craignez rien de la Chambre. Tout cela s'en ira en fumée. Je ne sais si je pourrai vous voir.
GtiATeAUBRlAND MINISTRE 247
Jeudi [septembre].
Je reçois l'estafette à l'instant. Les nouvelles sont très bonnes. On espère beaucoup de Cadix. Je ne puis vous voir que la semaine prochaine.
Mardi.
J'irai vous voir ce matin. Pardonnez, je suis encore accablé pour quelques jours. Après cela, vous ne verrez que moi. Tout va bien en Espagne et en Angleterre. N'ayez plus peur.
Samedi.
Vous avez raison, mais pas tout à fait. Si vous saviez combien j'ai été tourmenté et combien je le suis encore, vous me pardonneriez. Etes-vous ici, ou n'y êtes-vous pas ? Si vous y êtes, je vous verrai demain entre deux et trois heures. J'ai bien tort pourtant.
Mercredi matin, [{•' octobrel.
Les nouvelles de Cadix continuent à être excellentes. Vous verrez tous les détails dans les journaux. C'est du 8 au 10 septembre qu'on a dû attaquer l'île de Léon. Un mot d'amitié? Ne vous en ai-je pas dit, depuis iO ans, un million de paroles.
Samedi matin, [4 octobre].
Chère sœur, rien de nouveau. Ne grondez pas, nous sommes au milieu de Tévénement, et en vérité, je ne puis quitter Paris pour un seul quart d'heure.
Dimanche matin, [5 octobre].
Ne m'attendez pas. Je reçois des lettres de Talaru qui m'obligent à des réponses promptes. Ce ne sont que des affaires diplomatiques, mais urgentes. Il n'y a rien de nouveau d'ailleurs. On parlait toujours de la prochaine reddition de Cadix.
Lundi matin.
Vous verrez par les journaux où nous en sommes. J'ai reçu une très bonne lettre de Guilleminbt qui paraît sûr de la prise de rtle de Léon. Quand cela finira-t-il et quand pourraî-je aller vous voir?
Lundi.
Je tâcherai de vous voir un moment entre 5 et 6 heures. L'absence de Sir Charles [Stuart] est significative. Je ne sais rien du reste. Je recommencerai pour P.. . Soignez vous.
Dimanche.
Je ne sais ce que vous voulez. Vous me tourmentez. Vous me faites mourir de chagrin. Soyez injuste, puisque vous voulez Tétre. Je ne sais plus de remède à une imagination qui gâte tout exagère tout et détruit tout.
Mercredi matin.
Il me serait impossible de ne pas ôter mon habit. Ainsi, j^arriverais trop tard. Avant deux heures, avant le Conseil, je ne puis, à cause de mon travail. A demain donc. Je ne sais ce matin aucune nouvelle, mais tout va bien.
Dimanche.
Oui, j'irai vous voir ce soir. Vous me connaissez trop, et vous comprendrez que je n'aipas un plaisir égal à ma crainte *.
Mardi, [7 octobre (?)].
Chère sœur, je travaille à mon article *. Je crains bien de ne pouvoir vous voir aujourd'hui, car il faut fmir. Si j'ai un moment^ je courrai chez vous.
4. Vers midi, le !•' octobre, la chaloupe qui portait le Roi et la famille royale a paru. M«» le duc d'Angoulème l'attendait au port. Depuis le 3 octobre tous les forts de Cadix et de l'Ile de Léon sont au pouvoir des troupes françaises.