Scène du baiser, dans Edouard
« Je crus que j'allais mourir : cette voix sévère avait percé mon cœur comme un poignard. Me voyant si malheureux, elle s'approcha de moi et voulut me prendre la main. «Laissez-moi, lui dis-je, ne me faites pas perdre le peu de raison que je conserve encore. » Je me levai pour sortir; elle me retint. « Non, dit-elle en pleurant, je ne croirai jamais que vous ayez besoin de me fuir pour me respecter ! » Je tombai à ses genoux. <^ Ange adoré, je te respecterai toujours, lui dis-je, mais tu le vois, tu le sens bien toi-même, que je ne puis vivre sans toi ! Je ne puis être à toi, II faut donc mourir!... — Edouard, vous le savez bien, dit-elle, toute troublée, si vous mourez, je meurs... ma vie est dans ton cœur; tu ne peux mourir sans moi! » Je passai mes bras autour d'elle; elle ne s'y opposa point, elle pencha sa tête sur mon épaule. « Qu'il serait doux, ditelle, de mourir ainsi ! »... Je la serrai sur mon cœur. « Edouard, dit-elle, aie pitié de moi, ne déshonore pas celle que tu aimes! Tu le vois, je n'ai pas de force contre toi. Sauve-moi, sauve-moi!... Eh quoi ! tu ne veux pas m'épouser, et tu veux m'avilir ? — Je ne veux rien, lui dis-je au désespoir, je ne veux que la mort! Ah ! si du moins je pouvais mourir dans tea bras, exhaler mon dernier soupir sur tes lèvres ! » Elle pleurait ; je n'étais plus maître de moi. J'osai ravir ce baiser qu'elle me refusait. Elle s'arracha de mes bras; ses larmes, ses sanglots, son désespoir, me firent payer bien cher cet instant de bonheur : elle me força de la quitter...
(c Je rentrai dans ma chambre, le plus malheureux des hommes, et pourtant, jamais la passion ne m'avait possédé à ce point. J'avais senti que j'étais aimé; je pressais encore dans mes bras celle que j'adorais. Au milieu des horreurs de la mort, j'aurais été heureux de ce souvenir. Ma nuit entière se passa dans d'affreuses agitations .. J'avais perdujusqu*à celle vue distincle de mon devoir qui m'avait guidé jusqu'ici. »