‹ La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits;Chapitre 58 sur 88 · Sainte-Beuve · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve

mère... Elle animait lout. » — « ÂlbertiHe [de Staël] est arrivée hier. Je verrai cette chère petite ce matin. Je l'aime tendremeut. »

M"» de Duras avait aussi désiré réunirM"* de StaëletM"*Swetchine et elle les avait invitées à un diner formé d'un très petit nombre de convives. Si la tentative n'eut pas les suites espérées, elle n'en confirme pas moins la tendance de M"'" de Duras à lier d'amitié les personnes qu'elle admirait et à les rapprocher dans son salon, à les faire jouir les unes des autres. C'est également grâce à elle que Chateaubriand et Humboldt furent amis et se virent souvent à l'hôtel de la rue de Varennes, à Andilly, à Saint-Cloud, à Saint-Germain.

Voilà ce qu'était le salon de M"** de Duras.

Voici ce qu'il n'était pas, et c'est encore une manière de dire ce qu'il était.

C'est M*"* de Staël qui définissait ainsi la conversation, elle qui en était le génie même ^ :

Le genre de bien-être que fait éprouver une conversation animée ne consiste pas précisément dans le sujet de cette conversation ; les idées ni les connaissances qu'on peut y développer n'en sont pas le principal intérêt ; c'est une certaine manière d'agir les uns sur les autres, ou de se faire plaisir réciproquement et avec rapidité, de parler aussitôt qu'on pense, de jouir à l'instant de soimême, d'être applaudi sans travail, de manifester son esprit dans toutes les nuances par l'accent, le geste, le regard ; enfin de produire à volonté comme une sorte d'électricité qui fait jaillir des étincelles, soulage les uns de l'excès même de leur vivacité, et réveille les autres d'une apathie pénible.

Avec moins d'électricité et d'étincelles, moins de continuité dans le triomphe personnel et dans l'applaudissement, ces traits caractérisent le genre de M"* de Duras et reproduisent la physionomie de son cercle. On a reproché à M"" de Staël de ne savoir pas se mettre à la place des autres, de ne pas s'oublier ou se ménager assez dans l'échange intellectuel, de ne suivre que sa propre pensée à travers la réponse ou la riposte de Tinterlocuteur, de s'enivrer de son éloquence d'ailleurs très capiteuse, de ne savoir pas se taire, de ne savoir pas écouter. <c Tout

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