ViHemain
les heures « matinales » coulées avec un homme de génie passionnément aimé, ou pour les soirs intellectuels et amusés passés avec Télite, c'est, religieusement parlant, ne pas faire assez bon usage de son temps, c'est enfouir le « talent » qui ne nous est confié que pour le faire fructifier; c'est ignorer ou méconnaître et gaspiller le « don de Dieu ».
Réveillée brusquement et douloureusement d'un état qui apparaît, au regard chrétien, plein d'illusion et de danger, et désormais docile aux conseils d'un « vrai prêtre » qui fut un vrai directeur, elle sut découvrir dans cette « habitude d'une vie sans règle y> la cause de sa faiblesse d'àme et de cœur ; elle s^engagea progressivement <c dans les voies de la piété », tout en réservant aux bienséances mondaines les heures que sa haute position à la cour, l'usage et l'amitié pouvaient réclamer; mais ces heures même, elle les sanctifia, sans qu'il y parût, elle les pénétra de pensées surnaturelles, aussi bien que les heures, où, recueillie, elle s'adonnait aux Réflexions et aux Prières.
Elle savait maintenant que^ pour être profitable^ la piété a besoin dêtre mêlée à toutes les actions de la vie. Ce qu'elle objectait jadis si finement à M"' Swelchine, « ce point d'appui, il faudrait pour l'embrasser, toute la force qu'il donne, ce que je n'ai pas », elle ne le répéterait plus désormais, ayant appris, en péril de mort, à saluer la croix, à espérer en elle, à lui demander patience et soumission, à l'embrasser avec « la force qu'elle donne ».
Âme passionnée, elle dirigeait vers Dieu, premier principe et dernière fin, <« l'ardeur et l'activité qui l'avaient égarée ». Elle se fit une obligation de réserver aux « exercices spirituels » — méditations, examens de conscience, prières, adorations — une part de plus en plus prédominante de son temps, à mesure que la souffrance l'envahissait et ne la laissait respirer que du côté do ciel.
Ainsi faisaitrclle tout ensemble usage et provision de cet esprit de foi et de sacrifice qui dit à Dieu sur les divers calvaires : a Père, non pas ma volonté, mais la vôtre. »
Il allait lui devenir nécessaire, cet esprit, pour soumeWre à la volonté mystérieuse et souveraine du Père qui est aux cieux, ime nature qu'effrayait la perspective de l'isolement et que révcJtait la fatalité de la mort.