Voir Tappendice n» IL
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semaines. J'ai des visites de mes amis de Paris qui viennent diner, car la maison est trop petite pour avoir personne à demeure.
M. de Chateaubriand y viendra après le départ de sa femme qui va passer quelques mois en Suisse, mais ce n'est pas dans la partie que vous habitez. Vous jugez que j'ai été bien fâchée de cette rupture. Je ne vois pas de repos possible sans cette union de deux hommes que rien n'aurait dû éloigner l'un de l'autre et qui pouvaient faire tant de bien. Je veux oublier la politique où les femmes ne sont guère que par sentiment. Je voudrais que M. de Ghat[eaubriand] travaillât^ mais il n'en fera rien. Son histoire de France eût été admirable. Je lis Froissard qui me fait doublement regretter que M. de Chat[eaubriand] ne soit pas le Froissard de nos temps. Qui pourrait mieux les peindre que lui ?
J'ai là des romans anglais. Je n'aime guère le dernier de Walter Scott : on commence à pouvoir dire de lui comme on disait de M"** de Genlis, qu'elle ressemblait à un encrier où l'on remettait toujours de l'eau.
Aimez-vous les vers de M"* Gay?ceux quelle a faits surOurika? Je vous les enverrais si je ne craignais de vous faire payer plus de port de lettre que les vers ne valent. Cependant ils sont jolis.
Parlez-moi de vous. Ferez-vous quelque petite excursion? Monsieur votre frère reste-t-il encore avec vous ? Il y a beaucoup d'esprit dans l'ouvrage de votre cousin, mais il est trop de pièces de rapport ; il fait de la religion comme de la politique, la conviction y manque ; mais, malgré les critiques, on admirera toujours l'heureuse expression des idées, le piquant du style, surtout dans certains morceaux de prédilection. Et vous, qu'en dites-vous? Ici on Ta à peine lu. Les dévots ont peur d'un ouvrage de religion de B[enj.] C[onstant]; ce nom est assez pour les effaroucher ; les autres n'y croient pas et lui savent mauvais gré d'avoir exercé son talent sur ce sujet.
l!k:rivez-moi. Je ne sais quand nous nous re verrons, — dans un autre monde peut-être, — mais cette idée n'est pas sans douceur et ne doit pas nous empêcher de nous aimer dans celui-ci. Adieu, parlez-moi de votre beau lac. Que j'aimerais à le voir! 11 me remplacerait la mer dont l'idée me tourmente tous les étés, comme le mal du pays.
Adieu, chère Rosalie. Aimez-moi toujours un peu et dites-lemoi beaucoup, car cela me fait grand bien.
Je ne sais rien de M. d'Ariens ; il ne vient plus me voir. Faiteslui des reproches.
450 LA DUCHESSE DE DURAS BT CHATEAUlEIAIfD
Paris, i*' août [iS24J.
Je suis désolée que M. d*Arlen8 parte si rite et que je ne paisse pas vous envoyer par lui ce manuscrit que je roulais vous prêter, mais, en vérité, il n'y a pas grand mal, et le petit portefeuille qui devait le contenir et que vous porte M. d'Ariens vaut mieux que tous mes chiffons. Mettez-y ce que vous écrivez et qu'il vous Casse penser à moi.
Revenez donc à Paris au mois de septembre avec M. d'Ariens et madame sa mère. L'automne est notre meQleure saison, et c'est celle où Paris vous conviendra mieux parce que vous y verrez peu de monde. On est à la chasse, on est partout, hors à la ville. Mais moi j'y serai sûrement si vous y venez. Faites cet effort, ma chère Rosalie. Il faut renouveler notre date; ce sera toujours une séparation, mais ce sera quelque chose que de s'être vu nouvellement; la fatigue ne doit pas vous arrêter; vous ne verrez que ce que vous voudrez voir. Paris est le pays de la liberté ; personne ne vous forcera à rien ; enfin il faut venir, et si vous vous y décidez, mandez-le moi bien vite pour que j'en jouisse d'avance.
Je vous ai écrit l'autre jour ; j'ai été fort souffrante d'un rhume, mais cela va mieux. J'ai su que votre cousin était revenu par un jeune M. de Polier, que vous connaissez, je crois, — un jeune homme tout à fait aimable et intéressant, mais dont la santé est déplorable, •— il se meurt de la poitrine. Quels ravages fait cette aflh^use maladie ! M. de Serre vient d'en mourir à Naples * ; on le regrette. Ck>mment ne pas déplorer un talent et un beau caractère ? Il y en a si peu. Du reste ce n'est pas pour la chose publique qu'il faut regretter M. de Serre ; il eût été brillant dans l'opposition, mais il était trop mattrisé pour faire jamais un homme d'Etat. Son talent le menait et souvent où il ne voulait pas aller; mais qu'importe, c'était de la supériorité, c'était de l'esprit, et notre France, jadis si riche, est devenue bien pauvre en ce genre.
M"" de Chateaubriand est partie, il y a deux jours, pour Neuchâtel, et son mari la suivra dans quinze jours. Elle y restera Tété, mais je ne crois pas qu'elle aille à Lausanne. C'est une personne qui a de l'esprit et surtout de l'originalité ; elle adore son mari et cela me paraît sa meilleure qualité. Elle ne peut supporter de rester dans un lieu où il a souffert une grande injustice *; elle va respirer dans vos Alpes et j'espère que la paix qu'elle y trouvera calmera ses nerfs et lui fera du bien.