Cadeaux à Gérard
2. <c Petite et pittoresque maison, que M. de Talleyrand nommait un cnl ouvert sur la forêt et qu'après beaucoup d'éloges, il avait fini par acquérir de M»« de Duras, pour Vy recevoir souvent, disait-il, loin du bruit, avec les amis graves qu'elle préférait... » {Souvenirs de Yillemain). ^
3. Ordonnance du 16 août soumettant à la censure les Journaux et écrits périodiques.
J'ai ce matin trouvé au Roi la voix plus faible quoiqu'il me parût se redresser plus aisément. Pendant la messe, il a plusieurs fois levé la tête.
Mille hommages.
ChateaubHand à Madame de Duras,
Mercredi.
Chère sœur, votre querelle a produit un bon efîet. Je suis enfermé; je travaille. Vous ne me verrez que demain. Je vous montrerai ce que vous voudrez. Savez-vous quelque chose?
{Billet écrit au crayon). Depuis votre départ de Paris, j*ai toujours été malade ; je souffre tant, aujourd'hui, que je ne puis vous attendre dans la crainte de ne pouvoir plus avoir de jambes pour m'en aller assez tôt.
Je reviendrai quand je ne serai plus comme cela. Votre chien a voulu me mordre, et il n'y a pas de plume.
NeuchàteU le 8 octobre 1824.
Cette fois je n'ai pas perdu mes pas, j'ai décidé M"** de Ch[ateaubriand] à revenir. Je partirai d'ici le 15 ou le 16etM°** de Ch... me suivra. Je serai donc à Paris vers le 20. Le beau temps est revenu. Lundi nous irons au lac de Bienne et à Tile Saint-Pierre. Il faut bien avoir [vu] ce qu'un immortel fou a fait vivre. Après cela je reviendrai me plonger dans la triste politique. Imaginez-vous qu'ici on ne savait pas qui succéderait à Louis XVIII. On disait que le cas était grave, indécis, et qu'il y avait bien des prétendants. Cela m'a fait voir combien ma petite brochure était venue à propos. Trente ans de révolutions et les calomnies des ennemis de Charles X depuis la Restauration avaient confondu tous les droits et bouleversé toutes les idées. De petits catéchismes politiques et historiques à la portée du peuple font le plus grand bien. Je suis comme une espèce de volontaire parmi les frères ignorantins, je montre à lire aux générations nouvelles ; qui m'en sait gré? Les enfants que j'instruis etnon pas les hommes pour qui j'enseigne. Ne m'écrivez plus après avoir reçu cette lettre. J'irai vous voir en arrivant, à Paris ou à Saint-Germain.
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Madame de Duras à Rosalie de Constant.
Paris, 12 octobre [18241.
Chère Rosalie, j'ai bien des torts. Voilà un abominable silence, surtout lorsque vous étiez souffrante ; vous m'avez donné de vos nouvelles, mais ce n'était pas assez, et quoique je vous susse mieux, je n'aurais pas dû remettre ainsi au lendemain à vous
f)arler de vous et à vous dire du moins que j'avais reçu vos ettres et que je m'étais transportée auprès de ce Ut où vous étiez si bien soignée. J'ai été aussi auprès d'un lit. M. de Duras a été aussi sans marcher pendant un mois d'un mal au genou. Cela n'était pas dangereux, mais bien pénible. Il va mieux et je retourne à Saint-Germaîn, car depuis que je vous ai écrit, j'ai vendu ma maison d'Andilly à M. de Talleyrand qui la désirait depuis longtemps ; et j'ai loué quelque chose à Saint-Germain pour l'été, à portée de ma tante, M"« de Poix, et de plusieurs personnes de mes amies. Ce séjour me plaît assez, c'est la campagne sans la solitude, et j'y ai du moins la place de recevoir quelques amis chez moi, ce que je n'avais pas à Andilly à cause de la petitesse de la maison.
Pensez donc à moi à Saint-Germain. Cela ne fera pas un grand changement dans votre imagination. C'est aussi une montagne et une forêt et une belle vue à laquelle il ne manque qu'un horizon de montagnes et de glaciers.
Parlez-moi de votre santé. Je n'aime pas que vous entriez dans l'hiver avec un reste de souffrance 5 je voudrais vous savoir forte et bien pour reprendre, pour l'année prochaine, mon projet favori de vous avoir pendant quelque temps avec moi. Ne me dites pas que c'est impossible. Est-ce que vous reconnaissez l'impossible ? Il y a bien peu d'années que j'ai consenti à trouver une signification à ce mot ; cela a été pour moi le signal de la vieillesse.
Vous êtes trop bonne de désirer que le portefeuille eût été rempli. Si je trouvais une occasion sûre, je \o\is enverrais Édouardy mais je n'en ai qu'une copie, et je craindrais qu'il ne fût perdu, et puis surtout cela n'en vaut pas la peine. Je vous enverrai ce qui vaut bien mieux, c'est un petit volume intitulé Au village. Je suis sûre que cela vous plaira. Il y a un charme, une paix qui se communiquent, dans ce livre. Ne trouvez- vous pas qu'il y a des Uvres qu'on peut prendre comme des médicaments ? Il y a des cordiaux
et des caïmans, mais il y a des caïmans de plusieurs sortes, ceci n'est pas de l'opium, c'est plutôt de l'eau de tilleul. C'est un esprit sage et bien rangé, qui prend la vie comme il faut la prendre et qui sait s'arranger du bonheur et ne le faire dépendre que de ce qu'il est facile d'atteindre, qui a renoncé à croire possible ce qui ne l'est pas, et qui en est venu là sans amertume.
Adieu. Je vais partir. Ecrivez-moi. Ne suivez pas ce vilain exemple que je vous ai donné.
Chateaubriand à Madame de Duras.
Lundi, 12.
Les Berlin viennent de m'apprendre l'accident arrivé à M. de Duras. Est-il vrai? Un mot, je vous prie. Il était trop tard pour aller chez vous, hier, en sortant du Comité grec. Aujourd'hui, je dîne chez Mathieu, et, en sortant de dîner, j'irai vous voir.
Humboldê à Madame de Duras,
Jeudi [octobre 1824].
Nous sommes revenus par une nuit bien noire, mais heureux de la bonne journée passée sur le plateau {tableland o/Saint-Germain). Vous nous reviendrez après-demain et pourtant j'ose vous tourmenter d'avance ; les personnes auxquelles j'ai promis les billets de Saint-Denis ^ me tourmentent. Les billets deviennent plus rares de jour en jour ; de grâce, daignez penser à votre aimable promesse. Hélas I je suis bien exigeant, trois, quatre ? Mes admirations à la belle M»« de R[auzan] qui va déchiffrer les hiéroglyphes allemands. Quand vous recevrez cette lettre, le bon comte S. T. [Stuart?] sera assis vis-à-vis de vous. Je vous devine d'ici. Si bon homme n'était pas ce qu'indicjjue son nom, je gage, le comte ne viendrait pas sans avoir un lapm en poche. Voilà de mon mauvais caractère.
1. Le 25 octobre 1824, les funérailles de Louis XVIII furent célébrées dans règlise de SaintrDenis avec tonte la magnificence du cérémonial traditionnel.
Madame de Duras à Rosalie de Constant.
Paris, 9 novembre [1824].
Une lettre de moi allait vous chercher pendant que je recevais la vôtre. J'ai vu M"* d'Ariens, j'ai parlé de vous avec elle, j'ai parlé de votre santé, de votre disposition. J'ai tâché de mettre cette bonne cousine dans mes intérêts et elle travaillera avec moi cet hiver à vous familiariser avec ce voyage, qui n'a rien de difficile et qui vous fera du bien, et vous verrez alors ces petits ouvrages que vous êtes assez bonne pour désirer. Je ne puis vous les envoyer, je n'en ai point de copie, et, malgré tous vos soins, mille accidents pourraient arriver ; ce ne serait pas une grande perle, mais enfin, cela m'inquiéterait. Si cette copie d'Édouarcf était finie, je vous l'enverrais, mais elle n'avance pas ; je suis trop souffrante pour y travailler, l'application m'est impossible, et quand j'ai mangé le matin un peu de soupe, toute ma matinée se passe dans des angoisses, et si je fixe mon attention sur rien, je suis sûre d'avoir une crampe d'estomac. Je n'ai un peu d'indépendance qu'entre l'heure où je me lève et mon déjeuner et c'est celle où je vous écris. Ce sont des états qu'on ne plaint pas, car on vous voit parlant,'marchant comme une autre, et cependant, rien n'empoisonne la vie comme ces continuelles souffrances, ces appels continuels à la résignation et à la patience. Ces vertus s'appliquent à un malheur isolé, mais tous les jours... tous les jours !... Je vous assure que quelquefois je pleure de désespoir, et c'est celte continuelle dépendance, ce mais qui vient à tout ! Ne parlons pas de cela. — Je vous envoie les Convei'saiions de lord Byron. Je suis persuadée que ce sont des fragments de ses Mémoires, copiés et volés, qu'on a arrangés ainsi. Cela n'augmente pas la mauvaise opinion qu'on a de lui, au contraire, car cela augmente la pitié. C'est une de ces natures qui ont tout épuisé presque avant de jouir; ils découragent de tout, môme de la supériorité qui mène là. Vous trouverez des mots piquants, des jugements remarquables. J'aime ce qu'il dit de Dante. Enfin ce livre fait très bien passer le temps, c'est tout ce qu'on lui demande.
Adieu, chère ^Rosalie, je suis fâchée de laisser cette page blanche, mais je souiïre ; je suis misérable ce matin, il fait une hu];nidité qui me tue, et je crains que les souffrances ne marchent vers leur fin, tant elles s'accroissent depuis quelque temps.
Pardon de vous laisser dans cette triste pensée. Je vous embrasse.
J'allais oublier de vous remercier de ces jolies vues et du tour du lac ; je n'en avais pas besoin pour penser à vous.
29 décembre [18241.
J'attends depuis un mois une occasion pour vous envoyer ce petit volume que j'ai fait venir pour vous d'Angleterre. Je suis sûre qu'il vous plaira. Vous y trouverez cette douce philosophie que vous voudriez bien avoir, car ne me croyez pas la. dupe de cet étalage de patience et de résignation que vous me faites dans vos lettres. Chère Rosalie, les âmes passionnées ne changent point leur nature, et quand on a bien travaillé sur soi-même, on arrive à faire semblant d'être raisonnable, voilà tout. On n'en est pas plus heureux. Je vois que vous êtes souffrante et j'en suis tourmentée. Donnez-moi de vos nouvelles. Vos lettres me font plaisir et bien.
Je suis un peu mieux de ma santé depuis quelque temps, mais c'est un mieux auquel je ne puis me fier, car je ne suis pas huit jours sans que mes anciens maux me reviennent comme m'avertir qu'ils sont toujours là. M"* d'Ariens est bien bonne ; j'ai vu que Félicie avait fait beaucoup de train pour elle, mais, ma chère Rosalie, rien n'est changé, rien ne peut changer. Oui, j'aurais voulu que votre cousine vît davantage ma chère Clara. Cellelà est un ange de bonté et de sincérité, tout est action chez elle, et rien n'est phrases. Elle fait mieux que dire qu'elle aime, elle le prouve, et tout est simple pour elle, ses affections comme son devoir. Mais la nature crée les caractères. J'accuse moins celle qui m'a fait tant de mal de ce qu'elle est que de ce qu'elle a voulu devenir, ou plutôt je m'accuse moi-même de l'avoir mariée à quinze ans, de l'avoir jetée dans une famille de gens factices et égoïstes qui ont travaillé un caractère que la nature avait créé simple ; on a faussé son esprit pour changer son caractère. Quelquefois je retrouve quelques traits de ce qu'elle était dans son enfance, avant son mariage, et ils me font mal comme si je voyais apparaître l'ombre de ma fille que j'aurais perdue, et c'est*bien la même chose. Quand on ne s'entend plus, n'est-on pas mort l'un pour l'autre ? Ne parlons plus de cela. J'écarte ces pensées. Je veux au contraire appeler celle de votre voyage ici. Je ne veux pas que ce soit une illusion. Familiarisez- vous avec elle, chère Rosalie. Cet hiver et au printemps nous exécuterons ce bon projet. Adieu. Parlez de moi à M*"* d'Ariens. Je vous recommande délire
la Campagne de Rmiie de M. de Ségur*. Il y a mille défauts, mais qu'importe, c*est admirable.
Chateaubriand à Madame de Duras,
!•' Janvier [1825 ou 18SS].
Ma vie ne sera pas bien longue, mais ce qui m'en reste est à vous. Je ne sais pourquoi je suis si sensible aux nouvelles années. Qu*y a-t-il de différent entre hier et aujourd'hui ? Apparemment qu'un !•' janvier est un jour où Ton tourne la tête et où Ton regarde derrière soi le chemin qu'on a parcouru. Je vois que j'ai marché avec vous et j'achèverai avec vous le voyage.
Je ne vous verrai qu'à 3 heures et demie.
Mardi.
Voilà VAbhi *. Je serai aujourd'hui longtemps avec vous.
Ce vendredi.
M"* de Ch... a été bien mal : elle est mieux. Je souffre de ma jambe et suis bien découragé. Je signe, puisque vous réglez.
De Chateaubriand.
Madame de Duras à Rosalie de Constant.
19 mars [1825].
Chère Rosalie, quelle affreuse nouvelle vient de me faire dire M. Polier. Vous avez perdu votre pauvre cousine * et Dieu sait comment votre triste santé aura soutenu un tel malheur. Vous ne m'avez pas écrit, je ne m'en plains pas, mais j'ai besoin que vous m'écriviez tout de suite et que vous me parliez de vous, de
1. Philippe-Paul, comte de flégur, 4 novembre 1780 — 25 février 1873.