Constance de Caxenove d'Arleni, mère de Laure de Cottena
votre douleur. Je la comprendrai, j'en sens toute l'étendue. Quel parti allez-vous prendre? Quel sera voire intérieur? Irez-vous chez votre frère, resterez-vous à Lausanne ? Voilà, voilà le moment où je voudrais être près de vous, c'est quand je vous sais isolée et malheureuse, car on peut être isolée quoique bien entourée, et je suis bien sûre que vous Têtes. Mais votre pauvre cousine était le home pour vous et elle vous aimait tant. Elle parlait de vous si bien, son affection était sincère. Cette perle est affreuse, mais qu'elle n'influe pas sur votre santé. Soignez-la et ditesmoi qu'elle n'est pas plus mauvaise et que vous la ménagerez pour ce qui vous aime. Quel affreux spectacle! El que vous êtes peu en état de le soutenir ! Vous aurez fait ^u delà de vos forces...
Je ne me doutais pas que vous enduriez ce tourment pendant que je recevais M. Bonstetten de votre part, pauvre chère. Je me reproche de ne pas vous avoir écrit depuis quelque temps. Vous m'auriez répondu et je vous aurais sue malheureuse. Du reste, je ne suis jamais bien loin de ceux qui souffrent par mes pensées habituelles.
Venez donc à moi, chère Rosalie, j'en ai besoin. Il me faut de vos nouvelles, ne me laissez pas dans l'ignorance de ce que vous souffrez pour que je puisse m'y associer. Je le fais déjà du fond de mon cœur. Adieu. Je vous embrasse et m'unis à toutes vos peines. Ne me laissez pas longtemps sans nouvelles.
Chateaubriand à Madame de Duras.
Mardi.
Ma gaîté ressemble à la vôtre, à cela près qu'au moins je suis juste en étant triste. J'irai vous voir, quand, au travail nécessaire à ma vie à venir, je ne serai plus obligé de mêler les combats du moment.
Votre gros Lally est un infidèle : il n'y a que vous qui ne sachiez pas qu'il est amoureux d'une Grecque de Lyon à laquelle il avait promis d'écrire pour les Grecs. Quand il a appris que j'écrivais sur le même sujet, il a fui (^ SaintrGermain pour pleurer son ancienne amie. Quelle fatalité me jette sur le chemin de ce vieux fou, plus plat encore qu'il n'est gros ! Viendrez-vous samedi ? C'est dans la semaine qui suivra le 5 d'août que j'irai vous voir dans votre forêt.
460 LA DLXHESSe DE DURAS ET CHATEAUBRIAND
Landi.
J'ai été obligé de faire mille visites retardées et je n*ai pu aller vous voir. Je souffre toujours assez. A demain.
Je vous croirai, si cela est bien vrai. Je suis comme M** Femelle, je ne veux point croire aux faits et gestes de ce pauvre M. Tartuffe. Je vous remercie.
Mercredi 4 mai [4825].
Dites-moi donc ce que vous devenez, et où vous prendre et vous voir? Le Roi reçoit-il aujourd'hui, et à quelle heure ? Voiton aussi M** la duchesse d*Angoulême ? J'ai bien des choses à vous dire. La déclaraiion est superbe. G*est régner*. Avez-vous vu l'article du journal ?
Madame de Duras à Rosalie de Constant.
Paris. 15 mai [I82S].
Nos lettres se sont croisées. Je suis bien aise de cette preuve que nos sentiments se rencontrent. Le projet dont je vous avais parlé tenait à l'absence de M. de Duras qui devait faire un voyage assez long pendant lequel je voulais vous proposer de venir habiter son appartement, me voir et voir Paris, où tant de choses vous intéresseraient, mais voilà votre frère avec vous jusqu'au mois d'octobre, et tous les projets de M. de Duras dérangés par la prolongation de la session qu'on croit qui durera jusqu'au mois d'août, — après laquelle viendra le Conseil général d'Indre et Loire : — il faut donc, pour cette année, renoncer à nous voir. J'en suis triste ; il me semble que nous aurions mille choses à nous dire qui ne s'écrivent pas, et puis, l'avenir est si triste et si incertain... Cependant j'ai été mieux de ma santé depuis quelque temps; mais j'ai déjà eu de ces mieux après lesquels je suis retombée plus mal que jamais. Ne parlons pas de cela. Mais dites-moi si vous auriez consenti à faire pour moi ce voyage. N'avez-vous aucune curiosité, — à part de l'amitié qui, j'espère,
i. Le sacre de Charles X eut lieu le 29 mai 1825 dans la cathédrale de Reims.
VOUS y porterait, — de voir un lieu qui réunit tant de choses et de personnes que vous êtes si digne d'apprécier? Ces beaux musées, ces grandes bibliothèques, ces établissements de tout genre, sur de si grandes échelles que Teffet que produit Tensemble seul et la pensée de leur réunion dans la même enceinte a quelque chose qui frappe et élève l'imagination. Je ne suis jamais entrée dans cette grande galerie du Louvre qui a un mille et demi de longueur, sans avoir éprouvé cette admiration et ce bien-être de se sentir au milieu de ces chefs-d'œuvre, sans même avoir besoin de les regarder. C'est comme la civilisation visible et personnifiée d'un grand peuple. Vous auriez eu beaucoup de ces jouissances à Paris ; vous en auriez eu à connaître quelques-uns de mes amis qui auraient senti tout ce que vous valez. Il y a dans ces hommes supérieurs, surtout dans les savants, une simplicité dont je ne me lasse point. Il y en a trois que je vois sans cesse : M. de Humboldt, M. Cuvier et M. Abel Rémusat, et ces hommes célèbres dans toute l'Europe ont la simplicité et l'indulgence la plus aimable. Je vois souvent aussi M. de Forbin * dont vous me parlez. Je l'ai connu autrefois en Suisse, du temps que nous y étions ensemble. Il a beaucoup d'esprit et surtout d'amabilité ; il est plein de talent pour la peinture, et ses ouvrages vaudraient mieux s'il les soignait davantage, mais il a trop de facilité pour être difficile sur lui-môme. Sa première éducation a été négligée ; il a été jusqu'à dix ans abandonné dans un château de son père, en Provence, à courir avec les petits paysans ou à nager dans la mer avec eux. Ensuite, on l'envoya dans l'atelier de David pour apprendre à peindre et gagner sa vie, car ils étaient tous ruinés. Quand on \oit ce qui est sorti de cette éducation, on s'en étonne. M. de Forbin vaut mieux qu'on ne le croit et qu'il n'en a l'air. C'est un mérite rare dans un temps où on fait étalage de tout. Sa fille va se marier ; elle épouse M. de Marcellus, qui sera pair de France. J'ai arrangé ce mariage qui les rend très heureux, elle est charmante. Voilà peut-être plus de détails que vous n'en vouliez.
Ne doutez pas que M. de Cha[teaubriand] ne soit de cœur pour
les Grecs. Il ne supporte pas l'illibéralité qui fait se ranger parmi
leurs adversaires. Tant de courage et de persévérance doivent
être récompensés et le seront.
On parle d'un ouvrage de M. de Pouqueville * qui retrace toute
1. Louis-Nicolas-Philippe-Âuguste, comte de Forbin, 17 août 1777 — 22 février 1841, élait le père de Thérëse-Joséphine-Céiine, 28 décembre 1804» — 25 janvier 1886, mariée le 30 mai 1824 à Marie-Louis-Jean-Charies-Ândré* Martin de Tyrac, comte de Marcellus.