Histoire de la Régénération de la Grèce, 4 vol
cette guerre ; je ne l'ai pas lu, je crains que son histoire ne ressemble à son voyage qui est si long, si lourd, si ennuyeux... Je ne puis lire et surtout retenir que ce qui m'amuse. Ce n'est pas mon éloge que je prétends faire là.
Vous me demandez si j*ai écrit autre chose. Oui, sûrement. Une fois en train, pendant un an, je n*ai fait que cela. J ai fait un roman qui s'appelle Edouard et dont l'idée est de montrer Vinférioriié sociale telle qu'elle existait avant la Révolution où les mœurs admettaient tous les rangs pourvu qu'on ait de Tespril, mais où les préjugés étaient plus impitoyables que jamais, dès qu'il était question de franchir d'autres barrières. J'ai essayé de peindre les souffrances de cœur et d'amour-propre qu'une telle situation faisait naître. Puis j'ai fait un moine du Mont Saint-Bernard ; c'est un abbé d'autrefois, bien factice d'esprit et de cœur, mondain sans être scandaleux, dans lequel l'éducation et l'influence des mœurs de ce temps ont détruit le naturel et la vérité et simplicité du caractère, et qui est ramené à tout cela et même à la vraie piété par l'amour. Car rien ne détruit le factice et tous les genres de factice comme la passion.
Puis, j'ai fait un autre roman dont je n'oserais vous dire le sujet. C'est un défl, un siyet qu'on prétendait ne pouvoir éU« traité. Je vous en dirai seulement le titre. Cela s'appelle Olivier ou le Seci*et.
A présent je fais des Mémoires, la vie d'une femme racontée par elle-même. Cela est à moitié, je n'y travaille plus. Tout ce beau zèle est passé, je ne suis pas sûre de finir, mais il paraît que j'en pourrais dire autant de cette lettre. C'est un de vos torrents des Alpes après les grandes pluies. Pardonnez-moi, mais je me moque, car je suis bien sûre que vous ne me gronderez pas de ce gros paquet. Je ne vois jjlus votre cousin, je le crois parti. Adieu, chère Rosalie. Je copie Édotmrd/]e vous l'enverrai peut-^tre pour le lire seule, vous en prendrez l'engagement auparavant. Écrivezmoi. Je vous embrasse.
Clara et ses enfants sont très bien.
Humboldi à madame de Duras.
Mardi [1825].
Je suis heureusement libre et j'accepterai avec un plaisir bien vif l'aimable invitation pour samedi. Je vais redemander de suite VOurika à M. Brongniart, c'est un oubli coupable de sa part de ne pas l'avoir rendue plus tôt. Quant à l'exposition hellenophiIe,j*ose
VOUS rappeler qu'il faudra bien avoir rasseniiment de Fauteur. M. Gérard est très jaloux de sa réputation d'artiste vis-à-vis d'un public qui paie. Je sais qu'il n aurait pas voulu qiïOurika parût à la dernière exposition : peut-être sera-t-il moins difficile pour les Grecs. Toiyours faut-il le consentement de l'auteur, même pour un ouvrage qui aurait été commandé et acheté ; c'est une pédanterie d'usage, et il faudra surtout s'y conformer vis-à-vis d'un homme de l'importance de M. Gérard. Ses yeux sont toujours bien mal, cependant je pense qu'il n'y a aucun danger. A propos d'Ourika, je viens d'avoir une lettre de la Martinique qui dit : « Nous autres, officiers de la marine royale, nous sommes très mal vus ici à cause des négociations de M. de Recque [?] à Haïti. Le commerce clandestin de chair humaine va à merveille, les colons regardent chaque Français récemment arrivé comme un négrophile et le spirituel et généreux auteur d^Ourika est accusé à chaque instant ici d'avoir rendu intéressante dans son détestable roman une négresse qui n'avait pas même l'avantage d'être une négresse créole. » Cela n'est-il pas assez amusant ? Mille tendres et respectueux hommages.
Je rentre chez moi pour vous écrire ces lignes et pour vous demander en grâce de ne pas croire un mot de ce que je vous ai écrit il y a deux heures, dans une lettre qui, par mégarde, a été jetée à la poste, sur la nécessité de l'assentiment de M. Gérard. Je viens de découvrir que votre tableau est chez M. Gérard qui va vous l'envoyer ce soir ou demain matin. 11 est enchanté de votre projet d'exposer Ourika aux Grecs ; il serait heureux de penser que cela vous soit agréable, dit-il. S'il craignait la grande exposition au Louvre, ce n'est que parce qu'il pensait qu'un tableau de si petite dimension serait comme noyé parmi cette innombrable masse de tableaux de genre. L'exposition des Grecs sera moins nombreuse, et Otmka y paraîtra avec éclat. La lettre que je réfute vous dira combien je suis heureux de votre souvenir pour samedi.
(Même mardi).
TaUeyrand à Madame de Duras.
2 avril [1825].
Je mets à vos pieds mes hommages.
Je veux encore combattre la renommée d'un de mes prétendus
464 LA DUCHESSR DE DURAS BT CHATEAUBRIAND
défauts avant de vous parler du vrai plaisir que je vous ai dû et vous assurer que je ne loue pas, comme on le dit, par habitude, mais seulement avec plus de bonheur qu'un autre, quand ma conscience le veut bien.
J'oserai môme encore vous avouer qu'un de mes préjugés me porte à croire que ce grand art d'écrire n'est pas, vraisemblablement, le partage des personnes d'abord à qui la nature a pu justement le refuser quand la fortune leur a donné tant d'autres choses, ensuite de celles qui auraient eu la modestie d'en garder longtemps le secret.
Ainsi, je vous jure que tout ce qu'on m'avait dit m'avait laissé dans l'idée que je serais moins content qu'on ne me le promettait.
J'avais ensuite mis dans ma tête de ne vous lire que quand il me serait de nouveau donné de vous entendre.
Aussi tel a, je vous le jure, été mon premier désir et mon premier besoin, à dater de samedi 6 heures du soir.
Venait cependant encore l'autre fantaisie de recevoir ce bienfait d'une personne auprès de qui je n'avais jamais obtenu un succès proportionné à mon attrait, à mon appréciation de ce qu'elle vaut et à mon dévouement, ce qui, au reste, vu bien des choses, me paraissait plus malheureux qu'injuste.
Cependant je n'ai pas pu attendre l'aimable réponse sur laquelle j'avoueque je comptais, je n'ai pas pu résister dès hier matin (avant les deux bienfaits du billet et de l'ouvrage) au désir de vous lire.
Je serais un grand misérable après tout ce qui précède, si je pouvais dire un mot de plus que ce que je pense.
C'est charmant, j'ai été assez sot pour croire que l'un de vos dons les plus heureux, la supériorité * d'une conversation qui vaut surtout par le mouvement et par le naturel, était exclusif de cet art auquel je mets tant de prix, dont je suis bien sûr que j'avais le sentiment, dont j'ose même croire que je n'aurais pas toujours été un admirateur stérile, si ma vie n'avait tout dissipé et rien recueilli, enfin de ce qu'on appelle le talent, que ceux qui se croient connaisseurs découvrent avec ravissement à la 2» page.
J'ai donc été ravi, j'ai même eu le plaisir ou le chagrin, moi qui ai la vanité de refaire sans cesse, en lisant, des phrases de mes maîtres, de n'en pas trouver deux à corriger.
Voilà des détails qui sont d'un prix infini pour moi ; l'ensemble, l'idée, le plan, les couleurs d'un tableau qui n'a plus de peintres et dont les peintres, s'il y en avait, n'auraient plus de modèles,
1. Difficile à déchiffrer: peut-être amabilité ou simplicité.
LB» DKIimÈRES ANNÉES DE MADABE DE DURAS k^
tout cela m'a donné deux des heures les plus heureuses de ma rie.
Un homme d esprit a dit que si Tamour et la galanterie avaient le môme ion [ils n'araient] pas du moins le même aceeat... Je sois sûr que celle qui n'aura peut-être pas daigné me lire jusqu'au bout, sait bien qu'on en peut dire autant de la louange et des compliments.
J'aime à savoir de mes nouvelles par vous à qui aucune nuance n'échappe. — J'irai vous voir à Saint-Germain dans la semaine ; aujourd'hui le soleil et M. le curé m'appellent à Andilly .
Je choisirai pour Saint-Germain un jour où vous n'aurez ni M. m M"*" de Laval.
Mille tendres hommages.
Mes trots semaines d'eaux finies, je me suis enfui de Bourbon.l'Archambault, et, en arrivant à Paris, on me dit que Boson donne one fête k Saint-Germain. Comme je ne veux pas y aller, je retourne à la campagne. A mon retour, j'irai vous voir; faites que je trouve ici un mot de vous qui me dise de vos nouvelles.
23 Juin 4825.
Je veux à toute force trouver de l'amitié dans l'envoi de cette dernière feuille d*Édauard qui n'est encore qu'en épreuve et je vous en ren>ercie de tout mon cœur.
Humboldt 4 Madame de Duras,
Après avoir passé une si agréable journée d'intérieur chez vous, j'ai fait en rentrant la triste découverte que je suis engagé depuis trois jours pour dimanche à un dhier de noces d'artistes. C'est pour le mariage de M. Hildorf, l'architecte des menus plaisirs qui décorera l'égKse de Reirats * et qui a foit les magnifiques dessins