‹ La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits;Chapitre 72 sur 88 · tomes · texte numérisé non relu

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le sien, car elle l'a créé, mais c'est un charmant ouvrage dont l'auteur a bien de l'esprit et donne, je crois, à son héros, les belles et brillantes qualités qu'elle possède elle-même. Dites-moi si on l'a à Genève, parce que je vous l'enverrais. Un livre qui plaft est un trésor à la campagne et partout. II vaut mieux que tout ce qu'on n'aime pas d'affection, il vous dit ce qui vous plaît, et la visite n'est jamais trop longue. J'ai ici plus de monde que je n'en veux et je n'y ai pas assez de repos. M"* de Poix est au Val, mais, le mois prochain, elle va à Mouchy, et cela fera ce mouvement de moins. Il me plaît pourtant, c'est un intérieur comme on le ferait à plaisir. Bien des choses cependant auraient pu le troubler», mais il y a des gens qui ne se laissent pas être malheureux, ils ont bien raison.

Je vous enverrai Edouard à lire quand j'aurai une occasion sèie. Je l'ai fait imprimer à cinquante exemplaires, mais il se trouve qu'il faut en donner cinq à tous les ministres, de sorte que je n'ai pas le courage de le retirer de chez l'imprimeur ; je ne veux pas subir cette loi, ce serait une sorte de publicité qui m'est nsupportable ; mais il me reste les épreuves et les bonnes feuilles, et, jusqu'à nouvel ordre, je les prête à mes amis. J'ai de grands doutes que ce soit bon, je n'aurais jamais cru à cette conscience timorée d'auteur. Je les vois tous si sûrs que ce qu'ils font est superbe... je les envie.

Dîtes-moi si le lac est desséché ; et vos prairies sont-elles couleur de poussière ? Et vos arbres sont-ils gris ? Tel est l'état A notre forêt, — de celte forêt que je vous promettais verte, fraîche, ombragée. Elle est rôtie. Toutes les sources sont taries ; les daims, les chevreuils meurent dans tous les coins, l'herbe ne les nourrit plus et ils n'ont plus un ruisseau pour se désaltérer. Nous n'espérons plus que dans la châsse de sainte Geneviève. Jamais on n'a vu un pareil été. Les grandes salles de marbre de l'hôtel de Noailles sont un abri contre cette chaleur, mais, du reste, je hais cette maison ; il n'y a point d'ombre, quoiqu'il y ait des arbres. 11 faut faire 200 pas au soleil pour atteindre la forêt et elle a encore mille autres inconvénients. Adieu, chère Rosalie, je suis triste de ne pas vous voir. Je verrai vos Anglais avec grand plaisir et tout ce qui viendra de votre part. Adieu. Je vous embrasse tendrement. Henri [duc de Rauzan] va à Lisbonne, mais ce sera pour peu de mois, et Clara me reste. Cela ne me fâche pas ; il était fâché de ne rien faire, comme disent les hommes.

1. Allusion peut-être à la folie de Nathalie, duchesse de Mouchy.

468 LA DUCHESSE DE DURAS ET G BATEAU BiUANO

Madame Swelchine à la comtesse de Nesselrode.

Cely *, 14 septembre 1823.

M°** de Duras et Clara ont été fort heureuses de votre délivrance, je ne sais si Clara vous Ta mandé. Pour M"* de Duras, elle est dans un abattement, un découragement, qui lui ôlent tout à fait la possibilité d'écrire. J'en reçois de temps en temps quelques lignes ; Clara y supplée par des nouvelles détachées. Les eaux de Spa laissaient espérer qu'elle s'en trouverait bien \ mais souvent les détails d'une lettre contredisent ceux de la lettre qui a précédé, et l'on ne sait que penser quand on est quelques jours sans en avoir. M"*' de Duras me parlait tout dernièrement du projet d^aller passer l'hiver dans le midi, à Marseille. Ce projet qui pourra séparer Clara de son mari et peut-être de sa petite fille la peine beaucoup ; mais conséquente à tout ce qu'elle a fait jusqu'ici, elle ne balance pas à sacriuer à sa mère les plus justes regrets. Cette jeune femme est un vrai modèle. Sans la séparation dont ma sœur me menace, j'aurais proposé à M"« de Duras de la suivre, et, par mes sincères instances, j aurais mérité qu'elle Tacceptât.

^ Humboldt à Madame de Duras.

Septembre [1825].

Une petite indisposition, des maux d'entrailles qui n'ont cédé que faiblement au remède à la mode de M. Promset [?] ont pu seules m'empêcher de passer une semaine entière sans vous voir. Je ne suis sorti absolument que le samedi soir pour aller droit à rh6tel et jugez de mon désappointement. Vous nous tenez rigueur et pas même pour cause de santé. Je ne suis pas encore assez bien pour accepter votre aimable invitation de demain. Je ne vais pas même à l'Académie, mais je tâcherai de me guérir radicalement pour mercredi. Je n'aurai pas l'air d'aller vous voir au grand jour des loges. Mon grand jour est celui où je vous écoute, où je me rassure du bien que vous me voulez. Il était à prévoir que Tarticle Bessière serait très mal compris, qu'on confondrait &facluavel et l'auteur*. Le public spirituel a si peu d'intelligence; et les

1. Château de la comtesse Octave de Ségur, près Fontainebleau.

2. Article de Chateaubriand, « Paris, 4 septembre 1825 », où Machiavel est cité en passant Voir^ dans les Œuvres, Mélanges politiques et polémiques.

négrillons qui se mettent aussi à trouver aux marins des airs de l'ancienne chevalerie! C'est une maladie de 1818 qui, comme rinfluenza, fait le tour du globe. Mille tendres et respectueux hommages. M. de N. espère l'arrivée d'un Roi comme celle du Messie. Je demanderais, avec M. de Tall[eyrand], ce que cela nous rapportera. J'en frémis.

Talleyrandà Madame de Duras.

Genève, 9 octobre [4825].

Je ne suis pas votre itinéraire. Pendant que le temps est beau, c'est de Genève, et sur le lac, que je fais toutes mes courses. Le bateau à vapeur le Winkelrfned cède à toutes mes fantaisies. Quand le brouillard viendra, j'irai à Goppet, — plus tard à Grenoble, puis Gap, Marseille et Nice, du moins ce sont là mes projets d'aujourd'hui. Les auberges de Genève sont pleines d'Anglais et d'Anglaises; à tous les coins, il y a des aventures. Les Alpes ont leur cailletage, il n'y a pas moyen d'y échapper ; dans mon auberge, tout le monde a rencontré à Domo d'Ossola Horace Vernet qui y attendait M"« de Castellane; tel jour, à telle heure, elle devait s'y trouver, et, s'il était exact, ils devaient étudier la nature ensemble. Domo d'Ossola est, à ce que l'on dit, un lieu très romanesque. Je suis fâché de ne pas vous voir, mais du reste, je me passe à merveille de Paris ; je trouve que du moment que l'on n'y est pas, on ne l'aime plus. Mon voyage ne m'a pas fatigué ; je me passe parfaitement de ne pas voir le roi de Prusse, je me porte très bien, mais je voudrais avoir quelques lettres de vous, et je ne sais pas quand ce bonheur là m'arrivera. Adieu. Conservezmoi bonté, amitiés, souvenirs.

Cuvier à Madame de Duras.

18 octobre 1825.

Faire lire votre ouvrage à d'autres qu'à des personnes bienveillantes serait la chose impossible : on devient bienveillant sitôt qu'on le lit. Il vient de faire le charme de nos dernières soirées, la plupart des auditeurs étaient de ceux à qui vous m'aviez déjà

permis de le communiquer en manuscrit. Les sentiments qu'il leur avait inspirés, le plaisir qu'il leur avait fait, se sont reproduits avec une nouvelle vivacité.

Madame de Duras à Rosalie de Constant.

Saint-Germain, 30 octobre 1825.

Voici Edouard^ lisez-le avec indulgence ; mais je n'ai pas besoin de vous le demander ; je vous fais une autre recommandation, c*est de ne le prêter qu'à des personnes que vous serez sûre qui ne le prêteront point à d^autres. Vous avez vu la peine que j'ai eue à me décider à tirer ces 50 exemplaires. Je ne crains rien tant qu'une édition contrefaite et une publicité contre mon gré.

Le voilà passé, cet été où j'espérais vous voir. Je le finis bien tristement avec une violente attaque de rhumatisme qui me cause des douleurs au sein, et ces douleurs, malgré tout ce que je puis me dire, m'inquiètent beaucoup. Elles me préoccupent et je suis restée seule ici pour retarder d'être à Paris, obligée de voir du monde avec cette inquiétude et cette douleur. Je ne demanderais pas de guérir, mais seulement de choisir ma souffrance. Il y en a de bien plus vives qui du moins laissent les facultés libres.

Vous voyez que cette lettre est écrite en deux fois. Je l'avais commencée avant que M. d'Ariens quittât Saint-Germain, il y a dix jours, et depuis je n'ai pu écrire une ligne. Je me force aujourd'hui pour (\\x'Édouard parte et que vous l'ayez. Je regrette la campagne. Je jouis de ces derniers jours si beaux, si tristes. Cette forêt ne me lasse pas. C'est un délice de s'y promener par ces grands vents d'orage ; la tempête est au-dessus de vous, on l'entend et on ne la sent pas. C'est là ce que devrait faire l'amitié, mais les arbres de la forêt sont toujours là et font leur devoir, et les hommes vous abandonnent.

Adieu. Ecrivez-moi et pardonnez cette courte lettre à ma soulfrance.

Talleyrand à Madame de Duras,

Marseille, !•' novembre 1825.

Après m'être arrêté partout où il y avait quelque chose à voir, je suis arrivé à Marseille par un temps superbe. Je m'y établis pour

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quelques semaines ; on y est un peu basané ; cela m'accoutumera peu à peu aux couleurs de messieurs d'Haïti qui me paraissent fort à la mode à Paris...

Le temps présent est un singulier spectacle. Qui n'a-t-il pas trompé ? Qui ne trompe-t-il pas tous les jours ? Après avoir attaché tant d'importance aux pilotes qu'on aurait, se trouver au fil de l'eau sans que personne dirige, et pourtant ne pas se sentir en péril, n'est-ce pas curieux? Je croîs néanmoins que ce doux laisser-aller aura une fin, et, cette fois-ci, Marseille ne s'en mêlera pas ; car on y est plus mouchard que jamais ; on construit à vingt pas de distance des bâtimens pour le pacha et des bâtimens pour les Grecs. La question se réduit à savoir qui est-ce qui payera le mieux ; on ne pense pas à autre chose. La crainte que la Méditerranée ne soit plus la mer française dirige toutes les idées vers le profit.

Vous ne me dites rien de votre santé, je me plais à croire que vous n'en êtes pas mécontente.

Tous les Suchet sont ici, ils y passent l'hiver. M. de Vitrolle est dans le pays, je crois, aux environs de Gap ; il attend là quelque place au dehors.

Je regrette le roi de Bavière, il m'aimait un peu plus qu'il n'est convenable quand on a reçu de grands services de quelqu'un.

Dites-moi quelque chose des yeux et de l'ouvrage de M. Villemain ; son ouvrage n'est chez aucun libraire de Marseille ; il n'y arrivera, me dit-on, que la semaine prochaine.

Adieu, recevez avec bonté et un peu d'amitié mes plus tendres hommages.

Le duc de Doudeauville à Madame de Duras»

Le 8 novembre [1825].

Nous avons lu déjà la moitié d'un volume de votre charmant ouvrage. Toutes les générations en sont enchantées, car tout s*y trouve, sensibilité, délicatesse, grâce, profondeur même, et tout a été apprécié par nous. M. Valéry a parfois été notre lecteur, et sa manière un peu moins entraînante que la vôtre nous a parfois aussi contrariés; mais si son ton lent, pesant et monotone n'est pas le plus propre à vous faire admirer, il vous admire de si bonne foi lui-même, et Edouard a si peu besoin du prestige de la lecture, qije nous lui pardonnons aisément. Elle ajoutera vraiment encore aux moments agréables que je passe ici et qui me don-

tient une nouvelle preuve que je suis bien plus patriarche que ministre, et bien plus né pour les jouissances du coeur ou de l'esprit que pour celles de l'ambition... M. Valeiy m'a parié de quelques pages du second volume : nous nous en tirerons comme nous poùiTons, mais comme nous ne sommes qu'en famille, et en famille qui n'exagère rien, pas même la vertu, cela ne sera pas difliciie.

Ce 0.

Votre Edouard est si attachant et nous a si attachés que, malgré maintes ennuyeuses visites et quelques affaires, car elles me suivent et me poursuivent partout dans d'imposants portefeuilles qu'on m'envoie chaque jour, les deux intéressants volumes ont été achevés dans la journée. C'est le meilleur éloge qu'on puisse faire d'eux et peut-être de nous. Le grand Valéry a heureusement eniambé quelques petits passages et habilement sauté de certains cabinets dans l'église de la Visitation. La mort noble d'kdouard nous a bien touchés, l'article du journal sur M"' de Ne vers nous a consternés. Vos peintures de tout genre, nommément celles d'un temps que votre âge vous rend étrangères, nous ont bien frappés, et le style élégant, spirituel et simple pourtant, nous a paru très remarquable. 11 est digne de l'auteur; et nous, comme vous le voyez, nous ne sommes pas indignes de l'ouvrage et de l'envoi.

Le duc de Lévis à Madame de Duras,

Fontainebleau, 8 novembre 1825.

Vous êtes, ma chère cousine, bien aimable et bien indulgente. J'avais aussi quelque chose à vous envoyer : une édition fort augmentée de ces pensées qui ont eu votre approbation à leur entrée dans le monde. La mauvaise honte me retenait, et, de plus^ je craignais que cet envoi ne parût une manière détournée el indiscrète de vous demander votre Edouard, Vous avez été au devant de mes désirs, recevez tous mes remerctments. le vous dois compte de l'impression qu'a faite sur moi une première lecture. Comme il y a des peintres d'histoire et de paysage^ il y en a aussi d'amour. Vous excellez en ce genre où peu ont réussi, vous dévoilez avec un charme infinlles mystères des cœurs tepdres et jMiBsionnés, et vous joignez à la finesse de l'observation la déli*

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catesse des senlimens et Télévation des vues, voilà pour Texéculion. Quant à l'ensemble, la fable est bien conçue et les caractères sont parfaitement soutenus, mais un critique sévère pourrait trouver qu'il n'y a pas assez de variété dans les situations. Cela diminue nécessairement l'intérêt, et il en résulte que des passages qui, pris à part, sont excellens, paraissent des redites et deviennent des longueurs. Tenez, ma chère cousine, quand on est aussi riche que vous, il faut être généreux : je voudrais vous voir supprimer une vingtaine de pages qui feraient la fortune du commun des romanciers et des romancières, on jouirait bien mieux du reste. Parlons des mœurs. J'ai vécu dans ce monde que vous ne connaissez que par tradition, et j'admire avec quelle sagacité vous avez deviné la vérité d'après des ouï-dire. Je ne, trouve à reprendre que l'incident du bal qui pèche contre la vraisemblance. J'admets que l'ambassadeur d'Angleterre ait fait descendre Edouard du gradin des spectateurs pour l'introduire dans l'intérieur de la salle ; c'est déjà une concession assez forte puisqu'à une fête honorée de la présence de la Reine, il ne devait y avoir que des gens présentés ou des étrangers de distinction ; mais cette invitation ne pouvait en aucune manière racheter le péché originel de l'inégalité de condition, et Edouard l'avocat n'en était pas moins, aux yeux de la cour et de la ville réunies dans un grand bal d'étiquette, un petit bourgeois toléré par une extrême condescendance. Dès lors, comment supposer que la duchesse de Nevers ait eu l'idée de danser avec lui ? Toutes les convenances s'y opposaient. On pourrait ajouter que la seule différence de costume rend la chose impossible, car, aux fêtes de ce genre, tous les danseurs portaient des habits richement brodés. Cette petite tache disparaîtra aisément. Ce qu*il faut conserver précieusement, ou plutôt encadrer, c'est la note sur l'honneur, admirable de vérité et d'expression.

Bertin à Madame de Duras.

Le 14 novembre 1825.

Je ne puis vous exprimer tout le plaisir que m'a fait la lecture de l'ouvrage charmant que vous m'avez envoyé. Edouard est encore mieux qu' Ourika, ne fût-ce que parce qu'il est moins court. Vous m'en avez plus appris en quelques pages sur l'ancienne société que les écrivains qui ont fait ex professa sur ce sujet de gros volumes. La description de la forge est digne de notre illustre

ami. Je suis heureux et fier d'être au nombre de ceux à qui seuls vous avez donné Edouard.

Talleyrand à Madame de Duras.

Marseille, 23 novembre 1S85.

Voilà ce que, chez nos marchands de Marseille, on appelle des plumes de Walter Scott ; je ne les trouve pas trop jolies, mais si c'est avec celles-là qu'il écrivait la Prison d^ Edimbourg et les Purilavis d'Ecosse, il doit y en avoir une dans votre écritoire ; je vous prie de vous en servir le !•' janvier 1826.

Notre Midi est fort à la mode dans la Chambre des Pairs. U y en a six ou sept ici qui viennent tout naturellement demander de la santé au soleil, et le soleil leur en donne : le duc d'Albuféra luimôme, malf^ tous les médecins, guérit.

Je ne suis guère Paris que par les journaux. En les lisant, on croirait que le monde est en feu, que tout est en combustion, que la France va se déchirer ; et, au fait, on n'a jamais été plus tranquille. L'univers changeant de face réussît à peine à désennuyer les gens qui ont un peu d activité dans Tesprit, c'est une singulière chose que le temps actuel ! Vous qui aimez à observer, vous avez à faire.

Tout à côté de notre Cour, voir M"' Coudork et Schœnfeld faire tant de ravages à Paris, et en être à écrire en Allemagne et en Angleterre, pour faire venir d'autres jeunes gens parce qu'Us sont un peu surmenés, c'est vraiment curieux !

Je lis Lascaris * avec grand plaisir, quoique je le trouve quelquefois ou trop ou pas assez transparent.

J'ai écrit au roi pour sa fête. Comme il est dans son étiquette (étiquette particulière à la seule maison de Bourbon) de ne pas répondre, je ne lui écrirai point au jour de l'an ; je m'adresserai à M. de Duras pjour le prier de mettre tous mes vœux et tous mes hommages à ses pieds.

Adieu, gardez-moi quelques bons souvenirs, et recevez avec un peu d'amitié mes plus tendres hommages.

C'est le maire de Marseille qui se charge de ma lettre, il va prêter son serment de gentilhomme honoraire.

i. Ouvrage de Villemain.

La princesse Louise de Prusse à Monsieur de Humboldl.

Posen, 10 de décembre 1823 [1825].

Vous devoir, Monsieur, la jouissance de connaître Edouard, de posséder cet intéressant ouvrage de Taveu de M"* la duchesse de Duras, sont des nouveaux titresà ma reconnaissance, et je m'empresse de vous en offrir l'expression. Flattée et heureuse d'avoir occupé un moment votre souvenir, je le suis encore de ce que vous m'avez jugée digne d'apprécier l'esprit, la grâce et la profonde sensibilité de l'auteur d'Edouard et d'Ourika, Le Prince vous présente ses hommages. Veuillez nous conserver le bienveillant intérêt auquel nous attachons tant de prix, et croire à rattachement et à la haute considération que je vous ai voués.

Louise de Prusse, princesse Radziwill.

Talleyrand à Madame de Duras,

Marseille, 24 décembre 1825.

Il ne se peut pas qu'il n'y ait quelque rhume à un des étages de votre maison ; je vous envoie donc des dattes et autres pectoraux de Marseille, vous les recevrez douze jours après l'arrivée de cette lettre.

J'ai eu ce matin de singulières impressions; j'étais à me promener sur le bord de la mer qui était d'un calme parfait ; on m'y a apporté les lettres de Paris qui m'apprenaient la mort de l'empereur Alexandre. Cette mort et ce grand calme m'ont laissé dans une disposition d'esprit dans laquelle je me suis plu pendant plusieurs heures.

Je n'aime pas ce que vous me dites de votre santé ; je vous trouve dans un abattement qui ne vous va pas. Parce que vous avez de la force dont vous ne savez que faire, ce n'est pas une raison pour se décourager. Cherchez et trouvez un nouvel emploi de vous, et vous aurez bientôt toute la santé à laquelle vous pouvez prétendre.

Je vais aller bientôt à Hyères qui, à telle époque du mois de janvier, vaut mieux que Marseille, puis à Nice, quand Hyères ne vaudra plus rien. Je ferai ainsi jusqu'au mois de mars, époque à

laquelle j'ai dit que je retournerais, car il faut toujours tenir à ce que Ton a annoncé. Le respect humain, qui fait faire bien des fautes, empêche aussi quelquefois et peut-être plus souvent d'en commettre : cette réflexion me vient peut-être un peu tard daus ma longue vie.

Adieu, mille tendres hommages.

Hyères. 23 janvier 1826.

J'ai quitté Marseille avec regret, je m'y suis plu. Il n'a fallu rien moins que deu^ pouces de neige dans les rues pour m'en faire partir. A Hyères, nous avons trouvé le printemps, des fleurs de toutes les espèces, des orangers en pleine terre, et pas un journal. On n'y sait que de ce matin à quel point les soldats russes sont délicats sur la légitimité. Autrefois, à Rome, des combats de gladiateurs honoraient les funérailles des grands personnages ; mais lorsque les légions se battaient entre elles, c'était alors le temps des funérailles de l'empire romain lui-même. Dans mes vieilles idées politiques, je consens à ce que l'empire russe en soit là. Au surplus j'espère que ses affaires vont être un peu moins les nôtres.

On ne parle que des retards de courriers, ils sont à présent huit jours de plus en route; cela ne rend guère tentant de reprendre le chemin de Paris par le milieu de notre France ; je croirais bien que, de Nice, nous nous déciderons à revenir par Turin. S'il vous prenait le bon vouloir de m'écrire, envoyez vos lettres chez moi, à Paris, où l'on saura à peu près exactement ma marche.

Nice est plein d'Anglais. Ici il n'y en a point, on vient tout simplement quand on a mal à la poitrine ou s'y guérir ou y vivre deux ou trois mois de plus. Adieu, agréez avec bonté et amitié tous mes hommages.

Hyères, 25 Janvier [1826].

On mande à M"' de Dino qu Olivier est imprimé, qu'il en a été tiré 25 exemplaires ; je soutiens que non ; et je lui dis même que c'est impossible. Ai-je tort ? Toute mon assurance est fondée sur ce que je ne l'ai pas.

Si l'hiver prochain vous avez encore le projet de passer quelques mois dans le midi, il faut, le 18 janvier, quitter Marseille, venir à Hyères et y loger chez M. Filhe j votre chambre sera

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au midi, vous verrez la mer et vous serez entourée de fleure... Mon hôte vient de me prêter les journaux. Je suis tout étonné de voir mesurer les événements de Russie comme on le ferait pour une succession de la maison de Bourbon ; cela étonne un peu mes traditions tartares.

U n'y a ici presque point d'Anglais ; ceux qui y sont viennent pour mourir. Au-dessus de moi, il loge une femme qui a le défaut d'être trop de son pays ; elle est hamboui^eoise ; elle parle très haut et très mal; c'est une espèce d'être autochtonique, vos savants vous diront ce que veut dire ce vilain mot. Je serai quitte d'elle demain ou après demain, et cela me fait un vrai plaisir.

Envoyez-moi le discours ou plutôt le morceau d'histoire que doit lire M. de Chateaubriand à la réception de Mathieu. Les positions gardées, et sûrement elles le seront, une lecture là n'est pas chose aisée.

Je voudrais savoir quelque chose de votre été : faites-vous bâtir sur ce petit coin de terre que vous avez à Saint-Germain, n me semble que Mathieu succède à M. Bigot de Préaméneu ; il faut qu'on ait bien soin de ne le désigner que par son second nom, car si on allait dire : M. Bigot, votre prédécesseur, cela irait tout de travers.

Je viens de lire la lettre apostolique de Notre Saint-Père Léon XII pour la fermeture du jubilé. Cotte pièce aurait dû être traduite par Barante, il sait la langue du xv* siècle ; et, en vérité, il aurait aussi bien fait de s'occuper de cela que de faire des préfaces pour les œuvres de M°* Mole.

J'ai tant de fleurs autour de moi que j'en perds un peu la tête et la mémoire ; j'en suis à ne pas savoir si je ne vous ai pas écrit il y a trois ou quatre jours ; si cela est vrai, vous aurez raison de me trouver un peu ridicule.

Est-ce que le général Bertrand est devenu fou ? Une lettre de lui à M"* Duveton que l'on m'envoie est au moins singulière.

Humboldt à Madame de Duras.

Cinq quarts d'heure de discours écoutés nu tète et les pieds dans l'eau et la boue (étant selon mon extrême élégance en souliers et bas de soie) m'ont tellement refroidi que j'ai dû préférer rentrer d'abord après le dîner. Pardonnez de grâce à ce manque de foi auquel (c'est vous qui Tavez dit) je suis peu sujet. La cérémonie a été très touchante, et j'ai joui de l'admiration tout à fait

populaire qu'excitait M. de Chat'. Je ne vous ferai pas honte, j'aurai le bonheur de vous voir s'il se peut avant neuf heures. Je ne blâme pas le whisi comme calmant. J'aime tout ce qui vous fait quelque bien.

Une dame qui signe Nina à Madame de j

Vérone, le 23 février 1826.

Que je vous remercie du joli roman que vous m'avez envoyé! Ce petit ouvrage est vraiment délicieux; il est si bien écrit, si délicat, de si bon goût! Cet Edouard est si intéressant, cette Nathalie, si bonne, si aimable!.. Une seule chose me déplaît: pourquoi Edouard ne veut-il pas épouser Nathalie ? J'admire toujours une personne qui se sacrifie pour ce qu'elle aime; mais lorsqu'une délicatesse outrée cause non seulement le malheur de celui qui fait le sacrifice, mais le malheur môme de celui pour qui on le fait, ne devrait-on pas plutôt la blâmer que l'admirer? Au reste le mouvement qui porte Edouard à refuser Nathalie est beau et noble, et même en blâmant Edouard, on est forcé d'aimer l'homme qui déchire son propre cœur pour ne point dég^der ce qu'il aime. Pauvre Edouard ! Pauvre Nathalie! Que j'ai pleuré sur leur sort... Je vous remercie donc de nouveau du plaisir que j'ai éprouvé et des moments heureux que j'ai passés en lisant ce charmant petit ouvrage qui fait autant d'honneur à l'esprit qu'au cœur de celle qui l'a écrit.

Madame de Clédat* à Madame de Duras.

Sans date [1826]

J'ai rendu un homme bien heureux en lui faisant lire Edouard. Dans son ravissement il m'a écrit une lettre que je joins ici comme un hommage qui vous est dû et comme exprimant un jugement qui me paraît excellent. J'ai été enchantée de l'expression du délilé qui n'a qu'une issue : elle peint bien le malaise, plein de

1. Peut-être le jeudi 9 février 1826, jour où M. le duc Mathieu de Montmorency fut reçu à l'Académie française. Chateaubriand voulut bien lire, dans celte mémorable séance, un extrait de ses Études historiques. Ce discours fut imprimé cette même année chez Firmin Didot, l'imprimeur du Roi et de rinstitut.

2. Pille de ce Moreau dont on a publié les Souvenirs» chez Pion.

charmes toutefois, qui oppresse pendant la lecture. Vos sujets sont des tours de force ; on croit d'abord qu'ils outrepassent les bornes du talent, mais les situations sont si heureusement amenées, le style est si naturel, les pensées si profondes, qu'on est entraîné au dénouement comme parla fatalité. li me semble vous entendre discuter encore cette grande question où l'autorité de Pascal et certains exemples des malheurs de la Révolution me rendaient incertaine, mais où je vous trouvais d'autant plus éloquente. Je ne sais, il me semble que des barrières toujours franchies par les esprits supérieurs sont peut-être utiles au bonheur du plus grand nombre. La nature, qui rend l'enfance imitatrice de ses parents et qui donne dans la vie tant de charmes aux souvenirs de l'enfance, n'a-t-elle pas placé le bonheur dans la situation qui nous a vus naître? et les talents employés à se distinguer dans Tétat de son père ne sont-ils pas plus propres à rendre heureux que ceux employés à en sortir ? Je sais qu'il y a de grandes exceptions à faire, mais trop de facilités ne font-elles pas désirer à trop de gens d'être dans l'exception ? Je m'aperçois. Madame la duchesse, combien je deviens ridicule, mais il me semble encore vous entendre la dernière fois que j'ai eu l'honneur de vous voir : il en est de vos paroles comme de certaines musiques qui restent toujours dans l'oreille, et on serait presque tentée de soutenir près de vous de mauvaises thèses pour avoir le plaisir d'être battue. Vous allez être maintenant Tunique sujet de conversation entre M. de Martignac et moi , nous allons revivre à Faverange et à l'hôtel d'Olonne. Heureux qui peut passer sa vie en si bonne compagnie. Comme la bonté y était de bon goùtl Que de grâce, de noblesse, de facilité ! On peut faire des concessions politiques quand on est sûre de conserver l'empire des mœurs. Mais maintenant, y a-t-il autant d'aménité qu'à l'époque où rien n'était ni envahi ni défendu?

Un jour de février en 1826, le 25 , Chateaubriand était chez M"* de Duras, rue de Varennes, lorsqu'elle reçut une lettre de Frisell. Elle était si souffrante qu'il lui fut impossible d'écrire les dix lignes que Frisell lui demandait. Baisser la tête lui causait des étourdissementSy qui lui faisaient plus de peur que de mal. Chateaubriand fut chargé de répondre.

Vous désirez, mon ami, passer votre hiver au coin du feu de M"* de Duras ; je le désire aussi bien vivement pour vous... Vous auriez le bonheur d'être au milieu de vos amis, pourtant vous ne me retrouveriez plus; vous aviez sans doute pressenti mon projet dans la lettre que je vous écrivais, il y a quatre mois. J'ai résisté

à ma desiinée tant que je Tat pu, mais ii faut qu'elle s'accomfpUsse. ie quitie la Franee où je ne puis plus demeurer, je vends mes guenilles tije van en Suisse pour iravailler, ei ensuite le monde sera devant moi. M"^ de Chateaubriand est déjà repartie, elle est allée faire une pause dans le midi de la France, tandis que je mets ici son lit et le mien à l'encan ; et aussitôt que j'aurai fermé les portes et remis les clefs, elle viendra me rejoincbe dans les environs de Lausanne. Ainsi va le monde, mon bon ami. J'ai servi fidèlement trois rois, trois frères ! et j'ai été dépouiDé sous les trais frères : de mon patrimoine sous Louis XVI, de ma petite Vallée ei de mes livres, sous Louis XVIII, de mes pensions et de mes traitements sous Charles X. Qu'importe ! Vive le Roi quand même l i'espère qae le travail auquel je me livre empêchera ma femme de mourir à l'hôpital. Mon ambition ne va pas plus haut que cela, ei je ne demande à Dieu un peu de santé que pour nous mettre à l'abri de la dernière misère. Vous partez, mon cher ami. Vous aUe2 revoir Grenade et le beau pays que j'ai parcouru dans des jours plus heureux, et déjà bien loin de moi. Saluez pour moi toutes les scènes où j'ai laissé ma jeunesse. Quelque part que je sois, vous aurez là votre meilleur ami K

Chateaubriand avait demandé à M""^ de* Duras de lui rendre le service d'écrire à Rosalie de Constant pour lui trouver, à Lausanne ou près de la ville, une petite maison qui ne fât pas trop chère. Si douloureux qu*il fût à la malade de se pencher et de tracer quelques lignes, nous la connaissons assez pour deviner qu'elle brava la fatigue, les douleurs atroces et les étourdissements qui lui faisaient si grand'peur, et qu'elle se mit» dès le lendemain de la visite du cher frère, à écrire la lettre demandée. Il lui fallut s'y reprendre à plusieurs fois et pendant quatre jours, du 26 février au 2 mars ; et encore la tettre est-eUe très courte; mais qu'elle est donc touchante d'efforts, de <i con* fiance » et d'affectueuse sollicitude !

Madame de Duras à Bosalie Constant.

Paris, 26 février-2 mara L1826].

Chère Rosalie, je suis toujours bien malade. Je me force pour vous écrire et vous demander un service. M. de Chateaubriand et

i. PvbKée par M. S, Praaer, dans le Correspondant, 35 septembre 1897*

sa femme veulent passer l'été en Suisse, ils désirent une petite maison meublée à Lausanne ou très près de la ville. Entre Lausanne et Ouchy serait le mieux. Il faut deux chambres de maître pour M. et M"* de Chat, et une pour son secrétaire, et trois chambres de domestiques, un petit salon et de la vue. Il faudrait aussi une petite cuisine, et, si cela est possible, une remise pour la voiture. Il louerait du mois d'avril ou de mai. Quelque chose dans le genre de Chaumière serait très bien. M°"* de Chat, a une mauvaise poitrine et ne voudrait pas être perchée.

Pardon, chère amie, je suis si sûre de votre bonté que je m*adresse à vous en toute confiance.

Je n'ai pas de vos nouvelles, avez-vous reçu vos petites étrennes ? C'est M. d'Ariens qui s'en est chargé. Vous serez bonne pour mes pauvres amis, j'en suis sûre. Je ne sais si je vous ai dit qu'ils ne peuvent pas mettre beaucoup d'argent à cette maison. Dites-moi ce que vous trouverez et faites pour le mieux. Je vous embrasse. J'ai été quatre jours à écrire ce mot.

Ce mardi [i826].

M. et M"* de Chateaubriand vous arriveront presque en même temps que ma lettre, chère Rosalie. J'ai voulu vous les annoncer. Combien j'aimerais à passer mon été avec vous tous sur les bords de ce beau lac ! Mais je n'ai pas la force de faire ce qui me ferait du bien. Il faut oublier la santé comme un bonheur perdu sans retour. M"** de Chat, a encore été bien malade à Lyon; elle a besoin de grands ménagements. C'est une personne spirituelle et essentielle que j'aime de tout mon cœur de son attachement passionné pour son mari. Vous me parlerez d'eux; je les envie de vous voir; je suis toujours dans le même état. Je vous écris, en me réveillant, de mon lit. C'est le seul moment de la journée où je puisse écrire quelques lignes. Je n'ai, dit-on, rien de sérieusement attaqué, mais toute ma machine est détruite, et la force me manque pour travailler. J'ai trop souffert. Je vais aller à Saint-Germain, puis, si j'en ai là force, au bord de la mer, à Boulogne; puis, si je l'ose, à Brighton voir uii Indien qu'on dit avoir le talent de- guérir mes maux.

Ecrivez-moi toujours à Paris, — et prenez patience sur mes pauvres lettrés. Je suis baissée cohime si j'avais quatre-vingts ans. Je vous embrasse.

Chateaubriand à madame de Duras.

Mardi, 7 heures

J'ai appris aujourd'hui à la chambre des Pairs que vous étiez ici depuis plusieurs jours et vous ne m'avez pas donné signe de We. J'irai chez vous pourtant, demain, entre midi et une heure, pour savoir si c'est un parti pris. N'essayez pas de me répondre, cela vous ferait mal.

Jeudi soir.

J'allais répondre au charmant billet de lady Clara. Je n'ai pas quitté mes paperasses et je corrige encore dans ce moment même mes épreuves. Demain j'irai savoir des nouvelles de M*** de Duras. Je suis désolé de la savoir souiïrante. Brillant offre Tliommage de son respect àMilady.

Samedi [25 mars 1826].

Je suis désolé, je vous assure, de vous avoir impatientée hier bien innocemment ; mais enfin le pauvre Mathieu [de Montmorency] n'existe plus*. Si je puis j'irai vous voir un moment en sortant de la Chambre des pairs.

Madame de Duras à Rosalie de Constant,

3 avril [1826].

C'est M"*' de Chateaubriand qui vous remettra cette lettre, ma chère Rosalie, elle devance son mari à Lausanne et quitte le midi qui lui a fait mal. Soyez pour elle comme vous seriez pour moimême, aidez-la, secourez-la de vos bons avis, dont on a tant de besoin quand on arrive dans un pays qu'on ne connaît point. Son mari et elle sont mes amis les plus chers. Qu'ils aient sur vous tous les droits que ce titre leur donne. Je vais vous écrire directement à Lausanne. Ceci n'est qu'un mot d introduction auquel je joins mille tendres assurances d'amitié.

i. Mort le 24 mars 1826.

Paris, 29 avril Li826].

C'est vous qui êtes injuste pour m'avoir mandé que vous deviez aller à Genève, et j'avais prié M. Polier de me procurer une ou deux lettres pour que la pauvre M"*^ de Chat., qui devait peut-être arriver seule à Lausanne^ ne se trouvât pas trop embarrassée. Il y a longtemps que je lui ai envoyé une lettre d'introduction pour vous. Elle est à Lyon et ils doivent être à Lausanne dans huit ou dix jours, s*il ne survient pas de changement dans leur décision. Mais, jusqu'à la fin, je^douterai, car elle fait une folie d'ôter son mari de Paris en ce moment. Il y a des affaires pour cette édition de ses Œuvres. Enfin, ce ménage ne procède point comme tout le monde, mais il a tout ce qui est bien et bon à vivre et vous les aimerez.

Je voudrais pour elle un logement près de la Chapelle catholique.

Je suis toujours bien malade, je ne puis ni lire ni écrire, — pas même un billet. Ceci est un effort ; mon cou est déjà raide et douloureux pour ces deux pages. C'est la maladie la plus cruelle et la lllus pénible qu'on puisse avoir. C'est une manière de cesser de vîvfQ sans mourir. Adieu. Je vous embrasse. Ne doutez jamais de ma ccHifiance ni de ma tendre amitié.

Saint-Germain, 23 mai [1826].

Chère Rosalie, c'est à vous que j'écrirai mon petit mot aujourd'hui. J'ai eu tort de ne pas vous prévenir sur les défauts de M. de Chat. C'est un sauvage et le plus insociable des sauvages. Quand il était ministre ou ambassadeur, on ne pouvait parvenir à lui faire faire une visite; ne cherchei donc pas à le mettre dans le monde. Il est plus touché que je ne puis vous le dire de vos bons soins ; c'est vous qu'il aime à voir et la confiance viendra. Je suis plus mal que jamais. Je vous écris après une nuit sans sommeil ; — je n'en puis plus. J'ai, à présent, des étouffements. Cela est nouveau ; jusqu'ici ma poitrine était libre. . Vous me demandez si j'aime donc tant la vie. Non sans doute, mais la mort m'épouvante. Du reste, il faut me familiariser avec elle, car je la sens approcher à grands pas, elle ne rechargera point mon fagot.

Adieu. Je ne puis vous parler de rien. Je suis morte à moitié. Chère Rosalie, je n'avais pas idée d'un tel supplice.

SaintrGermain, 7 juin [826].

Hélas ! ma chère, je voudrais bien dire oui à votre bonne proposition et aller vivre ou mourir avec une si excellente amie, mais comment voulez-vous qu*une personne qui ne peut supporter une heure et demie de promenade à âne (au pas) puisse faire le voyage en Suisse. Voilà où j'en suis. Je passe la journée à la torture pour manger un blanc de poulet et une soupe et je suis si faible que c'est un effort que d'écrire deux pages.

M. de Chateaubriand ne me croira malade que quand je serai morte : c'est sa manière ; elle épargne bien des inquiétudes, et si j'avais eu cette manière d'aimer, il est probable que je me porterais mieux. Je (inis, ma chère, de fatiguer, de souQrir. Le ciel m'avait donné une grande force de caractère; j'ai lutté longtemps, mais les provisions sont épuisées. Ne vous attristez pas, nous nous reverrons ailleurs, mais ne me reprochez pas de regretter la vie avec ce que je laisse après moi. Je vous embrasse, car ma tête se prend et je ne puis plus écrire.

Chateaubriand à Madame de Duras.

Lausanne, ce 12 juin 1826.

Je vous écrivais de mon côté, tandis que vous m'écriviez du vôtre. Votre bonne écriture m'avait tout réjoui, et puis j'ai trouvé

3ue vous souffriez de nouveau. Je vous prêche une patience que je evrais avoir pour moi. Je souffre des maux cruels dans la jambe droite. Le pays est affreux pour les rhumatismes. Mes nuits sont comme celles du maréchal avant qu'il fût ambassadeur. Je les passe assis dans mon lit avec des rages de jambes comme on a des rages de dents. Le jour je me traîne sur une béquille sous le bras. Convenez que je prendrais bien mon temps pour être amoureux avec des lunettes sur le nez et une béquille sous le bras. M"*® de Ch... n'est pas bien. Les crachements de sang sont revenus, et nous passons les jours à nous regarder mutuellement. Tout cela hâtera nécessairement mon retour. Aussitôt que les ouvriers seront enfin hors de l'hermitage de l'Infirmerie, nous nous mettrons en route. M"* de Ch. partira vraisemblablement la première, dans la première quinzaine du mois prochain, et moi, je suivrai quinze jours après, quand tout sera meublé et ma retraite assurée^

Je plains bien cette pauvre femme [Madame de Bérenger]. Je l'avais pourtant entrevue, je ne sais quel jour, à votre porte : elle m'avait semblé belle et bien portante.

Frisell est allé loin, mais dans un mois il sera en France, et j'espère qu'il ne nous quittera plus. Je vous écris le 12 : c'est vraisemblablement aujourd'hui même que les journaux annoncent ma première livraison. Que de bruit et d'injures ! Et moi, je vois le grand lac si tranquille, et il y a tant de silence et de bienveillance ici autour de moi.

Avec un peu moins d'ingratitude, on m'aurait épargné ces nouveaux combats, et je n'aurais pas fini ma vie comme je l'ai commencée, au milieu des cris des partis, des insultes payées ; et tout cela pour avoir défendu loyalement la Religion et le Roi.

Je ne sais rien, comme vous le croyez bien, de politique, et je ne m'en soucie guère.

Ah ! mon pauvre Abencerage!Le voilà donc sorti de sa solitude et livré au monde ? Cela fait saigner le cœur. Allez-vous à la mer ?

Humboldt à Madame de Duras.

Je ne suis pas méfiant en amitié, mais j'étais tout attristé de ridée que vous n'aviez pas voulu me voir à votre passage par Paris. Votre aimable lettre me rassure, je serais si malheureux de perdre votre bienveillance. C'est comme un point lumineux dans ma vie d'avoir fixé votre intérêt, de l'avoir fixé si durablement. Je croirai que vous êtes mieux quand j'aurai le bonheur de vous voir. Vos yeux me disent tout.

Horriblement tourmenté par deux ouvrages qui doivent paraître avant mon départ, avant le 10 septembre, je suis embarrassé de mon temps ; j'irai vous voir lundi à dîner : je n'assisterai pas à l'Académie ; si vous préférez mardi ou un autre jour de la semaine, daignez me le faire écrire. Je serai au-devant de vos désirs. Comme vos souffrances me tourmentent! Quelle perte non seulement pour vos amis, mais pour les lettres que vous continueriez d'embellir avec ces productions à la fois si délicates, si passionnées et si éloquentes !

J'espère que ma petite lettre d'Enghien est parvenue.

Du même à la même.

[juin 1826 1.

J'ai passé ce malin chez M. de Bérenger, je l'ai trouvé très alarmé. 11 dit qu'il se faisait encore bien des illusions lorsqu'il vous vous écrivait. Il croit que le danger augmente beaucoup... *

Cette bonne et malheureuse femme ! elle connaît son danger, et vous savez combien elle tenait à la vie, à ses affections. Sa position n'est pas désespérée, mais les alarmes me paraissent très fondées. Je sais que ces lignes vous attristeront beaucoup, mais vous me demandez la vérité tout entière, et j'ai le tort de mêler à mon récit l'expression de mes craintes et de ma douleur. De grâce, faites-moi donner quelques nouvelles sur votre état. M. de Bérenger est vivement touché de votre intérêt. Cette bonne M"* de Bérenger parle sans cesse de vous. Ne blâmez pas ces lignes, je ne puis faire l'historien impassible. De grâce, allez sur les côtes; soignez ces forces qui vous reviennent.

Mercredi, [20 juin 18261.

Nous l'avons conduite ce matin à sa dernière demeure*. De l'église de Saint-Thomas-d'Aquin, on l'a transportée à Séchelles. M. de Bérenger et Elisabeth (qui est chez M"* de la Grange à Boulogne) l'y suivront vendredi. De là ils iront le 29 en Normandie chez M"*® de Beauvau.

Quelle solitude pour cette pauvre enfant, l'objet de tant d'aflection et dune si tendre sollicitude !

On ne peut répondre à une lettre comme la vôtre. Tout y respire le sentiment le plus profond. Les pertes concentrent nos affections, on se console en se rapprochant. Je n'avais pas besoin de cette épreuve pour connaître tout le prix de votre amitié pour moi. J'irai dîner avec M"* de Rauzan, me ranimer en vous voyant moins souffrante.

4 . On a supprimé les détails trop techniques de la maladie de M** de Bérenger.

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