CHAPITRE II
soutane relevée sous le bras, il se mita fréquenter assidûment les académies pour voir monter à cheval, et qu'au bout de six mois il avait vendu le mobilier entier qui lui avait été donné. Le père trouva la farce un peu forte. Il chargea son fils Hoise d'emmener ce bizarre ecclésiastique dans sa propriété d'Entraigues pour examiner de plus près sa vocation, qui ne paraissait pas être bien assise. L'enquête fut d'autant plus courte que la mélancolie le prit et qu'il voulut aller à Glaix, en Saintonge, terre qui lui était tombée en partage des biens de sa mère. Après huit mois de séjour, il devait 10.000 écus, ce qui pouvait passer pour une habitude, en même temps qu'il se posait en vainqueur de toutes les femmes de qualité du pays, ce qui était une innovation malheureuse. Les maris contrôlèrent la conduite de leurs épouses, la reconnurent irréprochable et, devenus furieux, prirent la résolution de faire assassiner ce faux séducteur. Sans insister le moins du monde, celui-ci décanipa, revint à Paris, annonça à son père qu'il voulait se foire capucin, puis, s'apercevant que le mariage l'attirait invinciblement, annonça tout à coup qu'il s'était engagé en Saintonge avec M"« de Nangis.
De prime abord, Gorge ne put en croire ses
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oreilles. Comment pouvait-il se trouver une jeune fille assez aimante ou assez iiaïve pour lier sa vie à celle d'un pareil sacripant? Il s'informa. Le fait était vrai. Louise-Marie-Thérèse de Brichanteau de Nangis, fille du marquis décédé brigadier des armées du roi, avait eu la faiblesse d'engager sa foi sous réserve de l'agrément paternel et maternel. On pense s'il fut vite accordé du côté Gorge !
L'affaire était inespérée par le bien et par les alliances. Le seigneur d'Entraigues se trouvait si enchanté d'établir son fils et probablement d'en être débarrassé, qu'il se montra d'une noble générosité ; par contrat, il lui donna les terres et baronnies de Meillan et de Gharenton en Berry, la seigneurie de Ghandeuil, acquise des Nangis, plus le fond et la propriété de la Ghapelle, Monta udier et Libernon, le tout évalué 150,000 livres. Bien que ces biens fussent substitués aux enfants à venir et, à leur défaut, au baron de Roise et à la marquise d'Ancenls {*), il était d'une suprême imprudence de les céder au futur époux, qui avait fait ses preuves. Le pauvre père était si aveuglé par son affection mêlée de joie, qu'il augmenta encore ses libé-
(1) Frère et sœur de François Gorge d'Entraigues.