‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 13 sur 92 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ralités d'une maison rue de Varennes, de divers rentes et dons en argent (*). Une pareille dot était capable d'atténuer beaucoup d'imperfections.

Le mariage du nouveau comte de Meillan (2) fut célébré le 22 septembre 1710, dans la chapelle du château de Saint-Maur. Les suites en furent ce qu'elles devaient être. Au bout de trois ans, le mari devait près de 50,000 écus aux usuriers et la femme mourait le 6 mai 1713, dans sa première couche, non sans soupçon de violence W.

Il était naturel qu'après si malheureuse tentative matrimoniale, le triste sire éprouvât de nouveau le besoin de se faire capucin. Accompagné de son éternelle dupe, son père, il s'en fut trouver à Saint-Victor un digne religieux, le P. Gourdon, pour lui faire part de son dessein et l'engager à prier Dieu, désirant savoir si la Providence l'appelait vraiment à cet état. Huit jours plus tard, le saint homme lui répondit que Dieu approuvait sa résolution, t Corbleu !

(1) Archives nationales, Y 44.

(2) Qaoiqae MeiUan fût une baronnie, François Gorge prit le titre de comte. Mystère commun dans Taristocratie I

(3) Bibliothèque nationale, Ms. Dossiers bleus 321. ^Archives du ministère des affaires étrangères. — Journal et mimoires de Matthieu Marais ^ t. U. Mercure de Franoe^

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s'exclama le solliciteur, méconnaissant la voix céleste, ceci ne fait point mon affaire ; je vais me marier avec une parente de M"'' de Maintenon, dont m'a parlé M. le duc de Noailles. »

Gorge tomba de son haut, lui qui avait pris la précaution de faire interdire son fils et le croyait fermement décidé à porter la robe de bure. Son étonnement continua lorsqu'il vit arriver chez lui, au clos de Tabbaye Sainte- Geneviève, l'ambassadeur chargé de négocier le mariage dont le contrat était déjà dressé !

Cette fois, la victime était M"* de Murée, petite-nièce de M""* de Maintenon, et, quoique détachée des biens de ce monde, la vieille favorite dépêchait le duc de Noailles pour tenter d'amadouer le futur beau -père et lui faire ouvrir sa bourse. Le duc, après avoir montré le haut rang que M™' de Maintenon tenait en France, son influence considérable, son pouvoir de pousser la fortune du comte de Meillan, offrit à Gorge trois alternatives dans la constitution de la dot : ou un présent considérable imnié-* diat, ou une grosse somme assurée après sa mort, ou une libération complète des dettes de son fils. Ayant ainsi à choisir entre ces diverses façons d'être dépouillé, l'ancien traitant retrouva sa lucidité ; il préféra sa situation assU"

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rée à la reconnaissance douteuse de la maltresse légitime et refusa net. L'affaire fut rompue. En guise de compensation, Meiilan obtint la levée de son interdiction, puis partit pour l'Italie, sans oublier de soutirer une somme de 17,000 livres à son père et d'emprunter 40,000 écus de divers côtés.

Quelles effronteries déploya-t-il à Rome ? De quels moyens de séduction était-il naturellement pourvu ? Comment arriva-t-il à gagner la confiance du pape? On ne peut le savoir. Il est impossible que le souvenir vénéré de son oncle le cardinal de Valençay et son appui bien extraordinaire aient été un gage suffisant aux honneurs pontificaux, réservés d'ordinaire à de plus dignes personnages. Toujours est-il que Clément XI lui donna, par bref du 23 mai 1714, la dignité de prince romain et le titre de duc de Falari (*), sans revenus y attachés, ce qui di-

(1) Archives du Vatican. — L'origine de ce nom semble être rancienne Faleria, près de Civita-CasteUana (Etats romains), ou la ville da même nom située dans TÉtrurie méridionale, dont le territoire s'appelle actuellement Sancta Maria di Falleri. Quant aux causes de Tanoblissement, elles étaient : la recommandation particulière du cardinal de Valençay et rillustration de la famille Gorge d'Ëntraigues. Le pape n'était pas difficile !

Bien que Falari soit l'orthographe exacte du titre donné par la chancellerie romaine, le duc et la duchesse franci-^

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minuait beaucoup le prix de cette faveur. Elle était pareille à celle que le Saint-Père eût pu faire à un bandit en lui mettant une escopette dorée à la main et en lui disant : « Maintenant, va tirer sur les carabiniers ! »

Falary revint à Paris, puis repartit, disant que la princesse de Piombino, qui accompagnait la nouvelle reine Elisabeth, lui avait promis une de ses filles en mariage, avec l'expectative d'un gouvernement en Espagne. La promesse devait Atre un rêve et le gouvernement un simple château, car, tandis qu'il attendait le passage de M"* de Piombino à Avignon (*), il

aèrent leur nom.... de façon dififérente et fort variable. La duchesse signa toujours Fallary et le duc tantôt Falary^ tantôt Falari ; certains factums imprimés pour des procès portent aussi Fallaris. Pour résumer, j'adopte la forme française : le duc de Falary ^ la duchesse de Fallary. L'orthographe PhalarU est une erreur ou une fantaisie des hifttoriens.

(1) UÈcho de Vaucluse du 29 juillet 1841 parle du séjour de Fallary à Avignon en 1715. Il cite comme trace de son passage une obligation notariée de 3,000 livres souscrite par lui en faveur du sieur Martin, traiteur. Et il y en eut d'au* très I — L'appui de M"* de Piombino était d'ailleurs médiocre. Elle accompagnait Elisabeth Famèse, qui se rendait à Madrid pour épouser Philippe V. Le mariage eut lieu le 16 septembre 1714. La reine s'embarqua à Gênes, mais une tempête la. força à débarquer à Monaco, d'où elle gagna l'Espagne en. traversant le midi de la France. M°^* de Piombino était une grande amie de M"* des Ursins, or celle-ci allait être exilée par Elisabeth dès son arrivée dans son royaume.

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