‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 14 sur 92 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

y devint amoureux de M"* de Brancas. Malheureusement, le Comtat Venaissin possédait deux familles de ce nom et la confusion se fit à tel point dans le cœur volage du soupirant, qu'il déclara sa flamme à une M"' de Brancas qui n'était pas celle dont il s'était épris! Le marquis, père de la jeune fille distinguée, commença par mettre son enfant dans un couvent et écrivit à Gorge d'Entraigues pour avoir son consentement. La réponse fut catégorique : « Je serais fort honoré, écrivait le père, d'avoir une alliance dans votre maison, dont je connais la grandeur ; mais nous ferions tous deux une grande faute. Mon fils n'a plus, pour toute fortune, qu'une terre (venant de sa mère) saisie par ses créanciers, et ses biens substitués, dont les revenus sont aussi saisis; M"* de Brancas possédant seulement 50,000 livres, nos enfants mourraient de faim. »

C'était la voix de la raison, vox clamantis in deserto. M. de Brancas était hypnotisé par ridée, encore si vivace de nos jours, d'avoir une fille duchesse. Falary, avec sa couronne de plaqué neuf, avait le pas sur toute la noblesse du pays, et, suivant un ordre du pape envoyé au vice-légat, jouissait des honneurs inhérents à sa nouvelle dignité. Le prince romain dissi-

mulait habilement le chevalier d'industrie, et son aristocratie de grand chemin tournait la tête, éblouissait les yeux du marquis, qui n'eut pas le courage de résister. Les articles du mariage furent signés par les parties. Soudain, pris d'un scrupule, Falary assura qu'il n'obtiendrait le consentement de son père qu'à la condition d'aller lui-même le trouver à Paris. Dans sa candeur, Brancas approuva le projet, adjoignit un notaire d'Avignon à son futur gendre et, comme ce dernier avouait manquer de fonds pour le voyage, lui avança 8,000 livres sur la dot de sa fille. Il ne devait jamais les revoir.

A peine à Lyon, le duc réunit son propre notaire et celui de Brancas pour leur annoncer qu'il venait de recevoir une lettre fort irritée de son père. « Partez le plus tôt possible pour Paris, leur dit-il, calmez-le, préparez-le à mes explications ; je vous suis deux jours après et fais le reste. » Confiants comme le sont rarement leurs confrères, les deux tabellions se mirent en route, tandis que Falary restait à Lyon en proie à ses rêves d'avenir et surtout à ses créanciers, auxquels, depuis trois mois, il devait plus de 50,000 écus. A ces tracasseries d'hommes du commun vis-à-vis d'un grand seigneur, comment répondre autrement que

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par le dédain ou par l'oubli? C'est la règle qu'adopta strictement notre homme, au point d'oublier du même coup ceux qui l'attendaient au nord et au midi de la France (M. La société du pays l'aidait d'ailleurs à supporter la solitude. Son esprit insinuant, ses discours effrontés, son audacieuse fourberie, arrivaient à endormir les esprits en éveil et à le faire passer pour un gentilhomme accompli.

Le prince d'Harcourt y fut pris. Il le présenta à M™* d'Haraucourt, cette veuve fringante qui vivait dans son château de Saint-André-de- Briord seule avec sa fille Marie-Thérèse. Blonde aux yeux bleus, à la bouche rieuse, au visage mobile et éveillé, d'une tournure élégante et souple, d'un caractère où se devinait la folie charmante, d'un esprit malicieux sans méchanceté, d'une liberté de gamin que tempérait un air de hauteur, celle ci avait dans sa grâce les audaces propres à séduire un aventurier comme Falary. Il réfléchit un peu, très peu, seulement le temps d'apprendre qu'elle avait en dot 20,000 écus romains, 10,000 livres de meubles

(1) Pour cette partie de la vie de Falary, j'ai suivi le récit qu'en ât son père dans nne longue lettre qu'il adressa au duc de Lévy, le 26 février 1721. La copie de cette lettre se trouve ans archives du ministère des Affaires étrangères.

et hardes et 15,000 de bijoux (0, puis laissant pour compte M"* de Brancas qui lattendait toujours et négligeant de quêter le consentement paternel, il demanda la main de M"® d'Haraucourt. La mère, trompée comme beaucoup d'autres, fut séduite par le beau parti qui s'offrait, la fille le fut plutôt par la liberté que par le bonheur, plutôt par le mariage que par le mari. Elle n'accepta pas, elle se laissa aller. Le contrat fut dressé par le notaire de Serrières, en Bugey, et le l*** novembre 1715, dans la chapelle de Saint-André-de-Briord, Marie-Thérèse d'Haraucourt devenait duchesse de Fallary W.

- (l) Archives de M^ Raffîn, notaire à Paris.

(2) Archives nationales ^ Y 296, T* 540. — Le Journal historique sur les matières du temps, du 10 janvier 1716, annonce le mariage comme célébré à Saint- Menellin^ en Dauphiné. Divers auteurs et annotateurs l'ont répété et ont ajouté que la duchesse était née en ce lieu.... qui n'existe pas.

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