‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 19 sur 92 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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4720, il tombait tout à coup chez son père, à la Chapelle, dans un accès de calme et de tranquillité. N'osant sortir que la nuit par crainte de ses créanciers, son repos fut complet, trop complet, car au bout de trois mois, il partit pour aller habiter chez son cousin germain, le duc de Châtillon. Celui-ci Taccueillit d'autant plus volontiers qu'il recevait chaque jour la visite de la duchesse et se flattait intérieurement d'opérer un rapprochement entre les deux époux. Sa déception fut amère. Falary rencontra sa femme, mais ne se dérangea pas une seule fois pour l'aller trouver. Au grand désespoir du vieux Gorge toujours désireux d'être grand-père, il s'obstina à la considérer comme une étrangère. Il fit mieux. Comme la pauvre abandonnée s'étonnait de le voir fuir un trésor que tant d'autres recherchaient, il sut la tenir en suspens et lui faire croire que le rapprochement était subordonné à sa générosité. Elle donna dans le panneau, lui remit une grosse somme qu'elle emprunta et.... le duc disparut. Elle avait cru reprendre un mari, elle n'avait trouvé qu'un escroc.

Roise et M^'d'Ancenis n'avaient pas fait montre d'une plus grande clairvoyance vis-à-vis de leur frère. En les étourdissant de belles pro-

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messes, il leur avait extorqué une vingtaine de mille livres qu'il joignit à vingt autres mille livres obtenues d*acquéreurs de ses biens, puis, avec cette somme, il acheta fort cher des diamants et partiten chaise de poste, accompagné de plusieurs valets, tous aussi fripons que leur maître. Arrivé en Espagne où il venait chercher un emploi, Philippe V, qui goûtait peu la plaisanterie, lui en offrit immédiatement un : celui de banni. Falary fut forcé d'accepter. Il s'embarqua à Cadix, passa à Gibraltar sur un vaisseau anglais afin de gagner l'Afrique et servir le Turc, lorsque, faisant volte-face, il se rendit en Portugal.... d'où on l'expulsa. Il revint en Espagne, mais le roi le fit reconduire à la frontière par deux alguazils, avec défense expresse de rentrer dans ses États. Bayonne en hérita. M. d'Anoncourt, le lieutenant de roi qui y commandait, lui conseilla de séjourner dans cette ville le moins possible et de ne point faire parler de lui. Malheureusement, son étoile l'entraînait. Les plaignants affluèrent : marchands, hôteliers, tniteurs, M. de Montéléon auquel il avait emprunté trente pistoles, même les officiers qui Paccusaient de débaucher leurs soldats en les couvrant d'or. C'en était trop ! Comme il avait vendu sa chaise de

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poste sans pour cela payer son hôtel, le lieutenant de roi lui prit Heux places au carrosse de Paris, lui donna un peu d'argent, le tout sur billets signés, et Texpédia avec Tespoir qu'on le pendrait ailleurs(0.

Un tel mari n'était pas un cerbère pour la vertu de sa femme. Il ressemblait plutôt à un gardien de palais qui en donne la clef aux visiteurs et tend la main à la dérobée. Déjà effleurée par le tourbillon, la duchesse de Fallary allait bientôt se laisser emporter à travers cette atmosphère grisante où, dans son auréole de prince du sang, rayonnait le Régent. Seule au milieu d'un monde frivole, ce ne fut pas sa faute de se confier à celui dont elle devait se garder. Ses malheurs précoces, sa condition pénible, l'intérêt général qu'elle inspirait, touchèrent le cœur ou plutôt éveillèrent la curiosité et l'intérêt du duc d*Orléans et lui firent obtenir cet honneur aussi peu glorieux pour le souverain qui le confère que pour l'élue qui l'acquiert.

Ah! la faiblesse de la femme, c'est cequi fait sa force.

'1) Archives du ministère des Affaires étrangères»

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