‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 23 sur 92 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sans être gros, l'air et le port aisé et fort noble, le visage large, agréable, fort haut en couleur, le poil noir et la perruque de même. Quoiqu 11 eût fort mal dansé, et médiocrement réussi à l'Académie, il avait dans le visage, dans le geste, dans toutes ses manières, une grâce infinie, et si naturelle, qu'elle ornait jusqu'à ses moindres actions, et les plus communes. Avec beaucoup d'aisance, quand rien ne le contraignait, il était doux, accueillant, ouvert, d'un accès facile et charmant, le son de la voix agréable, et un don de la parole qui lui était tout particulier en quelque genre que ce pût être, avec une facilité et une netteté que rien ne surprenait, et qui surprenait toujours.... Avec cela nulle présomption, nulle trace de supériorité d'esprit ni de connaissances, raisonnant comme d'égal à égal avec vous, et donnant toujours de la surprise aux plus habiles. Rien de contraignant ni d'imposant dans la société, et, quoiqu'il sentît bien ce qu'il était, et de façon même de ne le pouvoir oublier en sa présence, il mettait tout le monde à l'aise, et luimôme comme au niveau des autres. »

Duclos le montre ainsi : « Le duc d'Orléans était d'une figure agréable, d'une physionomie ouverte, d'une taille médiocre, mais avec une

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aisance et une grâce qui se faisaient sentir dans toutes ses actions. Doué d'une pénétration et (ji une sagacité rares, il s'exprimait avec vivacité et précision. Ses reparties étaient promptes, justes et gaies. Ses premiers jugements étaient les plus sûrs ; la réflexion le rendait indécis. »

La princesse Palatine, qui était bonne juge de son fils, ne le voyait pas avec des yeux aveuglés par l'indulgence : « Quand il n'avait que quatorze ou quinze ans, écrit-elle, il n'était pas laid; mais depuis, le soleil d'Italie et d'Espagne l'n si fort bruni, que son teint pst devenu d'un rouge foncé II n'est pas grand et cependant il est gros; ses mauvais yeux font qu'il louche parfois et il a une mauvaise démarche, » et plus loin : « Mon fils n'est pas beau; il a de grosses joues, il est petit, gras et fort rouge, mais il me semble qu'il n'est pas désagréable. Lorsqu'il danse ou qu'il est à cheval, il a fort bonne mine, mais lorsqu'il va comme à son ordinaire, il ne paraît pas à son avantage. »

Écoutons maintenant son rival en amour, Richelieu : « Le duc d'Orléans avait dans la physionomie tout ce que la nature peut donner d'intéressant, de gracieux et d'ai-

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mable. Il n'était point grand, mais il avait un maintien noble, aisé, un caractère doux, facile, et surtout ouvert et franc. Il avait des cheveux noirs, des couleurs vives sur le visage, un tempérament toujours enclin à la bonne chère, aux plaisirs et à la grossière débauche. »

Ces trois esquisses sont fortifiées par le témoignage de Voltaire : « De toute la race de Henri IV, Philippe d'Orléans fut celui qui lui ressembla le plus; il en avait la valeur, la bonté, rindulgence, la gaieté, la facilité, la franchise, avec un esprit plus cultivé. Sa physionomie, incomparablement plus gracieuse, était cependant celle de Henri IV. 11 se plaisait quelquefois à mettre une fraise, et alors c'était Henri IV embelli. »

Un tel personnage était capable de grandes choses; « malheureusement, le mauvais exemple qu'il suça comme avec le lait et le malheur d'avoir eu près de lui un être de mœurs pourries, firent que ses talents, qui auraient pu se tourner du bon côté, prirent le mauvaise*). » Néanmoins cet homme vicieux était Thomme de France non pas le meilleur, à coup sûr,

(1) Mémoires du chevalier de Ravanne.

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mais, ce qui est tout autre cliose, le plus bon (*). Dans le demi-jour de l'histoire, le Régent nous apparaît sans masque, sans apprêts, galant, rieur, probe et courageux. C'était plus qu'il n'en fallait pour séduire une jeune femme comme la duchesse do Fallary, dont le portrait sera moins nettement dessiné que le précédent par les divers écrivains qui se sont occupt'îs d'elle. Son visage dut peu frapper les anecdotiers de 1 époque, puisque aucun d'eux ne le détaille complaisamment; quant aux historiens, ils ne sont pas d'accord. Marais prétend que le Régent ne la trouvait point belle, ce qui semble un peu exagéré ; d'après Capefigue, c'était « une jeune et gracieuse femme aux cheveux blonds et suaves.... jolie création de Boucher, toute svelte, toute légère d'ironie et de carmin. » Narbonne, commissaire de police à Versailles, en fait une Italienne. Voilà un fonctionnaire bien mal renseigné ! Capefigue, déjà nommé, n'ose aller si loin : « artiste presque italienne, dit-il, elle chantait et lisait à merveille. * Lacretelle et Emile Faure la gratifient généreusement « d'une grande beauté. * Saint- Simon la trouve « fort jolie », en même temps

(1) Michelet : La Régence. Paris, 1871-74.

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