CHAPITRE IV
première maîtresse, et dès ce soir même, il a soupe avec elle et ses favoris et a fait dire à l'autre qui venait pour souper avec lui et à M"* de Sabran qui l'accompagnait, qu'il était malade et s'était couché. Les amis de la duchesse disent que cette aventure n'a pas Le moins du monde intéressé son honneur (JP® de Vauvray la soutient beaucoup) ; mais on sait bien que penser d'une femme galante qui a mangé plusieurs fois avec le Régent en secret, et qui a été publiquement au spectacle et au bal avec lui, »
Voilà l'inconvénient de fréquenter des gens de mauvaise réputation ! Marais est le reflet de l'opinion; tout le monde croyait la duchesse devenue la maîtresse eff'ective de Philippe, et je le croirais de même si plus tard W elle n'avait affirmé, nullement par pudeur, que ses rapports avec le prince s'étaient toujours bornés à ceux de l'amitié. Usera difficile de faire accepter semblable déclaration par l'histoire, mais ces deux êtres d'esprit étaient si originaux !
Le 6 décembre, d'après Marais, « elle était revenue sur l'eau », et, bien que ce bon fureteur assure, un mois après, le 10 janvier 1721,
(1) Voir page 167.
t qu'elle est tout à fait renvoyée (0 », il n'en est pas moins vrai que, durant trois ans, elle fut de rintimité du duc, n'exerçant aucune domination sur lui et n'en subissant aucune de sa part. Ils se voyaient souvent, se quittaient avec soulagement et se retrouvaient avec satisfaction. Les amis de M""* de Fallary intriguèrent de mille façons pour l'élever, elle ne tenta rien, ne lutta point, cédant le pas ou le reprenant, toujours pleine de gaieté et d'insouciance.
« Elle soutient son poste par son esprit, écrit Marais le 23 décembre 1720. Le Régent lui dit qu'elle n'est pas belle et qu'il ne l'aime pas, et elle répond qu'elle est bien sûre qu'il l'aimera un jour; sur quoi elle reste et elle l'amuse. » Et le peuple, payé sous le règne précédent pour ne pas apprécier les favorites dont il redoutait la désastreuse ingérence, chantait caustiquement :
Que la peste soit en Provence, Ce n'est pas notre plus grand mal.
(1) Marais, probablement par lassitude, ne continaa pas les litanies des ruptures et des raccommodements. Quatre mois plus tard, la duchesse était toujours en faveur, puisqu'on trouve cette note dans les Pièces inédites stir les règnes de Louis XI V^ Louis XV et Louis Xr/(par Soulavie), t. II. Paris, 1809 : « 30 mai 1721. — Le Régrent manda encore M"**^ de Falaris pour souper au Palais-Royal. •