CHAPITRE V
La règle de la Bastille était trop bénigne pour un fou comme Falary, il lui fallait autre chose que ce cachot de plaisance, type de l'Institut libre d'incarcération. Son père s'en aperçut vite et, sur ses instances, le Régent accorda un nouveau gîte au duc. Le 6 février, après six jours de détention, il sortait de sa cellule pour prendre la route du fort de Joux.
Furieux de ce déplacement, il se plaignit bruyamment, écrivit de tous côtés, accusa ses parents et, comme vengeance suprême, menaça de déshériter ses neveux, défi fort anodin puisqu'il n'avait que des dettes à léguer. Sa sœur, M™* d'Ancenis, lui répondit en ces termes (i):
18 février 1721.
J'ai reçu, mon cher frère, votre lettre du 9 de Dijon. Personne n'est plus louché que moi de votre situation, mais vous êtes le seul à qui il faut s'en prendre. Vous savtz la vie que vous avez menée à Bayonne. M. le duc d'Orléans en a été informé et M. Le Blanc Ta fait savoir à mon père, qui a
mêmes. C*est de Théroïsme à bon compte. Quand on voit la misère publique, quand on voit les hôpitaux remplis, les asiles de nuit bondés, les soupes populaires insuffisantes, on se met à regretter la Bastille. De nos jours elle refuserait du monde.
(1) Archives du ministère des Affaires étrangères, Ms.
90 L/L DUCHESSE DE FALLARY.
écrit à nos plus proches parents, qui ont été d'avis tous d'une voix de demander une lettre de cachet pour vous mettre hors d*état de faire quelque chose de déraisonnable, et espérant que le chagrin que vous auriez d*ètre enfermé vous ferait faire des réflexions qui rendraient par les suites votre conduite meilleure. Voilà le fait tel qu'il est au plus juste, et vous êtes le seul dans le monde qui puissiez imaginer assez peu de probité à MM. de Charost et d'Ancenis pour être capables, par des vues d'intérêt, de faire mettre un homme en prison. Mes enfants n'ont que faire de votre succession, et je vous ai dit plusieurs fois que je donnerais volontiers du mien pour vous voir, comme un autre, vivre dans votre famille; c'est bien éloigné de craindre que vous ayez des enfants. M. d'Ancenis n'a voulu se mêler en rien de ce qui aurait rapport à votre lettre de cachet; mais quand il a su que, sans sa participation, elle était obtenue, il a été trouver M. Le Blanc afin que vous puissiez avoir tous les adoucissements possibles. M. le duc de Charost s'en est mêlé à peu près comme le Grand Turc, mais le public a prétendu que c'était à lui à qui vous deviez d'être traité si doucement, et que M. le duc d'Orléans vous avait fait grâce à sa considération, etc.
Malgré les assauts qui lui étaient livrés, la chance souriait toujours à Falary. En effet, le duc de Lévis, son cousin, commandait la