CHAPITRE V
province de Franche-Comté où se trouvait situé le fort de Joux; il connaissait à fond son prisonnier, qu'il avait déjà aidé à sortir de Barcelone; aussi, tout en se méfiant de ses éternelles promesses et de ses belles paroles, lui adoucitil le régime cellulaire. Les attentions du cousin gouverneur se continuaient depuis neuf mois, lorsqu'un beau jour Falary jugea bon d'y mettre un terme en s'échappant de la forteresse au moyen de deux soldats qu'il avait gagnés. Il se réfugia en Suisse, où il fut aussitôt arrêté. Bearnez, le gouverneur de Pontarlier, se vit obligé de le réclamer avec l'espoir qu'on refuserait de le lui rendre, mais les conseillers d'État de Berne, très encombrés d'un tel personnage, s'étaient empressés de le relâcher au plus vite dans la crainte qu'on ne le réclamât pas ! A la demande de la France, les braves magistrats se confondirent en des excuses qui furent accueillies facilement et, comme conclusion, Le Blanc écrivit à Bearnez : t L'évasion de ce prisonnier n'est pas une perte que l'on doive beaucoup regretter (*). » Pendant que son mari préparait dans les
(1) Archives de la Bastille, par François Ravaisson. Paris, 1882, t. XIII.
92 LA DUGHBSSE DE FALLARY.
prisons de France ses nouveaux exploits à rétranger, que faisait M™* de Fallary ? Elle se laissait agréablement aller au cours du temps, soupant avec le Régent, tantôt au Palais-Royal, tantôt aux Goulots à Saint-Gloud (*) ou dans une de ces petites maisons, discrets nids de plaisir que les grands seigneurs et même les femmes faisaient alors construire en des endroits écartés (2). Les parties fines ne l'empêchaient pas de songer à sa famille. En même temps qu'il desserrait les liens du duc de Fala ry, l'obligeant Lévis intriguait, sur les instances de la duchesse, désireuse de procurer une situation à son frère aîné Joseph d'Haraucourt, trop absorbé alors par M""^ de la Meilleraye. Le ministre de la guerre Le Blanc étant aussi bien disposé que le duc d'Orléans envers M™" de Fallary, la place fut vite trouvée, comme il ressort du billet suivant :
Le Blanc à Lévy
19 septembre 1721.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait Thon-
(1) Pièces inédites sur les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI (Soulavie). Paris, 1809, t. II.
(2) Plus tard, on les nomma: Folie. Les noms de la Folie- Méricourt et de la Folie-Saint-James sont venus jusqu'à nous. Voir à ce sujet : Mémoires tirés des Archives de la police^ par Peuchet. Paris, 1838.