‹ La Duchesse de Fallary (1697-1782), d'après des documents inéditsChapitre 34 sur 92 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le duc de Falary en Suisse. — Gorge d'Entraigues et ses enfants. — M™« de Fallary nommée dame d'honneur. — Choix médiocre. — Une mode nouvelle. — Les amis de la duchesse. — Bon conseil de Préaulx. — Cadeau princier, — Mort de Gorge. — Fatalisme du Régent. — Sa lin subite.

€ La Suisse est le pays de Thospitalilé », prétend un dicton probablement helvétique. Le duc de Falary se fiait si peu à cette affirmation, qu'aussitôt libéré par les conseillers de Berne, il s'empressa de quitter une contrée où il avait trouvé avec trop de facilité à se loger. Glorieux, jaloux d'imiter les paladins du moyen âge qui enlevaient les châtelaines en croupe de leurs destriers, il éprouva la satisfaction d'attirer les regards sur son départ, mais ses goûts étaient loin de ceux des Amadis; il fila avec un jeune religieux qu'il avait débauché. Quelques jours après, ce pauvre diable était trouvé assassiné dans la montagne. Falary maudit la fatalité à laquelle la rumeur publique l'accusa vite d'avoir

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donné un coup d'épaule, puis, sans être fort troublé par cet incident, continua son voyage, semant sur sa route des escroqueries comme le Petit Poucet semait des cailloux. En décembre 1722, il arriva à Vienne où sa réputation et sa conduite eussent dû, selon toute prévision, le faire aussitôt cueillir par les représentants de Tordre public. Loin de subir semblable humiliation, pénible pour un gentilhomme, prévue pour un brigand, il fut reçu en audience par Tempereur qui lui témoigna un si bienveillant accueil qu'il s'installa sans hésiter dans la capitale (0 Charles VI comptait un nouveau sujet, et quel sujet !

Le pauvre vieux Gorge ne s'illusionnait plus guère sur son fils; mélancolique, presque ruiné, il s'en allait doucement vers la tombe, soutenu encore par l'affection de ses deux autres enfants qui, par bonheur, avaient la tête et le cœur mieux attachés que Falary. L'aîné, Roise, conseiller au Parlement, jouissait d'une réputation de droiture et d'honnêteté justement méritée, et, quoique son union avec Jeanne- Françoise Joubert deGoudonville fût restée sté-

(1) Archives du ministère des Affaires étrangères, ms. 1247. — Bibliothèque nationale, Nouv, acq.fr., ms. 9674.

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rile, il apportait dans la vie sombre de son père le reflet de son paisible bonheur conjugal; la cadette, M""* d'Ancenis, qui, deux ans plus tard, devait être la duchesse de Béthune-Charost, adoucissait les derniers jours du vieillard de son sourire et de l'exubérante jeunesse de ses enfants. Quant à M"* de Fallary, elle était toujours prête à dépenser une sollicitude dont Gorge ne paraissait pas jaloux. Sans oser se l'avouer, il lui attribuait une part de responsabilité dans la scandaleuse existence de son fils et sentait des fourmillements d'amour-propre en constatant Tallègre façon avec laquelle la jeune femme supportait l'absence d'un mari et la manière pratique dont elle s'en consolait. Malgré tout, elle l'intéressait. Ses faits et gestes lui étaient rapportés fidèlement, tantôt le faisant soupirer, tantôt le faisant sourire, mais comme l'orgueil de sa race neuve bouillonnait en lui, il se bouchait les oreilles aux calomnies et relevait le front aux succès. C'est donc une bouffée de vanité qu'il respira le jour où il apprit que sa belle-fille allait acquérir un poste officiel, non pas encore à la cour^ mais à côté de la cour.

En septembre 1721, les pourparlers relatifs au mariage du roi avec l'Infante d'Espagne étant terminés, on dépêcha à Bayonne la mare-

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chale de Boufflers chargée de ramener à Paris la petite fiancée. La maison de cette princesse fut composée avant son arrivée, donnant lieu aux intrigues, aux sollicitations, aux démarches habituelles; le duc d'Orléans les subît comme toujours avec philosophie et bonté, de sorte que M""* de Fallary fut nommée dame d'honneur en même temps que M"® de Mazarin.(*).

Si, par une aimable attention, on avait désiré environner la future reine de grâce ou de beauté, le choix était assez heureux ; si on avait voulu attirer son esprit sur la piété et la vertu, il Tétait beaucoup moins. Par bonheur, son jeune âge lui interdisait de profondes réflexions ou d'exactes comparaisons qui n'eussent pas toutes été en faveur de sa nouvelle patrie et la composition de son entourage devait moins retenir sa pensée que l'extraordinaire poupée de 20,000 livres dont Louis XV lui fit présent à son entrée dans Paris. Une poupée de 20,000 livres ! A la cour, on pouvait en acheter beaucoup pour ce prix-là.

(1) Journal de la Régence^ par Jean Bavât, t. H. Paris, 1865. M"»* de FaUary ne dat pas conserver longtemps cette place, car son nom ne figure ni dans VÉtat et menu général de la maison de M^* Infante, de 1722, ni dans celui de 1724, conservés à la Bibliothèque Mazarine.

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